La responsabilité d’agir pour les Rohingyas

Y avait-il vraiment besoin d’envoyer Bob Rae documenter au Myanmar et au Bangladesh l’opération de nettoyage ethnique lancée contre les Rohingyas ? On peut en douter, tant la preuve de l’entreprise génocidaire menée par l’armée myanmaraise contre cette minorité musulmane était déjà établie depuis plusieurs mois dans plusieurs rapports produits par l’ONU et des ONG internationales.

Cela dit, le rapport rendu public mardi par l’envoyé spécial du premier ministre Justin Trudeau a le grand mérite d’interpeller le gouvernement libéral de façon claire et précise et de le rappeler à ses responsabilités sur la scène internationale.

Dans son rapport, M. Rae presse donc Ottawa d’accueillir des réfugiés au Canada et de bonifier sensiblement son assistance humanitaire — lire la tripler à 150 millions et s’y engager de façon récurrente pendant quatre ans — afin de venir en aide aux 700 000 Rohingyas qui ont fui au Bangladesh depuis l’été dernier. Il recommande par ailleurs au gouvernement canadien de lancer une procédure d’enquête internationale indépendante sur les crimes de guerre commis au Myanmar.

Sur le fond, il se trouve surtout que M. Rae en attend davantage du gouvernement Trudeau en matière de leadership — s’agissant en l’occurrence de mobiliser la communauté internationale face à la tragédie que vivent les Rohingyas. « Ce que nous faisons, ou ne faisons pas, en réponse à la crise au Myanmar et au Bangladesh sera un test décisif de la politique étrangère canadienne », affirme l’ancien chef libéral.

Un test, en effet. Ce qu’épingle ce rapport par la bande, c’est en fait l’ensemble de l’oeuvre du gouvernement libéral à l’international depuis son arrivée au pouvoir il y a deux ans et demi. Une oeuvre marquée par une fâcheuse tendance à l’inaction et à la procrastination, malgré les belles promesses électorales de revigoration du rôle du Canada dans le monde. « Le Canada est de retour », disait le slogan. Il ne l’est pas.

Ce qui fait que, sur des enjeux clés comme l’aide au développement et les opérations de maintien de la paix, le gouvernement Trudeau n’a finalement rien fait d’autre que de s’inscrire « dans la continuité de l’ancien gouvernement conservateur », disait jeudi au Devoir le spécialiste Jocelyn Coulon — et ancien conseiller de l’ex-ministre Stéphane Dion — à l’occasion de la parution d’un essai (Un selfie avec Justin Trudeau) qui ne se gêne pas pour varloper le gouvernement pour l’indigence de sa diplomatie.

Égal à lui-même, M. Trudeau a promis mardi de répondre au rapport de M. Rae… dans quelques semaines. N’a-t-il pas entendu le message ?