Étudiante en techniques policières voilée: la politique de la division

Une étudiante en techniques policières au cégep d’Ahuntsic, Sondos Lamrhari, veut devenir la première policière à porter le voile au Québec. Philippe Couillard voit en elle une « pionnière », dont il faut louer la bravoure. C’est faire peu de cas de l’importance d’assurer la neutralité — religieuse ou autre — de la fonction de policier, dont le pouvoir sur les citoyens est considérable. Et ce n’est pas la première énormité que le premier ministre profère à ce sujet.

Encore récemment, Philippe Couillard estimait que la question du port des signes religieux par des policiers était un problème « imaginaire » que les partis d’opposition avaient tort de soulever. Aujourd’hui, il voit une avancée extraordinaire dans la possibilité qu’une policière porte un jour le voile. Il a accusé les partis d’opposition de vouloir briser le « rêve » de la jeune femme, donnant un tour onirique à l’imaginaire qu’il avait évoqué.

La semaine dernière, Philippe Couillard affirmait qu’il était illégal d’interdire aux policiers de porter des signes religieux. C’est faux. La Cour suprême n’a jamais eu à trancher la question. Seule la Cour fédérale s’est prononcée : elle a jugé légale la permission accordée par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à ses policiers de porter un signe religieux, notamment le turban. La décision n’a pas porté sur une interdiction ; c’est bien différent.

Ce n’est pas à la légère que la commission Bouchard-Taylor, qui s’appuyait sur des avis juridiques, a jugé raisonnable l’interdiction faite aux agents de l’État exerçant un pouvoir de contrainte sur les citoyens de porter des signes religieux tandis qu’elle estimait qu’une interdiction générale étendue à tous les employés de l’État allait trop loin. Contrairement à ce qu’affirme le premier ministre, à moins de preuve du contraire, cette interdiction limitée est compatible avec les chartes des droits.

Plus qu’une fonction, plus qu’une tâche, le rôle du policier a une charge symbolique. Il incarne l’ordre, l’autorité de l’État : il dresse les constats d’infraction, il procède à l’arrestation de citoyens, il peut user de violence en toute légalité, jusqu’à causer la mort. On ne choisit pas le policier qui nous interpelle. Contrairement à un juge, qui, lui aussi, exerce un pouvoir de coercition, on ne peut même pas demander au policier qu’il se récuse. Pour ces raisons, sa neutralité, notamment religieuse, ne doit faire aucun doute.

Cette neutralité implique qu’ils délaissent une part de leur individualité en endossant un uniforme auquel ils ne peuvent déroger. Les corps policiers ne badinent pas avec l’uniforme, dont chacun des éléments est imposé. D’ailleurs, le projet de loi 133, que le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a fait adopter l’automne dernier pour interdire le port des pantalons bariolés en guise de moyen de pression, réitère l’importance de l’uniforme et de son intégrité pour le maintien de la confiance de la population envers les policiers.

Il est tout à fait légitime pour la population du Québec d’exiger que leurs policiers affichent la plus stricte neutralité religieuse. Que le Canada anglais, comme d’autres pays du Commonwealth, ait choisi une autre voie ne devrait rien changer à l’affaire. Les Québécois, dont la tradition juridique est marquée par le civilisme, c’est-à-dire la codification du droit par opposition à la common law jurisprudentielle, s’accommode déjà mal du « cas par cas » des accommodements ; c’est tellement vrai que le gouvernement libéral s’est résigné à faire adopter le projet de loi 62, qui vise notamment à codifier un tant soit peu ces accommodements, ce qui ne serait jamais venu à l’idée des Canadiens. Cette tradition juridique, c’est d’ailleurs un des éléments fondamentaux de la notion de société distincte chère aux libéraux.

Mais voilà, Philippe Couillard a décidé que les Québécois devaient abandonner ces réflexes civilistes et se borner à se conformer au Canada anglais en matière de laïcité. Jouant sur les sentiments, il accuse les tenants « liberticides » de la neutralité religieuse des forces de l’ordre de vouloir forcer cette « brave » étudiante en techniques policières à quitter le Québec. Après le « nationalisme ethnique » lancé par Carlos Leitão, c’est une autre manifestation de cette stratégie politique de la division — wedge politics, disent les Américains — qu’adopte le chef libéral, par calcul électoraliste, certes, mais aussi parce que c’est son credo, cette fois-ci pour rameuter les jeunes aux convictions multiculturalistes. Ce n’est rien pour rallier la population autour d’une conception commune de la laïcité.

