L'école à la maison, ou se soucier des enfants laissés-pour-compte

Dans la foulée du projet de loi 144 adopté à l’automne dernier, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a publié la semaine dernière le projet de règlement qui s’appliquera à l’école à la maison. Le projet de loi est une avancée certaine. Mais si la souplesse doit marquer cet encadrement, il y a lieu de se demander pourquoi le ministre n’est pas plus soucieux de la réussite de ces enfants.

À l’heure actuelle, environ 2000 enfants font l’école à la maison au Québec. Mais ce ne sont que les enfants que leurs parents ont déclarés à la commission scolaire. On estime qu’un même nombre d’enfants font de même, sans qu’on sache rien de la nature de l’enseignement qu’ils reçoivent.

Parmi les enfants qui reçoivent leur instruction à la maison, il existe plusieurs cas de figure. Ce peut être des enfants avec des besoins particuliers auxquels l’école publique répond mal (enfants handicapés ou autistes), des enfants que leurs activités empêchent de fréquenter assidûment l’école (des artistes ou des athlètes) ou encore des enfants dont les parents croient au mérite d’une autre forme d’éducation. À tous ceux-là s’ajoutent les enfants qui fréquentaient des écoles religieuses illégales et qui reçoivent aujourd’hui leur enseignement scolaire à la maison et leur enseignement religieux dans la communauté.

Grâce à la loi adoptée en novembre dernier, le ministère pourra croiser les données de la Régie d’assurance maladie du Québec et celles de la fréquentation scolaire, ce qui permettra de savoir quels sont les enfants de 6 ans à 16 ans qui ne sont pas inscrits à l’école. C’est là un progrès notable.

Plutôt qu’obliger les parents de ces enfants à fournir un enseignement équivalent à ce qui est dispensé à l’école, comme le stipulait la Loi sur l’instruction publique, la nouvelle loi prévoit que les parents devront plutôt fournir au ministère leur « projet d’apprentissage » pour leur enfant. On voit que les nouvelles règles donnent aux parents la latitude qu’ils réclamaient.

Ce projet d’apprentissage pourra correspondre aux programmes d’études de l’école publique ; son évaluation sera assurée par des examens, comme à l’école.

Or le projet pourra emprunter une autre voie et plutôt « comporter des activités variées et stimulantes visant l’acquisition de connaissances et de compétences diverses, incluant l’apprentissage de la langue française, d’une autre langue et de la mathématique ». Les enfants n’auront pas à subir d’examens ; leurs parents n’auront qu’à soumettre au ministère un « portfolio » témoignant des progrès accomplis par l’élève.

Les partis d’opposition ont dénoncé le « laxisme » du projet de règlement : les parents, qui n’ont plus l’obligation de fournir un enseignement équivalent à celui de l’école, peuvent se contenter de n’enseigner que les langues et les mathématiques en omettant des matières comme les sciences, l’histoire et la géographie. On se demande comment ces enfants, s’ils n’ont pas ces acquis, pourront un jour intégrer l’école, si c’est là le choix de leurs parents, ou encore parvenir à obtenir leur diplôme d’études secondaires (DES). Va-t-on leur enseigner que la terre est plate ou que les hommes sont supérieurs aux femmes ? s’est-on inquiété.

La progression des enfants dont les parents opteront pour le portfolio plutôt que les examens ne sera pas évaluée par une commission scolaire, mais par le ministère. On sait que bon nombre de ces parents étaient à couteaux tirés avec les commissions scolaires. Pour leur part, celles-ci devront, et c’est heureux, leur fournir des manuels scolaires et du matériel didactique ainsi qu’un accès aux bibliothèques et aux installations sportives.

Tout en favorisant la détection des enfants qui ne vont pas à l’école, le ministre officialise la liberté dont jouissent les parents qui font l’école à la maison. On ne sait trop comment il s’assurera que ces enfants reçoivent un enseignement au moins équivalent à celui de l’école publique et qu’ils pourront, un jour, obtenir leur diplôme. Obtenir un DES, « ce n’est pas une obligation », a affirmé Sébastien Proulx à l’Assemblée nationale. Or la fréquentation scolaire n’est pas une fin en soi ; ce qui importe, c’est l’acquisition de connaissances minimales et partagées par tous les enfants. Il nous semble que c’est là l’esprit, sinon la lettre, de la Loi sur l’instruction publique. Pour bien des enfants, l’école à la maison est bénéfique. Pour d’autres, c’est une autre histoire. L’État a le devoir de se soucier de ces laissés-pour-compte.

