Allégeances partisanes changeantes: toutes couleurs confondues

C’est dans l’air du temps. Que ce soit avec Marguerite Blais, Alexandre Taillefer, Vincent Marissal ou plus récemment encore Michel Gauthier, les allégeances aux partis politiques semblent de plus en plus mollassonnes, les loyautés de plus en plus successives, pour reprendre le mot d’Yves Michaud. Ce qui était perçu comme de l’opportunisme crasse est maintenant en phase avec l’humeur de l’électorat. 

Ils ont des parcours bien différents et invoquent des raisons différentes pour justifier leur adhésion au parti sur lequel ils ont finalement jeté leur dévolu. Alexandre Taillefer se qualifie de queer politique, ce qui lui permet de manger à tous les râteliers idéologiques. Ministre déléguée, Marguerite Blais tirait le Parti libéral de Jean Charest à gauche en faisant de la compassion une vertu cardinale, bien que cette compassion bon enfant soit aussi l’apanage d’une certaine droite. Vincent Marissal a lorgné du côté de l’establishment qu’incarne Parti libéral du Canada — establishment qui se dit progressiste, mais establishment tout de même — pour ensuite aboutir chez les tenants de la gauche indépendantiste. 

Taillefer et Marissal se définissent pareillement, comme des progressistes, mais ils se retrouvent dans des partis radicalement opposés. Marguerite Blais, qui pratique une forme d’empathie sociale qu’elle destine aux aînés, estimait sans doute que le PLQ des compressions n’était pas sa tasse de thé. Il faut dire que dans son cas — Philippe Couillard l’a ignorée quand il fut temps de former son Conseil des ministres —, la rancœur peut très bien se marier aux considérations électorales. Il faut croire que, quand on a le cœur à gauche, on peut très bien se retrouver au PLQ ou encore à la Coalition avenir Québec, même si, normalement, c’est à Québec solidaire ou encore au bon vieux Parti québécois qu’on devrait aboutir.

Évidemment, le progrès a le dos large. Alexandre Taillefer , qui caresse les plus hautes ambitions politiques, estime que le progressisme fait bon ménage avec un capitalisme version futuriste. Au lieu de créer une nouvelle marque politique, mieux vaut en acquérir une qui a peut-être connu de meilleurs jours — la Révolution tranquille —, mais qui peut être relancée grâce à l’impulsion de nouvelles figures issues de l’élite éclairée. 

L’arrivée de l’ex-chef et député bloquiste Michel Gauthier chez les conservateurs rappelle que bien des souverainistes se sentent aujourd’hui autorisés à chercher une voie en dehors de leur option. La déliquescence du Bloc québécois ne fait que renforcer cette tendance. 

Plus profondément sans doute, de plus en plus d’électeurs cherchent avant tout la formation politique la plus apte à les favoriser individuellement ou encore à faire avancer les causes qui leur tiennent à cœur, que ce soit la protection de l’environnement, la justice sociale, la liberté d’entreprendre ou encore le mythique troisième lien à Québec. 

Cette évolution favorise une certaine confusion : les idéologies se brouillent, les courants politiques ne gagnent pas en clarté. Mais on aurait tort d’idéaliser cette fidélité aux partis qui, dans un ancien monde bipartite, disciplinait les prises de posi- tion, certes, mais encourageait le mimétisme et minait l’initiative. Dans ce contexte, un mode de scrutin proportionnel, qui représenterait mieux les électeurs dans leur diversité, s’impose au Québec. Alexandre Taillefer défend cette idée : on verra l’influence qu’il aura sur un parti qui est farouchement contre. 

À voir en vidéo