79 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 14 avril 2018 05 h 14

    Subtil ( mal intentionnée ? ) comportement d'opportunisme....

    ..de la part de monsieur Couillard ? C'est à rire de le voir exprimer autant de sensibilité qui sent tellement fausse. Quelle profondeur que celle de sa réflexion ! Je pense que je vais voter libéral...avec ou sans malice ?
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

    • Marguerite Paradis - Abonnée 15 avril 2018 11 h 00

      S.V.P.
      Grands voyageuses et voyageurs « internationaux » pouvez-vous nous dire ce qui se fait d'« intelligent » dans d'autres pays? Cela pourrait nous insiprer.

      Aussi, il serait tout aussi intéressant de savoir s'il y a des codes vestimentaires dans les pays dont s« s'inspire » les personnes qui demandent des « accomodements vestimentaires ».

      MERCI

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 avril 2018 06 h 43

    Le policier, il...

    L'éditorialiste rêve-t-il d'une police où la laïcité de l'État s'incarnerait en l'emportant sur le religieux comme le masculin sur le féminin ? Cela importe assez peu : on connait le monsieur. Mais on prendra note que cette revendication serait peut-être moins irritante si elle ne venait pas d'une fille.

    • Marie-Hellène Lemay - Abonnée 14 avril 2018 09 h 29

      Peut-être que je ne "connaît pas le monsieur", mais l'éditorialiste parle d'un conflit du symboles des institutions dans l'uniforme des forces de l'ordre, et du fait que la préférence individuelle n'y a pas sa place. Je ne décèle pas d'irritation dans son propos à l'effet que c'est une femme. Êtes-vous le type de personne qui applaudit à l'affaiblissement des insititutions sous le prétexte qu'elles incarnent le patriarcat?

    • Nadia Alexan - Abonnée 14 avril 2018 09 h 34

      Merci, monsieur Dutrisac, pour ces précisions. En effet, le machiavélisme de monsieur Couillard pour des fins électoralistes va s'éclater à son visage, un de ces jours et l'histoire ne sera pas tendre à son égard. Au lieu d'encourager l'intégration et la citoyenneté de tous les Québécois, il est en train d'inciter le communautarisme, la ghettoïsation et la division, une nation entre une nation. Un jour, il va récolter le mal qu'il a semé.

    • Christiane Gervais - Abonnée 14 avril 2018 09 h 49

      Ce n'est pas une lutre entre le.religieux et la laïcité à qui vous prêtez des allures de maculin et féminin en tentant de nous faire croire que le politico-religieux est féminin, dieu sait que les femmes dans le monde tentent, parfois au péril de leur vie, de s'en soustraire, mais un choix de la laïcité de l'état qui assure la neutralité de nos rapports avec l'autorité et nous soustrait au pouvoir des croyances des autres auxquelles nous n'avons pas à prêter de valeur ou à nous soumettre.

      La laïcité permet cet espace où nous retrouvons et partageons ce qui nous est commun, notre citoyenneté.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 14 avril 2018 10 h 06

      Que la demande soit faite par une femme ou un homme ne change rien à l'affaire. Marvin Rotrand, le conseiller à l'origine de cette dernière demande pour le SPVM, parle de tous les signes religieux.
      Par ailleurs, on a déjà vu des femmes s'opposer aux changements qui amenaient davantage de liberté et d'égalité de droits pour toutes les femmes: notons, pour seul exemple, le droit de vote des femmes.
      Il est aussi éclairant de constater que la jeune fille qui désire être policière porte le voile depuis l'âge de 9 ans: elle a eu amplement le temps d'intégrer son discours (ou le discours de ses proches!). Lors d'un débat à l'Université Laval, je me souviens de la réponse de Djemila Benhabib à une jeune fille voilée qui contestait la position de Mme Benhabib sur le voile, à savoir que les femmes, pour plusieurs raisons, pouvaient parfois s'aliéner.
      Mme Benhabib a aussi à plusieurs reprises dénoncé ces écoles musulmanes où des jeunes filles portent le voile et les cérémonies du voile où de très jeunes filles jurent de porter le voile toute leur vie!
      Par contre, ici, il s'agit de continuer le processus de laïcisation de la société québécoise, dont une majorité de QuébécoisEs sont d'accord sur l'interdiction du port de signes religieux pour les personnes en autorité.

