Bloc québécois: et maintenant?

La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, quitte la direction de son parti, mais n’abandonne pas la bataille pour l’indépendance. On la reverra. Les membres de son parti ont rejeté son leadership, mais appuyé sa vision, une leçon que le mouvement indépendantiste, et non seulement Mme Ouellet, doit retenir.

Le verdict était sans appel en fin de semaine. Seulement 32 % des bloquistes qui ont participé au référendum sur la proposition principale du parti et le leadership de sa chef ont appuyé cette dernière. Secouée, Mme Ouellet a pris 24 heures pour encaisser le coup avant d’annoncer lundi qu’elle quitterait son poste le 11 juin.

Affirmant que le « leadership indépendantiste assumé » qu’elle offrait dérangeait trop, elle n’a assumé aucune responsabilité pour sa déroute. Elle a réglé ses comptes par contre. Elle s’en est prise à Gilles Duceppe et à la « vieille garde ». Elle a accusé les députés dissidents de défendre une « logique tordue, détraquée » et de ne vouloir parler d’indépendance qu’en circuit fermé. Certains de ses coups étaient toutefois mérités, en particulier contre le président du parti, Mario Beaulieu. Dernier à avoir rejoint la fronde, c’est lui qui avait ouvert la voie à l’arrivée de Mme Ouellet à la tête du Bloc québécois, et ce, après avoir lui-même tenté d’imposer le virage qu’elle a défendu. Il est normal que Mme Ouellet se soit sentie trahie.

Elle ne peut cependant pas faire porter l’entière responsabilité à M. Beaulieu, aux députés qui ont quitté le caucus et aux militants qui lui ont tenu tête. Contrairement à ce qu’elle prétend, tous ces gens ne sont pas moins indépendantistes qu’elle. Ce qu’ils ne partagent pas, ce sont ses méthodes. Pour la plupart, ce n’est pas en martelant le mot « indépendance » qu’ils parviendront à rallier les citoyens à leur projet, mais en faisant appel à l’intelligence des électeurs afin qu’ils tirent d’eux-mêmes la conclusion que l’indépendance est la solution aux problèmes exposés.

Le conflit n’a jamais tourné autour de l’option. La preuve en est qu’au moins la moitié de ceux qui ont désapprouvé le leadership de Mme Ouellet ont appuyé la proposition principale qu’elle a mise en avant. Malgré ce qu’en dit Gilles Duceppe, qui n’a rien fait pour calmer le jeu, cette proposition reflète à bien des égards les différents points de vue. Le problème est que Mme Ouellet ne semble voir qu’un seul paragraphe pour affirmer qu’elle a raison et ses détracteurs ne citent que ce même paragraphe pour oublier l’ensemble.

Que dit ce paragraphe de l’article I du parti ? Que « le Bloc québécois utilise chaque tribune et chaque occasion, locale ou internationale, pour démontrer la nécessité de l’indépendance du Québec et ainsi contribuer à renforcer le mouvement indépendantiste québécois ». Les autres paragraphes du même article disent, entre autres, que « cette promotion de l’indépendance se réalise aussi à travers la défense des intérêts du Québec à Ottawa tant que le Québec sera une province canadienne ».

Pris comme un tout, rien dans cet article ne peut justifier la division actuelle. Tous les bloquistes, dissidents ou non, devraient par conséquent refaire l’unité autour de ce texte, quitte à l’amender, et à accepter le fait qu’il y a différentes manières d’arriver à leurs fins. Il en va de l’offre d’un choix démocratique aux indépendantistes lors des prochaines élections fédérales, un choix capable de leur donner une voix à Ottawa.

La survie du Bloc leur est aussi nécessaire à long terme advenant un vote pour la souveraineté. Cela n’est pas pour demain, mais si cela survient et qu’il n’y a que des députés fédéralistes québécois à Ottawa, les partisans du Oui s’en mordront les doigts. L’expérience du référendum de 1995, avec les moyens conjugués du PQ et du BQ, en témoigne.

