Parité: la pression populaire avant les quotas

Faut-il une loi pour assurer la représentation paritaire entre les hommes et les femmes à l’Assemblée nationale? C’est une solution simple à un problème complexe.

Le Devoir souscrit à l’objectif de compter sur autant de femmes que d’hommes à l’Assemblée nationale. Pour y parvenir, les formations politiques devront avoir le courage de présenter au minimum 50 % de femmes aux élections.

Le Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD) juge au contraire qu’il faudra une loi et des quotas pour forcer la parité à Québec. Cette position est partagée par le Conseil du statut de la femme, le Comité des femmes de l’Amicale des anciens parlementaires et de nombreuses féministes.

Ces appels du pied démontrent l’importance de cet enjeu. La présence des femmes à l’Assemblée nationale est essentielle pour obtenir des transformations sociales, faisait remarquer récemment l’ex-députée Françoise David. Les lois sur l’équité salariale, le partage du patrimoine familial, la lutte contre les agressions sexuelles sur les campus et les soins de fin de vie portent tous une empreinte féminine.

Le premier ministre, Philippe Couillard, résiste à l’idée d’imposer des quotas, mais c’est pour les mauvaises raisons. Si on le fait pour les femmes, il faudra le faire pour les LGBTQ, les autochtones, les handicapés, a-t-il dit en substance. Ce faisant, il a relégué au rang de minorité 50 % de l’humanité. Les femmes ne peuvent être assimilées à un groupe minoritaire.

Tout comme l’ancienne première ministre Pauline Marois, Le Devoir croit que les véritables changements sociaux viendront grâce à un cocktail de pression populaire et de volonté politique.

La pression est au rendez-vous. La parité fait l’objet d’un débat social permanent. Notre récent sondage Léger révélait que sept Québécois sur dix souhaitent une « parité parfaite » avec autant de femmes que d’hommes parmi les candidats des partis. Le Devoir publie d’ailleurs, tous les lundis, une « Vigie parité ». En date du 30 avril, la CAQ comptait 52 % de candidatures féminines, le PLQ 42 %, le PQ 31 % et Québec solidaire 60 %.

Il incombe aux formations politiques de prendre les mesures pour assurer une meilleure représentativité des femmes à l’Assemblée nationale, comme le souhaitent les Québécois. Les femmes plafonnent depuis 20 ans à environ 30 % de la députation, parfois moins, ce qui est inexcusable.

Les quotas donneront cependant aux forces de l’inertie, bien présentes en politique, un sentiment de satisfaction factice. C’est d’abord et avant tout les façons de faire en politique qu’il faut modifier afin d’attirer et de retenir les femmes en politique active. Dans son avis sur la question, le Conseil du statut de la femme soulignait que la « culture masculine du débat politique, fondée sur l’idée de combat et de joute », répugne aux femmes. Sans parler du double standard quant à l’apparence physique, l’habillement, le contrôle des émotions.

Il est plus complexe de modifier une culture politique que d’imposer des quotas, mais la première approche aura des effets plus durables que la seconde. Ce changement de culture nécessite une prise de conscience et une vigilance des élus eux-mêmes, mais aussi des journalistes et des commentateurs politiques.

Enfin, des gestes concrets sont souhaitables pour faciliter la conciliation travail-famille. Il n’y a pas de congé parental pour une députée qui donne naissance à un enfant. Le genre d’omission qui fait dire aux femmes que la politique n’est pas faite pour elles.

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