    • Fréchette Gilles - Abonné 14 avril 2018 10 h 27

      Confusion
      Mais on prendra note que cette revendication serait peut-être moins irritante si elle ne venait pas d'une fille, nous dit RMD.
      On n'a pas encore vu un garçon réclamer de porter un hijab sous son képi.

    • Hélène Paulette - Abonnée 14 avril 2018 11 h 56

      Ce n'est le journaliste qui a mis la jeune fille sous les projecteurs...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 avril 2018 13 h 45

      Merci de vos commentaires. Mais comme ils me donnent un peu le tournis, je précise. Ce que je crains, c'est que le souci de neutralité soit un peu à géométrie variable selon que ce sont des femmes ou des hommes qui sont en cause. Ainsi, une femme portant foulard est assez couramment soupçonnée de se faire la complice de sa propre sujétion alors que le porteur de Kippah est plutôt acccusé de vouloir faire prévaloir sa conception du droit. Quant à monsieur Dutrisac, je constate seulement que dans son idée, le policier neutre se dit au masculin.

      A cet égard, madame Lemay, s'il est dans la nature de nos institutions d'être sexistes, oui : je suis tout à fait d'accord avec leur «affaiblissement». Madame Gervais insiste très justement sur l'importance de dégager un espace de citoyenneté. Mais de la même façon que cette citoyenneté s'est trouvée considérablement enrichie du fait que les femmes y aient eu droit de cité, je crois qu'elle le sera encore quand on aura appris à ne plus pousser d'autres différences à la marge. Que les femmes participent de plein droit à la vie démocratique n'a pas transformé notre société en matriarcat d'un nouveau genre. La reconnaissance publique du fait religieux ne nous transformera pas en califat islamiste.

    • Sylvain Lévesque - Abonné 14 avril 2018 13 h 46

      Monsieur Maltais Desjardins, est-ce l'approche des élections qui vous fait perdre votre sens de la nuance ? Il me semble que vous y allez de plus en plus rondement avec des arguments fumeux. Non mais votre rapprochement entre la laïcité affichée par la police qui devrait avoir préséance sur les droits religieux, et "le masculin qui l'emporte sur le féminin", c'est du grand sophisme et un détournement de la question. Le débat serait venu d'un orthodoxe sikh qui aurait demandé à porter sa coiffure dans le cadre du métier de policier, la réaction au Québec aurait été la même.

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 avril 2018 15 h 19

      Monsieur Fréchette, je reprends le commenataire de mon homonyme: «Le débat serait venu d'un orthodoxe sikh qui aurait demandé à porter sa coiffure dans le cadre du métier de policier, la réaction au Québec aurait été la même.»

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 avril 2018 16 h 31

      Je crains que vous me saisissiez mal, monsieur Lévesque. Je l'attribuerai à de la mauvaise humeur... électorale. Le rapprochement se justifie en ceci que si radicale doive être l'exigence de neutralité dans l'exercice des fonctions de tous les employés de l'État, tant que ce sont des personnes qui les exercent, elles devront pouvoir paraître avec leurs différences (nous sommes tous différents, d'ailleurs, sauf les vrais québécois, peut-être). Vous pensez que le sexe n'est pas en cause? Tant mieux si vous avez raison!

    • Hélène Paulette - Abonnée 14 avril 2018 18 h 22

      Par contre, monsieur Maltais Desjardins, le fait que les grandes religions soient toutes dirigées par des hommes ne semble pas vous déranger outre mesure...

    • André Joyal - Abonné 14 avril 2018 19 h 51

      @RMD: on vous aime mieux quand vous commentez ce qui releve de la santé.
      Vous risquez autrement de ternir votre réputation.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 avril 2018 21 h 00

      Madame Paulette, c'est une présomption malveillante et gratuite. Merci pour la hauteur de vos arguments.