26 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 5 juin 2018 01 h 00

    « Les membres de son parti ont rejeté son leadership, mais appuyé sa vision, une leçon que le mouvement indépendantiste, et non seulement Mme Ouellet, doit retenir » (Mme Cornellier)?

    Pourquoi donner de l'importance à cette consultation du BQ ou (sic) il fallait nécessairement (!) répondre à la première question pour avoir le privilège de se prononcer sur la deuxième question?

    • Philippe Hébert - Abonné 5 juin 2018 11 h 32

      Que vous répondiez oui ou non à la première question, vous pouviez voter à la deuxième question...

      Ce que vous citez, c'est de la désinformation que le camp contre Martine Ouellet a fait circuler.

    • Patrick Boulanger - Abonné 5 juin 2018 14 h 17

      @ M. Hébert

      M. Hébert, pour la première question, il fallait nécessairement y répondre pour pouvoir s'exprimer sur la deuxième question. L'abstention n'était pas une option pour la première question.

  • Yvon Massicotte - Abonné 5 juin 2018 01 h 44

    Comment se faire acculer dans un coin!

    Toute cette histoire me surprend depus le début.

    Il me semble que ce qui s'est passé ici est avant un rejet viscéral des méthodes et du style de leadrship de Martine Ouellet. Et elle ne se met pas une seconde en cause! D'après ce que j'ai pu apprendre, elle est incapable de travailler en équipe et de susciter de l'adhésion.

    Elle a en fait utilisé le faux débat intérêts du Québec versus indépendance pour créer l'illusion qu'il s'agissait d'un problème de dissidence d'opinion, alors que, parmi les 7 dissidents, il y en avait au minimum 1 qui, il y a un an, partageait complètement sa vision et que les autres ne voyaient pas d'objection à parler aussi d'indépendance. Un vrai chef aurait su canaliser cete équipe vers un but commun.

    Du haut de mes 76 ans, je ne pense avoir déjà vu un tel phénomène sur la scène politique du Québec.

    • Michel Blondin - Abonné 5 juin 2018 13 h 14

      L’histoire cependant en est remplie de mutinerie et d’irrespect de la démocratie incités par les médias. Notre élite, dont les journaux, les intellectuels font partie, trahit le peuple québécois par complaisance.
      Alexis de Tocqueville a bien vu que notre élite est de moutonnerie indigène. Des faiblards de la pensée mollassonne. Ce n’est le hasard qui a poussé Jean de la Fontaine a écrire "le loup et le chien", c’est la vacherie des hommes qui ont la liberté en pendouille par la monnaie fretin.
      Le quatrième pouvoir a été efficace puisqu’il influence et c’est son rôle, la manière de penser, de comment penser et quoi penser.
      Une société tient de sa culture et passe par les médias comme haut-parleur.

      Martine Ouellet n’a rien à se reprocher. Mettez-moi le doigt sur un seul fait. Et vous saurez qu’il faut être deux pour danser le tango.
      Mais quand le partenaire vous claque au visage son refus, il est difficile de vouloir une petite steppette.
      Mais nous avons une preuve de la mutinerie puisqu’ils ont agi en se foutant de la démocratie interne, crachant dans le micro tient tendu par nos médias. En autoritarisme en se moquant de 20 mille militants pour se dire 70 % de la démocratie, les journalistes ont perpétué ce mensonge de légitimité. L’apparence a plus d’importance.
      Il aurait fallu se taire sur l’essentiel et dire que des banalités. C’est le sort des politiciens qui gagnent en élection, mais perdent en changement sociétal. C’est exactement le tourne en rond sur l’essentiel de la pensée sociétale.
      Les journalistes ont allumé le feu et là, ils voudraient l’éteindre pour le confort des bonnes idées de bons ententistes.
      La rigueur n’a pas été au RDV. Martine Ouellet fait mal paraître tout le mouvement qui se dit indépendantiste pour récupérer le vote et faire ce qu’une électrice avait dit « on fait des promesses avant, et après merci bonsoir Goodby Charly ». Des idées claires font mal paraître les députés péquistes et les ententistes.

