Aide aux Rohingyas: un bon début

Persécutés par le gouvernement du Myanmar, les Rohingyas fuient en masse leur région du Rakhine depuis l’été dernier. Plus de 700 000 d’entre eux sont massés dans des camps installés dans les régions les plus vulnérables du Bangladesh. Ils ont laissé derrière eux viols, exactions, meurtres, faim, répression… Ils trouvent au bout de leur fuite un peu plus de sécurité, mais des camps surpeuplés manquant à peu près de tout et menacés par les effets de la mousson.

Selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés, cet afflux très rapide de réfugiés constitue une des crises du genre les plus importantes des dernières décennies. En mars, les agences onusiennes et le gouvernement du Bangladesh ont évalué qu’il leur faudrait, pour y faire face, au moins 950 millions $US uniquement pour 2018.

Bien qu’il n’ait pas attendu cette rencontre pour venir en aide aux Rohingyas, ce n’est que mercredi que le Canada a dévoilé sa stratégie d’ensemble et ses nouveaux engagements financiers. Cette réponse au rapport de son envoyé spécial dans la région, Bob Rae, a bien des qualités. Ottawa ne s’en tient pas à l’aide humanitaire, il s’engage à être actif sur les fronts politique et diplomatique et à militer avec d’autres pays pour que justice soit rendue. L’enjeu sera d’ailleurs à l’ordre du jour de la réunion du G7 dans deux semaines, à La Malbaie.

Les nouvelles sommes promises ne sont toutefois pas à la hauteur des attentes, M. Rae ayant recommandé de verser 150 millions par année pendant quatre ans. Le gouvernement retient le principe de l’engagement pluriannuel qui est crucial pour assurer la continuité des programmes, mais il se montre moins généreux. Ce sera 100 millions par année pendant trois ans. Il est difficile de croire que le Canada pourra en rester là tant la situation est catastrophique.

À sa décharge, ce qu’il fait, il le fait bien. Depuis le début, il concentre une bonne partie son aide sur les services destinés aux femmes et aux filles, en particulier celles victimes de violence sexuelle. Il appuie entre autres des programmes de soutien psychologique et de santé sexuelle et reproductive et s’engage à continuer en ce sens.

Ces services sont essentiels car les militaires myanmarais ont fait du viol une de leurs armes de guerre. La plupart des réfugiées en ont été victimes et un grand nombre se sont retrouvées enceintes. Selon les Nations unies, environ 25 000 bébés vont naître vers la fin mai, soit neuf mois après le gros de l’exode et les viols en série.

Le Canada dit avoir une politique d’aide féministe. Eh bien, elle prend tout son sens dans ce contexte tragique où elle pourrait changer les choses et avoir, espérons-le, un effet d’entraînement.

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