    • Hélène Paulette - Abonnée 15 avril 2018 08 h 46

      Monsieur Maltais Desjardins, je ne crois pas être malveillante en soulignant que ce sont des imams qui exigent que des femmes se soumettent au port du voile pour prouver leur foi (en toute liberté?), et que c’est vous qui écrivez « L'éditorialiste rêve-t-il d'une police où la laïcité de l'État s'incarnerait en l'emportant sur le religieux comme le masculin sur le féminin ? ». Excusez-moi d’avoir trouvé contradictoire votre position sur le port du voile avec cette condamnation du journaliste.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 avril 2018 09 h 34

      Vous n'êtes évidemment pas obligée de me lire plus attentivement, mais suggérer que j'approuverais le port d'un signe religieux par une femme parce que l'Imam l'y contraindrait, c'est complètement faux. Le problème, c'est que bien des gens ne peuvent pas envisager qu'une femme le fasse de son propre chef. Je ne nie pas du tout que des hommes cherchent, des fois avec succès, à imposer une autorité masculine sur les femmes. C'est de cela qu'il faudrait s'inquiéter et aider les femmes à se protéger plutôt que de leur nouer le foulard plus serré autour du cou au service de la paranoïa.

      Pour ce qui est du journaliste, je ne le condamne pas du tout. Je note seulement que dans sa conception de la neutralité du rôle de policier, le policier se dit au masculin. Simplle convention de langage ou manifestation de sexisme? Je ne sais pas. Je pose la question. Comme je m'inquiète que la neutralité de l'État ne pousse le fait religieux à la marge. Vous pouvez estimer que ce qui serait inacceptable pour les femmes serait nécessaire pour le religieux. Je ne suis pas de cet avis. Inadmissible dans les deux cas.

    • Hélène Paulette - Abonnée 15 avril 2018 10 h 51

      Monsieur Maltais Desjardins, je vous trouve bien naïf lorsque vous dites "que que des hommes cherchent, des fois avec succès, à imposer une autorité masculine sur les femmes", car vous comme moi vivons sous un patriarcat encore très puissant quoique vous soyez moins à même que moi d'en ressentir les effets. De par ma connaissance de musulmans, je ne pense pas me tromper si je dis que selon la mosquée qu'elle fréquente une femme se sentira obligée de se voiler ou non pour prouver sa foi. Or, ce sont bien des imams qui décident des préceptes de chaque mosquée selon leur tendance et la provenance de leur financement. Il faut savoir que l'Islam n'a pas, comme d'autres églises, d'autorité suprême autre que le Coran que l'imam interprète à sa guise et à celle de la tendance qu'il représente ... Je peux aussi envisager que certaines femmes le fassent de leur propre chef mais par celà même n'obéissent-elle pas à une règle qui les infériorise? Et lorsqu'elles se réclament de leur religion pour le port du voile, c'est la parole d'un imam qu'elles défendent. Il faut aussi savoir que certaines mosquée offrent du soutien financier à leurs fidèles, ce que je ne leur reproche pas mais qui pourrait teinter le "consentement" ...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 avril 2018 11 h 16

      Vous en savez peut-être beaucoup sur l'islam, mais il n'y a rien dans ce que vous dites que je n'aie déjà entendu cent fois. Je suis peut-être naïf, mais je pense comme bien d'autres que la voie la plus féconde, ce n'est pas celle d'une interdiction qui ne fait que redoubler une injonction, mais une vigiliante et militante garde des droits et libertés fondamentales garanties par nos chartes pour toutes les femmes... mais aussi quels que soient les choix qu'elles font pour autant qu'elles les font librement.

    • Carmen Labelle - Abonnée 15 avril 2018 13 h 29

      RMD,Vous tenez des propos vitrioliques sous une couche de vernis et semblez faire preuve d'une étonnante naîveté vu votre language laissant présumer une certaine capacité au discernement.
      Ce qui me heurte dans vos propos est que seul le point de vue des droits individuels est envisagé. Exit le droit du-de la-citoyen-ne d'être interpelé-e par une personne neutre en attitude et en apparence. Une jeune fille battue par son père parce qu,elle ne veut pas porter les hidjeb oserait-elle porter plainte à une policière qui le porte? Ou une jeune fille légèrement vêtue qui a été agressée qui se sent jugée par l'image même d'une femme couverte de la tête aux pieds? Un palestinien d'origine à un policier qui porte la kippa? Un ressortissant indien à un policier portant turban ? Fait vécu: au Palais de justice de Mtl un couple de culture juive veut un mariage civil sans connotation religieuse et arrive devant une célébrante portant le hidjab! L'image que renvoie la personne qui représente l'État (car qui d'autre que l'état peut arrêter quelqu'un) est très importante et c'est pour cela qu'un uni-forme a été institué pour les policiers juges et gardiens de prison.