    • Gilles Bousquet - Abonné 5 juin 2018 15 h 52

      Un seul mutin peut en entrainer plusieurs à sa suite, s'il est assez...fort.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 5 juin 2018 02 h 27

    Bof ?!?

    « Pris comme un tout, rien dans cet article ne peut justifier la division actuelle. » (Manon Cornellier, Le Devoir)

    Effectivement, cet article, bien « saisi », ne représente pas grand-chose de dangereux sauf « sa » dissidence qui, celle-ci, peut l’être sans effort !

    De ce genre de dissidence, on-dirait que le BQ est comme invité à refaire ses classes et à redevenir « sérieux » dans ses choix-activités sociopolitiques, et ce, avec ou sans des « Martine », des « Mario » voir des « Jean » !

    Bof ?!? - 5 juin 2018 -

    • Jean-Charles Morin - Abonné 5 juin 2018 11 h 04

      Je ne comprends strictement rien à ce que vous dites. Y a-t-il un traducteur dans la salle?

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 6 juin 2018 06 h 02

      Grands mercis, M Morin, pour votre observation !

      De cette observation, et compte tenu de ce qui se passe au BQ, permettez-moi de ne pas,aussi, comprendre !

      Bof !?! - 6 juin 2018 -

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 juin 2018 03 h 47

    Les épreuves forgent le mythe

    En tant que membre démissionnaire du Bloc depuis hier, j’inviterais Mme Ouellet à créer son propre parti politique et à présenter à l’élection fédérale de 2019 une équipe de nature à balayer le Bloc, devenu creuset d’indépendantistes mous et de fédéralistes comme l’a été le Parti conservateur sous Brian Mulroney.

    Les événements des dernières semaines ont forgé le mythe d’une politicienne dont la loyauté envers le Québec est aussi indéfectible que celle de René Lévesque.

    Ceux qui ne l’alimentent pas diviseront leurs votes entre le PLC, le PCC, le NPD, le Bloc, etc.

    Par contre, ceux qui estiment son travail formeront ça et là suffisamment de votes pour permettre aux candidats de sa formation politique de remporter leur élection.

    Alors que même les députés québécois du PLC et du NPD n’hésitent pas à trahir l’intérêt du Québec lorsque l’occasion se présente, je pense que de nombreux Québécois, même fédéralistes, n’hésiteront pas à voter pour elle, sachant que nos intérêts seront bien défendus.

    • Claude Bariteau - Abonné 5 juin 2018 10 h 37

      M. Martel, vous mettez le point à la bonne place comme Mme Cormellier.

      En 1980, le PQ s'est confronté à 74 députés du PLC avec un chef auto-proclamé défenseur des Canadiens français à Ottawa. Sa horde fédéraliste empoussiéra le Québec.

      En 1995, le PLC avait moins de promoteurs locaux de poussière. Il recourut à des coups bas, fit le plein d’alliés canadiens et déferla à Montréal son « we love you ». Le Canada fut sauvé de deux possibles implosions.

      La première le forçait à composer avec un Québec plus souverain qu’en 1960, car la négociation impliquait un gain de 20 milliards et une relance du Québec avec, en contrepartie, un minage de pouvoirs canadiens.

      La deuxième, plus dérangeante, faisait apparaître un champ de ruine canadien au Québec qu’aurait investi le Québec, avec 50 milliards en poche, pour construire un pays. Les guerriers locaux et leur commandant Chrétien perdaient alors leur utilité au Canada.

      Gagnants, ils eurent mandat de ruiner le champ québécois en y semant le modèle politique et économique canadien avec, comme marque de commerce, la constitution de 1982.

      Depuis le Québec est pilonné de l’intérieur et, au Canada, le BQ, investi à promouvoir les idées de « souverainté partenariat », se cherche.
      Il se cherche comme le PQ, et ce, parce qu’ils n’arrivent pas à se faire à l’idée que la seule façon de déminer le Québec est l’indépendance.

      Engoncés dans les approches des années 1960-1995, ils hésitent et ne parviennent pas refonder le projet d’indépendance en faisant des citoyens le moteur, en pensant le pays et en revoyant les moyens pour le faire.

