Trump l’a cherché

Après avoir retenu ses coups pendant des mois, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé jeudi que le Canada répliquerait dollar pour dollar aux tarifs américains sur l’acier et l’aluminium canadiens. Une réplique nécessaire à une décision insensée du gouvernement Trump.

Depuis l’élection de Donald Trump, le gouvernement libéral n’a pas ménagé ses efforts pour se faire des alliés au sein de la classe politique et économique américaine afin de contrer les élans protectionnistes du nouveau président. Pour amadouer ce dernier, M. Trudeau et son équipe ont aussi flatté son ego et réagi à ses décisions controversées en se contentant de rappeler les positions canadiennes, laissant aux observateurs le soin de les comparer.

Cette prudence s’imposait pour protéger les liens étroits entre les deux pays, qu’ils soient économiques, commerciaux, militaires ou autres. Le Canada avait trop à perdre pour provoquer des accrochages avec un président soupe au lait et imprévisible qui, en plus, ne cesse de remettre en question l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

La renégociation de cette entente met d’ailleurs la patience du Canada à l’épreuve depuis des mois. Washington y fait preuve de mauvaise foi avec ses positions changeantes, son chantage et son intimidation. L’imposition de ces tarifs est de cette eau puisqu’elle a été largement motivée, selon le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, par la frustration du gouvernement Trump dans le dossier de l’ALENA.

Sourd aux objections des milieux économiques et même politiques, M. Trump invoque la sécurité nationale pour imposer des tarifs à ses plus proches alliés militaires et économiques — le Canada, le Mexique et l’Europe. C’est le monde à l’envers et une véritable insulte.

Comme l’a dit le premier ministre Trudeau jeudi, « il est impensable que l’on puisse considérer le Canada comme étant une menace à la sécurité des États-Unis. […] Ces tarifs sont un affront au partenariat de longue date en matière de sécurité entre le Canada et les États-Unis et, en particulier, aux milliers de Canadiens qui se sont battus et qui ont péri aux côtés de leurs compagnons d’armes américains ».

À force de faire fi de la logique et du bon sens, Donald Trump devait un jour frapper un mur. Ce temps est enfin venu. Les représailles tarifaires du Canada s’ajoutent à celles du Mexique et de l’Union européenne. Le Canada imposera aux Américains, à partir du 1er juillet, des tarifs et autres mesures punitives totalisant 16,6 milliards. L’acier, l’aluminium et une foule de produits seront touchés. C’est la réplique commerciale la plus dure infligée par le Canada depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Elle amplifiera l’effet négatif de la décision de Donald Trump sur l’économie américaine et ses propres citoyens. Nous en subirons aussi les contrecoups, cependant. Il ne faut donc pas que cela dure. Malheureusement, ce président ignore les règles élémentaires des relations internationales et pourrait décider d’en remettre.

Il faut l’en dissuader, d’où la nécessité de ce front commun des pays touchés. Ces derniers devraient profiter du Sommet du G7 de La Malbaie, que le Canada préside la semaine prochaine, pour afficher leur détermination. L’isolement des États-Unis, que M. Trump semble rechercher, devrait les laisser froids.

Donald Trump ne comprend qu’un langage, celui de l’intimidation, et son équipe, celui des calculs électoraux. Une façon possible de les faire reculer est de provoquer un ressac au sein de la population américaine qui souffrira de cette amorce de guerre commerciale à la veille des élections de mi-mandat au Congrès. Le Canada, le Mexique et l’Europe espèrent, en répliquant, ramener le gouvernement Trump à la raison. Espérons que ce soit possible.

3 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 2 juin 2018 08 h 23

    Mais

    regardez bien le retour aussi des poules mouillées qui ont toujours plié devant le matamor américain pour quelqu'intérêt particulier... comme l'Allemagne ou le petit canadien (lire aussi le petit québécois) qui commencent déjà à lâche, le teuton pour vendre ses voitures et le canadien parce que son jus d'orange coûte 5 cents de plus. À moins qu'un sursaut réel ne se dessine, mais n'y comptez pas trop.

  • Jacques Morissette - Abonné 2 juin 2018 10 h 29

    Mondialement parlant, d'un certain point de vue, les États-Unis ne sont plus ce qu'ils étaient.

    Comme je l'ai entendu d'un spécialiste de la question à RDI économie, Vu l'attitude du Président Trump, tout bien considéré, le sommet du G7 sera en fait le G6 + 1.

  • Cyril Dionne - Abonné 2 juin 2018 10 h 53

    Attachez vos tuques, pour l’ALENA, c’est terminé

    L’ALENA, c’est terminé. Ce sont des accords bilatéraux très précis que les Américains veulent. Trump l’avait dit même avant d’être élu le 45e président des États-Unis. Il y a seulement les libre-échangistes et les mondialistes, nos néolibéralistes invétérés, qui sont surpris aujourd’hui. Plusieurs souhaitent une démondialisation.

    Ceci étant dit, la réplique du Canada sur les tarifs imposés par les États-Unis n’est qu’une goutte d’eau dans un océan pour eux. Nous achetons des produits finis tandis qu’eux, achètent nos matières premières. Toute une différence. Faut-il le rappeler que 75% de nos exportations vont vers les États-Unis alors que c’est seulement 18% pour les Américains vers le Canada? Justin s’en prend à l’éléphant dans la pièce. Tout le commerce canadien va être touché à part l’or et le pétrole (qui est déjà vendu aux Américains avec 25% de rabais).

    Pour les Américains, l’Union européenne représente une balance commerciale déficitaire de 36%. La Chine, 75%. Le Mexique 22%. Le Japon, 52%. L’Allemagne, 58% et on pourrait continuer. Eh bien, pour les Américains, ces temps-là sont maintenant terminés. Pour ceux qui essaient d’apporter des mauvaises nouvelles en disant que l’économie américaine sera touchée par les tarifs qu’ils imposent aux autres pays sont les mêmes qui prédisaient que l’économie américaine allait s’effondrer avec l’élection de Donald Trump. En disant qu’ils ont eu tort, nous demeurons très polis. Maintenant, attachez vos tuques. Vous n’avez encore rien vu.