      Vous ignorez la responsabilité du citoyen envers la société et l'état. Ce qui est grave. Mémoire de Me F.Côté dans à la Commmision loi 62:«: «En renversant ainsi se devoir et en imposant à l'État le devoir de se soumettre à ses propres fonctionnaires plutôt que d'exiger d'eux une quelconque modulation comportementale lorsqu'il est question de religion, on ne peut faire abstraction du message, fort, envoyé selon lequel l'État s'incline devant la religion même devant ses propres fonctionnaires et représentants. Ceci vient affecter la perception de la légitimité même de l'État en tant que dépositaire du pouvoir public et remet en question autant le sentiment de devoir d'obéissance que le sentiment d'appartenance à l'institution de l'État, en ce qu'elle n'apparaît plus comme une autorité souveraine et autonome».

    • Carmen Labelle - Abonnée 15 avril 2018 13 h 42

      RMD, un autre point où vous ne considérez que les droits individuels «quelques soit les choix qu,elles font pour autant qu'elles le font librement.» Un choix de se conformer à une exigence dans un vieux livre empoussiéré est un choix mais peut-on parler de liberté, de libération et d'émancipation? De même que tout choix que fait une femme n'est pas nécessairement un choix féministe. Tarek Fatah, fondateur du progressiste Congrès musulman canadien compare ce militantisme à un «groupe de noirs qui militeraient pour s'assoeir en arrière des blancs dans l'autobus». Ce féminisme là est un féminisme dévoyé et est indéfendable

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 avril 2018 15 h 03

      Merci, madame Labelle. J'aurais eu plus de plaisir à lire et relire vos commentaires si vous n'aviez pas cru nécessaire d'y mettre le ton accusateur, mais ce n'est pas bien grave.

    • Hélène Paulette - Abonnée 15 avril 2018 15 h 23

      Votre position, monsieur Maltais Desjardins, tient de la théorie et ne s'applique pas. Puis-je exercer mon droit de porter des signes de mon allégeance politique en tant qu'agent de la paix? La religion doit aussi être capable de s'adapter aux règles de vie en société. Tant qu'à votre sacro-sainte Charte des Droits, elle est enchâssée dans une Constitution que le Québec n'a pas entérinée et est sujette à la clause nonobstant. À vous d'y souscrire si vous voulez...

    • Carmen Labelle - Abonnée 15 avril 2018 16 h 39

      RMD et Hélène Paulette. Madame Paulette vous avez tout à fait raison. J'ajouterais le commentaire de l’ex bâtonnière du Qc, Julie Latour : «La Cour suprême a déjà reconnu les « droits, individuels ou collectifs, des résidents d'une province d'avoir une fonction publique impartiale », des droits qui sont donc « publics ou politiques ». En outre, « un emploi dans la fonction publique comporte l'acceptation de certaines restrictions ». »

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 avril 2018 17 h 32

      En effet, ma position est théorique. C'est utile quand on veut fonder le droit rationnellement plutôt que sur la seule capacitié des uns ou des autres d'imposer leurs vues. J'attends des objections rationnellement défendables à une volonté d'interdire qui me semble pour l'instant fonder sur de simples préférences. Par contre, il y a une objection sérieuse aux insignes politiques. selon moi. Je m'en suis expliqué sur le fil FB de Jean Dorion, si cela vous intéresse.Pour ce qui est de la charte canadienne, signée ou pas, nous ne privons pas de nous en prévaloir, y compris de la clause de dérogation. Plus souvent que toutes les autres provinces. Le jour où le PQ sera porté au pouvoir sur promesse de tenir un référendum, qu'il l'aura gagné, on pourra parler d'un désaveu. En attendant, je comprends qu'elle ne vous plait pas.

    • Marie-Hellène Lemay - Abonnée 15 avril 2018 19 h 32

      Monsieur Desjardins, pour combattre le sexisme, vous pourriez d’abord cesser de me répondre comme si vous aviez quelque chose à m’enseigner sur le sujet. Quant à obtenir des objections rationnellement défendables (vos mots) encore faudrait-il que vous les lisiez…

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 avril 2018 20 h 59

      Madame Lemay, je ne vous répondais que parce que je croyais qu'un dialogue serein était possible. Je m'abstiendrai donc.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 avril 2018 21 h 14

      Madame Labelle. Notre désaccord ne porte pas sur le principe énoncé par la juge Latour ni sur l'acceptation de certaines restrictions mais sur le lien nécessaire entre telles ou telles restrictions et le principe général. À mon avis, l'interdiction des signes religieux ne garantit l'impartialité de la fonction ni de manière nécessaire ni suffisante. Elle constitue donc une entrave déraisonnable à l'exercice des libertés fondamentales. Vous ne partagez pas ce point de vue. À moins de tenir à débattre pour débattre, je crois que nous pourrions au moins nous entendre là-dessus?