      Mme Ouellet est victime de cet engoncement. Par contre, elle a fait valoir qu’il faut d’abord un cap, l’indépendance, pour s’en dégager, car les référendums de 1980 et de 1995 ne ciblaient pas l’indépendance.

      Comme elle entend cibler ce cap, elle contribuera à revoir la démarche qui mène au pays du Québec, ce faisant à rendre pertinent un BQ jusqu’à l’indépendance.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 5 juin 2018 11 h 19

      Monsieur Martel, la dernière chose dont le Québec à besoin, c'est d'un autre parti "indépendantiste" ou "autonomiste" qui va diviser encore plus le vote nationaliste en perpétuant les querelles byzantines au sein du mouvement souverainiste. Beaucoup semblent avoir oublié ce qui s'est passé avec Jean-Martin Aussant et son "Option nationale" qui n'est allée nulle part. Et on ne parlera pas de Québec Solidaire, qui n'en finit plus de tourner en rond dans son bocal idéologique. Dans le système actuel, un seul parti suffit amplement à "faire la job", à condition toutefois que ses membres arrêtent de se chamailler à tout propos. Une militante de la trempe de Ouellet y a encore sa place, mais le défi est d'arriver à l'intégrer efficacement.

    • Jean Lapointe - Abonné 5 juin 2018 11 h 40

      C'est peut-être là la meilleure chose à faire soit fonder un nouveau parti politique pour que ce soit vraiment l' indépendance politique du Québec qui soit mise de l'avant, pas uniquement la défense des intérêts du Québec.

      C'est qu'il apparaît manifeste qu'il y a un bon nombre de gens qui se disent indépendantistes mais qui ne sont pas prêts à s'impliquer activement dans la «promotion» ou la défense de l' indépendance politique du Québec. Ils n'arrivent pas,semble-t-il, à rompre complètement avec le Canada. On dirait qu'ils souhaitent toujours que les choses s'arrangent sans que les Québécois aillent jusqu'à faire l'indépendance. Ils voient plus le BLoc comme un mouvement de pression que comme un parti politique qui ne verrait aucune solution autre que l'indépendance.

      Cela se comprend étant donné notre passé. C'est une décision difficile à prendre.Mais pour les indépendantistes profondément convaincus qu' il n' y a pas d'autre solution à nos problèmes que l'indépendance, ce n'est pas suffisant même si ce n'est pas complètement inutile comme le pensent certaines personnes.

      Comme il semble bien que, suite à la démission de Martine Ouellet, le Boc va redevenir ce qu'il était, la fondation d'un nouveau parti est une idée à considérer sérieusement.

      Et ,qui sait, avec le temps les mentalités vont évoluer et il sera peut-être possible que les deux partis fusionnent éventuellement, à moins que, d'ici là , le Parti québécois ait fait accepter par une majorité de Québécois la décision de faire du Québec un Etat complet étant donné que l'Etat actuel qui est tronqué ne permet pas de faire tout ce que nous aimerions pouvoir faire. .

    • Gilles Bousquet - Abonné 5 juin 2018 15 h 58

      Parfait, un nouveau parti à partir de Martine mais, est-ce qu'elle pourrait subir tout ça après avoir subi tout ça depuis des mois. Avant de procéder, faudrait attendre de voir si les 7 mutins vont revenir au Bloc ou s'il vont rester à Québec debout, pendant qu'ils ont encore des sièges à Ottawa. Ils disaient hier, vouloiir se prononcer sur leur futur, aujourd'hui mais, rien jusqu'ici.

  • Gaston Bourdages - Abonné 5 juin 2018 06 h 22

    Serait-ce que madame Ouellet....

    ....souffre de la répandue maladie contemporaine qu'est celle dite de « La Stacause ». Vous connaissez....« stacause de....et de....et de....» ?
    Madame Ouellet est définitivement une dame convaincue, une sorte d'irréductible avec du caractère. Une dame à qui je confierais, les yeux fermés, le mandat de monter des dossiers mais loin du pouvoir.
    Gaston Bourdages