4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 17 avril 2018 08 h 17

    Grave

    On protège les enfants de parens violents ou négligeants. Mais on ne les protègera pas des parents obscurantistes. A 16 ans, ils se retrouveront sans les compétences minimales pour se débrouilller en société et travailler.

    • Nadia Alexan - Abonnée 17 avril 2018 09 h 38

      Monsieur Proulx n'a pas appris sa leçon encore, de ne pas délaisser ces enfants à leur compte, même après qu'un adulte juif a poursuivi le gouvernement quand il a découvert qu'il ne pouvait pas travailler dans le monde réel avec le peu de connaissances qu'il a eues à la maison. Il estime qu'on lui a volé son droit à une éducation valide.

  • Claude Gélinas - Abonné 17 avril 2018 08 h 34

    Le Gouvernement complice de cette fourberie !

    Il ne faut pas être grand clerc pour penser que des mères qui n'ont reçu pour toute formation que la connaissance de la Torah pourront transmettre à leurs enfants éduqués à la maison des enseignements leur permettant de réussir dans la vie.

    Dans cette scandaleuse tromperie, le plus suprenant c'est la complicité du Gouvernement ! Pourtant, ce même Gouvernement n'est-il pas poursuivi par des juifs hassidiques qui ont quitté leur communauté et qui ont du mal à s'intégrer à la société et au monde du travail.

    Désormais, la seule explication repose sur des motifs électoralistes. Le Gouvernement libéral ne souhaitre pas perdre le vote de la communauté hassidique qui, par solidarité, vote toujours d'un seul bloc.

    Et ces enfants qui les représentent ? Que fait la Commission des droits de la personne ?

  • Veronique Savoie - Inscrite 17 avril 2018 10 h 22

    Merci

    Il faut avoir vu les écoles pour enfants en difficultés pour voir que l'école maison pour les parents qui ont l'engagement de le faire est tellement bénéfique. Moi j,ai vu ces enfants qui font des crise devoir être isolés dans une pièce sombre pas plus grande que ma salle de bain pour se clamer et que les autres soient en sécurité. L'intervention est justifiable, mais l'idéal n'est pas que cette enfants aie la chance de vivre à la maison. Cet enfants aux capacité réduites physioquement ou mentalemen même apres avoir passé 11 ans de sa vie antouré de gens dévoués n'aura pas plus de dîplome pourquoi les jugers? Ces enfants qui vont dans un programme de plâtrié en sec pour ne pas décroché et qui ne voient que les matières de bases pour leur diplome notre système scolaire est-il si parfait pour que l'on n'ose juger les gens qui ont l'influence la plus grande sur leurs enfants soient les parents? Moi je suis allée au cégep, mon mari a fait un DEP, mon voisin est allé à l'université, ma ère a trvailler dans un hopitale sans avoir eu son diplome. Pourtant mes valeurs et celles de mon conjoint sont différente, mes croyances religieuses aussi et elles sont même diffréentes que celle que mon inculqués mes parents. Pourtant nous réussissons tous. J'ai plus de scolarité que mon conjoint mais c'est lui qui nous fait vivre et moi je me consacre à mes enfants qui vont pour la plupart à l'école . Les 2 systèmes ont leurs pour et leurs contres. Notre gouvernement à eu l'ouverture pour voir la réalité et essayé d'accomoder la majorité qui se soucie du bien-être des enfants et avoir à l'oeil ceux qui sont plus ou moins outillés pour bien le faire. Les immigrés et fanatiques religieux qui vous effraient peuvent faire l,éducation de leur croyance en dehors des heures de cours. Devrons nous ajouter un cours dans nos écoles pour apprendre aux gens à se baser sur les faits avant d'émettre des jugements et des opinions sur des articles ou des propos de gens en période électorale?