    • Carmen Labelle - Abonnée 15 avril 2018 22 h 02

      RMD, on ne peut effectivement garantir l'impartialité d'un policier, signes religieux ou pas. Mais vous éliminez complètement des considérations importantes la perception du citoyen qui reçoit un service et qui a droit à une neutralité en fait et en apparence. Si on ne peut garantir la première, on peut garantir la seconde. Cette jeune fille réclame des droits que les autres n'ont pas; il faudrait pour être équitable éliminer les uniformes, permettre tous les signes et symboles politiques, sociaux, religieux.L'état alors, son apparence deviendrait du n'importe quoi et on serait loin de l'apparence de neutralité. Exercer sa religion est un droit fondamental; la façon dont on veut l'exercer n'en est pas un. À cet égard là aussi votre vision est celle du sécularisme d'inspiration britannique-common law- où la religion est une cractéristique inhérente à l'individu qui ne peut donc qu'obéir aux exigences de celle-ci. Alors que la laicité que le qc a choisi est d'inspiration européenne continentale où la religion n'est pas au même niveau que la couleur de peau, où les pratiques peuvent être dissociées de sa foi. Ce que 76 % des québécois réclament, c'est justement cela, que pendant 8 hres par jour 5 jours/semaine , pour respecter l'équité et la neutralité, que cette fille laisse de côté un des aspects de sa pratique. Le vivre ensemble ne peut être la responsabilté que d'un côté

    • Marie-Hellène Lemay - Abonnée 16 avril 2018 00 h 15

      Désolée de vous trouver si peu serein, mais relisez vos propos et voyez si votre souci à l’égard du sexisme n’est pas aussi un peu à géométrie variable. Un petit peu moins de condescendance faciliterait le dialogue, mettons.

      La menace la plus sérieuse au vivre ensemble vient de la marchandisation de l’expérience intérieure. Et l’affaiblissement des institutions au profit des droits individuels fait partie des stratégies néolibérales où toute entrave à la liberté individuelle est une entrave au marché qui la vise. Car tout s’achète maintenant : les appartenances, la moralité, la bonne conscience, et même l’âme. Si vous trouvez que je charrie, c’est que vous n’avez pas bien regardé.

      Par ailleurs, invoquer des droits individuels en matière de religion ignore (volontairement ou non) que l’appartenance à une religion s’inscrit dans une tradition, une littérature, des règles et des conditions d’appartenance, autrement dit, dans une institution. On est donc en droit de relever un conflit de symbole ou même de loyauté si l'habit incarne une institution. Si le port de l'uniforme fait partie des fonctions du policier, et qu'il s'agit d'une de ses obligations (l'obligation de s'aliéner comme individu au moins en apparence pour incarner une institution civique), la question, vous l'admettrez, vaut d'être débattue. Ce qui est en cause n'est pas l'impartialité du policier, c'est l'impartialité de sa fonction (en particulier sa fonction symbolique).

      Et finalement, si vous souhaitez l’affaiblissement des institutions sexistes, je présume que vous êtes ravi de l’état quasi-moribond de l’Église catholique au Québec. En fait d’institution sexiste, celle-là ne donne pas sa place.

  • Cyril Dionne - Abonné 14 avril 2018 07 h 10

    Encore les amis imaginaires

    « Encore récemment, Philippe Couillard estimait que la question du port des signes religieux par des policiers était un problème « imaginaire » que les partis d’opposition avaient tort de soulever. »

    Un problème « imaginaire » issu de la polémique des amis imaginaires. « Priceless ». Il faut le faire.

    Mais pour le reste, les agents de l’État doivent adhérer au système de lois qu’ils représentent et qui sont en place parce qu’ils sont au service de la société et non le contraire. Leurs jugements, croyances et valeurs doivent demeurer à la maison, s’en tenir aux balises misent en place par les représentants dûment élus qui représentent la population et que les policiers manifestent leur adhésion à celles-ci en montrant l’exemple. Ceci étant dit, les habits de clown n’auraient jamais dû être tolérés.

