Comey milite contre Donald Trump

Higher Loyalty : Truth, Lies and Leadership, récit autobiographique de James Comey, a paru mardi, mais on en connaît déjà la substantifique moelle depuis la semaine dernière grâce à des copies glissées à l’avance aux médias. Tout le mal que pense l’ex-directeur du FBI de Donald Trump — président « moralement inapte » à exercer ses fonctions et menteur « au comportement mafieux » — a ensuite été étalé dans une entrevue dévastatrice qu’il a accordée, dimanche soir, à George Stephanopoulos de la chaîne ABC. Sans perdre une minute, le Parti républicain a contre-attaqué en mettant en ligne un site Internet nommé, comme il fallait s’y attendre, Lyincomey.com…

Comey contre Trump : la discussion autour d’un président américain a-t-elle jamais volé plus bas ?

On ne fera certainement pas grief à M. Comey d’épingler M. Trump pour les profondeurs de malhonnêteté et d’ineptie dont il est capable, en même temps qu’il est un peu agaçant de le voir se positionner en champion de la moralité. S’il a su préserver pendant sa carrière une réputation de droiture, il reste que le FBI est loin d’avoir toujours été dans le passé un parangon de probité. « Notre président doit incarner le respect et adhérer aux valeurs qui sont au coeur de notre pays. La plus importante étant la vérité, a déclaré M. Comey sur ABC. Ce président n’est pas capable de le faire. » Mais là encore, c’est oublier que M. Trump, fût-il inimitable en la matière, n’est pas le premier dans l’histoire présidentielle américaine à tordre le cou à la vérité.

Limogé il y a un peu moins d’un an, M. Comey paraît vouloir régler des comptes. Il était gendarme, il est devenu militant. Que les démocrates s’emparent de l’une ou l’autre des chambres du Congrès aux élections de mi-mandat de novembre prochain et il devient plus réaliste d’imaginer que M. Trump fera l’objet d’une procédure de destitution. Il était donc fort intéressant d’entendre dimanche soir M. Comey souhaiter que les démocrates évitent la procédure en destitution afin que les électeurs soient placés devant la responsabilité d’en décider à la présidentielle de 2020. Position judicieuse : il est démocratiquement important que les électeurs puissent en juger par eux-mêmes dans deux ans et demi.

M. Comey était, après tout, directeur du FBI lorsque, deux semaines avant la présidentielle de 2016, il a annoncé la réouverture de l’enquête sur l’utilisation par Hillary Clinton d’une adresse électronique personnelle, avant de faire savoir quelques jours plus tard que les nouveaux courriels qui avaient été découverts n’étaient pas pertinents. Sa bévue aura contribué à faire perdre Mme Clinton ; le voici qui milite pour la défaite de M. Trump en 2020. Il voudrait se racheter qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

2 commentaires
  • Michel Lasalle - Inscrit 18 avril 2018 07 h 39

    Comey vs...?

    Est-ce qu'on doit vraiment chercher des puces à Comey ou plutôt regarder celles de Trump, ou encore celles de Clinton? Trump a étéchoisi par une Amérique qui voulait un profond changement et qui a entendu ce qu'elle voulait entendre sur la corruption et la main mise des grandes corporations sur son économie et ses instruments politiques. Mais le grand tord de ce choix, rappelons-nous qu'il n'est pas majoritaire mais bien biaisé par le collège électoral, c'est d'avoir cru un menteur et d'avoir ignoré l'avis des médias. Comey a-t-il fait tord à H. Clinton? Celle-ci a traîné derrière elle le nom de son mari et les erreurs de son administration, ainsi que ses propres erreurs à titre de secrétaire d'état. Dans l'Amérique profonde, elle était honnie. Et la triche (de l'establishment du parti démocrate) durant les primaires a fait le reste.
    Comey n'est pas responsable, il ne fait que nous donner son point de vue personnel. Et bien des gens le partage.

  • Claude Bariteau - Abonné 18 avril 2018 08 h 45

    Comey et 2020

    Je ne sais pas ce que trame Comey. Je pressent seulement qu'il trame quelque chose. Serait-ce de se présenter contre Trump, qu'il invite à ne pas destituer ? Estime-t-il que son remplacement pourrait être plus néfaste ? Peut-être.

    Dans l'affaire Clinton, il a dit que ne pas l'avoir fait aurait eu des incidences sur sa présidence, car elle aurait été objet de poursuites et qu'il lui revenait de soulever de nouveau ce point. Si elle en est ressortie blanchie, elle estime que cette sortie de dernière minute ne lui a pas laissé le temps de se repositionner dans l'opinion publique. Conséquemment, elle a perdu.

    De fait, elle a obtenu plus de 3 millions de vote que Trump, mais fut battu par un système électoral qui force les grands électeurs des comtés majoritaires à voter en bloc. La faute est aussi attribuable au refus des grands électeurs de s'opposer à cette pratique, au total, un vestige d'un temps passé qui devrait être revu pour s'adapter au temps présent.

    Mais bon.

    Qu'entend faire Comey ? Difficile à dire. Il est à espérer qu'il approfondira le contenu du livre de Mme Albright intitulé « Fascism, A Warning » par peu avant le sien. S'y trouve les ingrédients mennt au renversement de ce président dont l'élections correspond à celle de Bush fils qui a mené les États-Unis à deux pas d'un précipice qu'Obama a cherché à éviter en faisant marche arrière, l'espace de huit ans, sans vraiment y arriver.