    Enfin, dire que la Cour fédérale s’est prononcée et elle a jugé légale la permission accordée par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à ses policiers de porter un signe religieux, notamment le turban n’est pas véritablement véridique. Elle n’a vu aucun désaccord légal et la décision est revenue au corps policier de dire oui ou non. Cette permission était basée sur aucun principe juridique de la liberté de conscience ou religieuse.

  • Raynald Rouette - Abonné 14 avril 2018 07 h 26

    Politique strictement coloniale


    La complicité entre le politique et l’église peu importe laquelle n’est pas nouveau.

    Le Québec connaît l’histoire de la création des réserves indiennes par le gouvernement du Canada avec la complicité du clergé catholique vers les années 1850, et par la suite la terrible histoire des pensionnats autochtones.

    Le multiculturalisme canadien incluant le religieux est un cran de plus au colonialisme (contrôle) du gouvernement du Canada sur le Québec. L’immigration récente conforte de plus en plus Ottawa dans sa politique coloniale. Sans oublier la collaboration du gouvernement du Québec dans cette tâche. Misère!

  • Denis Grenier - Abonné 14 avril 2018 07 h 30

    La libre expression et le vivre ensemble

    Je choisi de vous répondre monsieur Maltais Desjardins, car je respecte votre opinion et la mienne et surtout que j'estime votre intelligence à comprendre la situation des femmes qui ont connu le joug tyrannique de la conformité où la religion fait loi; dans cette situation où le masculin domine et menace. Des femmes vivant au Québec peuvent en témoigner. Est-il permis à un homme de se dire féministe ? Puisque l'école de police du Québec a à réfléchir et à prendre une décision sur le sujet, il m'est loisible de souhaiter que les policières et les policiers partout au Québec peuvent et choisissent dès maintenant de porter une croix, le signe chrétien, cousu à même la chemise de leur uniforme. Ceci dit, en tout respect pour votre droit à la libre expression et les droits de plusieurs femmes, jeunes étudiantes à exprimer leur philosophie politique.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 avril 2018 13 h 24

      Merci de votre courtoisie, monsieur. Je suis tout à fait d'accord avec le souhait que vous exprimez.

    • Sylvain Lévesque - Abonné 14 avril 2018 13 h 56

      Est-ce que cette conversation entre M. Grenier et M.Maltais Desjardins est empreinte d'ironie, ou d'absurdité ? Leurs propos sont peut-être trop subtils pour moi ?
      Une croix brodée sur leur chemise de fonction ? Jamais !
      Tant qu'à s'amuser, pourquoi pas une amulette de St-Joseph intégrée à la crosse de leur pistolet ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 avril 2018 14 h 17

      Vous ne présumez pas qu'elle soit absurde et je vous en remercie. Mais oui pour la croix brodée sur la chemise de fonction. Parce que si justement contraignantes soient les règles d'exercice de la fonction, c'est encore une personne qui l'exerce. Les personnes n'ont pas à disparaître derrière leurs rôles. Un médecin catholique (malgré ce qu'en pensent les petits esprits qui viennent ici encore railler leurs amis imaginaires) a tout à fait le droit de témoigner de sa foi, même à la clinique, même à l'hopital. Ce qu'il ne peut pas faire, c'est de donner préséance à sa croyance sur ces règles. Cela vaut pour tout le monde et il n'y a aucun motif raisonnable de soupçonner qu'une personne qui promeut des valeurs religieuses ou hostiles à la religion soit plus ou moins loyalement engagée dans le service à ses concitoyens. Si elle s'en écartait, la sanction serait d'autant plus nécessaire qu'elle protégerait le droit à la différence pour tous. D'accord ou pas, j'espère que c'est plus clair.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 avril 2018 16 h 31

      « Mais oui pour la croix brodée sur la chemise de fonction. » (Richard Maltais Desjardins)

      Curieux tout de même, ceci nous rappelle les étoiles jaunes, les étoiles de David, que les Juifs devaient apposer (broder) en tout temps sur leurs vêtements. N’est-ce pas un dispositif de discrimination et de marquage imposé par la très Sainte rectitude politique pour différencier ceux qui ont un besoin inné de croire à leur ami extraterrestre favori et ceux qui sont guidés par la sagesse qui est intemporelle ? Pour les fonctionnaires dans la sphère étatique, ils sont au service de la population tout simplement. Subir du prosélytisme par des représentants de la fonction publique, on peut s’en passer. On en assez de nos témoins de Jehovah du samedi matin.

      Enfin, pourquoi ce discours n’apparaît aucunement dans le secteur privé? On imagine tous que cela ne serait pas bon pour le « business » si les gens étaient accostés par des employés qui seraient plus empressés d’exprimer leur appartenance religieuse que de s’acquitter de leur tâche, soit de servir le client, laïc ou religieux.

    • André Joyal - Abonné 14 avril 2018 19 h 56

      Et que dire d’un jeune policier qui aurait été élevé par des parents disciples
      de Mgr Lefebvre? Oserait-t-on briser son reve au prétexte qu’il exige de pouvoir porter un col remain, voire une soutane dans l’exercice de ses fontions?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 avril 2018 21 h 03

      Monsieur Dionne, je n'aurais pas cru devoir y insister : la suffisance avec laquelle vous raillez ceux qui croient en leur «ami extraterrestre» me dispensera désormais de porter attention à vos propos, sinon pour dire que je suis assez insensible à votre prosélytisme. Ce sera fait.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 avril 2018 05 h 06

      Monsieur Joyal, je crois que nous prenons la question par le mauvais bout. Pour devenir policier au Québec, il faut s'engager à respecter les obligations déontologiques inscrites dans la loi de la police et, préalablement, avoir subi avec succès la formation qui vous y habilite. Il n'est pas douteux que l'adhésion à des doctrines fondamentalistes, religieuses ou pas, puissent faire obstacle, auquel cas, quel que soit le désir des personnes à l'égard des signes (y compris une opposition farouche à ceux-ci), ce ne sera pas celui-ci qui sera décisif. Elles ne passeront pas le test. Pour le dire autrement, même si pour vous et moi, le port d'un foulard pourrait signifier sans équivoque que la policière place les préceptes de sa foi au-dessus de la loi, le fait que la dignité de l'uniforme lui ait été accordée signifie objectivement que ce n'est pas le cas ou qu'autrement elle sera sanctionnée au même titre que n'importe quel autre officier sans égard à sa croyance ou non croyance. Pair ailleurs, cela ne plaît pas à tout le monde et je respecte cela, mais dans la conception du droit dominante au Canada, l'objectif est toujours de n'imposer de limitation à la liberté d'expression que ce qui est nécessaire pour maintenir l'équilibre optimal de celle-ci pour tous, de même que pour les autres droits fondamentaux. Dans cet esprit, il est fort possible que je sois dérangé par le fait d'être servi par une employée de la SAAQ portant hidjab. Je devrai pourtant m'y faire dans la mesure où cela constitue pour cette personne une manifestation de ses valeurs qui ne doit pas souffrir de limitations auxquelles les non-croyants ne sont pas astreints. Si cette employée arborait plutôt une passoire à spaghetti, je pourrais légitimement mettre en balance le désagrément que j'éprouve avec la futilité aisément démontrable de sa revendication. Évidemment, si on tient toutes les croyances pour également méprisables (et par conséquent ceux qui s'y tiennent), c'est une autre histoire.

    • André Joyal - Abonné 15 avril 2018 10 h 05

      @ réponse au message très matinal de RMD ici-bas;
      Je vous remercie de me faire l'honneur d'un commentaire dont la longueur n'a d'égale que
      la finesse de l'argumentation. Je dois reconnaître que vous pouvez commenter aussi bien les questions identitaiires que celles relevant de la santé, contrairement à ce que je signale dans un autre commentaire. Bravo.

      La différence entre nos points de vue tient au fait que pour moi la religion je respecte celles qui sont respectables) ne doit pas se pratiquer dans l'espace public. Il existe des leux pour ce faire. C'est pourquoi que, contriairement à notre mairesse très souriante (soeur sourire...), je ne suis pas «très, très ouvert» à la proposition du conseiller Rotran.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 avril 2018 10 h 21

      Merci, monsieur. Je craignais d'avoir été trop long. Votre courtoisie et la finesse de vos arguments me donne sincèrement envie de connaître les raisons pour lesquelles vous estimez que la religion ne doit pas se pratiquer dans l'espace public.

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 15 avril 2018 10 h 44

      Monsieur André Joyal,

      Il y a aujourd’hui tout un courant militant qui souhaite étendre la référence de l’espace publique à la laïcité, non seulement à l’État mais à la société entière, réduisant ainsi l’expression publique et sociale des religions. Il s’agit d’une forme de laïcisme qui veut enfermer le religieux dans le domaine du privé et de l’intime et lui interdire toute forme d’expression dans l’espace public.