Tramway de Québec: enfin au XXIe siècle!

L’agglomération de Québec était mûre pour un projet de transport collectif digne du XXIe siècle. Il reste à espérer maintenant que le tramway survivra à la polémique.

Québec ne réglera pas ses problèmes de congestion en augmentant constamment sa capacité routière. L’offre anémique de transport en commun doit être bonifiée, ce que permettra l’ambitieux projet de tramway annoncé vendredi dernier.

Si les élections ne chamboulent pas tout, et si les échéanciers sont respectés (ce dont il est permis de douter), la région de Québec sera desservie en 2026 par un réseau de 23 km de tramway, 17 km de trambus et 110 km de métrobus. À terme, près de 80 % des emplois et 65 % des citoyens se trouveront à distance de marche de ce réseau financé par Québec et Ottawa, au coût de 3,3 milliards.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, vise juste lorsqu’il affirme que sa ville entre enfin « dans la modernité ». Contrairement aux premières initiatives infructueuses du maire Labeaume, ce projet s’adresse aussi aux banlieues puisque les résidants de Beauport et de Charlesbourg profiteront du tramway.

Ce projet est nettement préférable au statu quo dont on connaît les effets. Au cours des dix dernières années, le parc automobile a augmenté de 20 % dans la Capitale-Nationale (et presque autant dans Chaudière-Appalaches), alors que la population de ces deux régions augmentait de 10 % et de 7 %. La dépendance de Québec à l’égard de l’automobile est un cul-de-sac pour les finances publiques, pour l’environnement et pour la qualité des aménagements urbains. Il est grandement temps d’envisager ce plan B nommé tramway, qui ne viendra pas remplacer l’automobile, mais qui offrira une solution de rechange viable aux citoyens pour leurs déplacements.

Le seul reproche qu’on peut faire au maire Labeaume, c’est son côté cachottier. Lors de la récente campagne municipale, M. Labeaume ne s’est guère montré bavard au sujet de sa vision des transports collectifs. L’échec lamentable du projet de SRB reliant Québec à Lévis, gracieuseté d’un torpillage du maire Gilles Lehouillier, l’avait sans doute incité à la prudence. M. Labeaume avait évoqué vaguement son intention de doter Québec d’un projet de transport collectif dit « structurant ». Il est difficile d’imaginer qu’un réseau aussi complexe, nécessitant l’aménagement de voies réservées, de tunnels et de stations souterraines, puisse avoir été imaginé en moins de cinq mois.

Il n’en demeure pas moins que les enjeux des élections municipales étaient clairs. D’un côté, Régis Labeaume annonçait, d’une manière bien frileuse, la fin du tout-à-l’auto à Québec. De l’autre, son principal adversaire, Jean-François Gosselin, n’en avait que pour un troisième lien entre Québec et la Rive-Sud, au profit des automobilistes. Il avait poussé le ridicule jusqu’à déclarer sérieusement au Devoir que le futur pont, véritable joyau du patrimoine, allait devenir en lui-même un attrait touristique.

Les commentateurs qui s’excitent à la radio avec la perspective d’un référendum sur le tramway ont la mémoire bien courte. Ils ont tout fait pour transformer les élections de novembre dernier en référendum sur le troisième lien. Et ils ont perdu. Leur poulain, Jean-François Gosselin, a fini bon deuxième avec un peu moins de 28 % des voix.

La Coalition avenir Québec, qui courtise le vote banlieusard à Montréal et à Québec, a vite coupé court à cet appel au référendum. En vertu de quelle logique les citoyens de Québec devraient-ils décider à eux seuls de l’issue d’un projet financé par les deux ordres de gouvernement supérieurs ? Et pourquoi pas un référendum panquébécois, tant qu’à y être !

M. Labeaume a obtenu un mandat clair des citoyens pour diriger Québec, et il bénéficie d’une majorité au conseil. Il dispose d’un contrat démocratique viable avec ses citoyens pour prendre les décisions qu’il juge appropriées jusqu’en 2021. Cette légitimité ne le dispense toutefois pas de la responsabilité d’être à l’écoute des opposants, mais c’est de l’opposition citoyenne qu’il est ici question, et non celle de commentateurs en tous genres.

Dans cet esprit, le projet de tramway sera soumis à une consultation en bonne et due forme. Il s’agit d’un passage obligé pour le rendre acceptable au plus grand nombre.

Pour livrer ses promesses de fluidité et d’efficacité, le tramway devra circuler sur des voies réservées ; il ne devra surtout pas se retrouver sur une chaussée partagée avec les voitures. Enfin, les autorités municipales devront s’assurer que les autres composantes du réseau seront bien reliées au tramway, afin qu’il ne devienne pas le symbole de l’attente interminable entre deux connexions. Si ces conditions minimales ne sont pas remplies, Québec et Ottawa risquent de financer un projet de congestion collective de trois milliards.

5 commentaires
  • Lucie Desrochers - Abonnée 20 mars 2018 09 h 34

    Démocratie Québec proposait un tramway

    Démocratie Québec, qui formait l’opposition officielle avant les dernières élections, proposait, comme point central de son programme en matière de transport, un tramway. Le projet a été largement diffusé et discuté. Le sujet n’était donc pas absent du débat lors de la dernière campagne électorale.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 20 mars 2018 10 h 54

    L'indispensable lien avec Lévis et un réseau de transport collectif moderne et plus efficace

    Dans la région de Lévis-Québec, la pire congestion routière se produit aux environs des ponts et sur une bonne partie de la route 20. Espérons que la Ville de Lévis abandonne son projet de troisième lien ou le modifie suffisamment pour lui permettre de mieux utiliser les voies ferroviaires et autres assiettes susceptibles de favoriser le déplacement de ses citoyens vers l'autre rive et de maximiser l'utilisation du réseau de transport de Québec.

    Il faudrait qu'elle fasse vite.

  • Serge Lamarche - Abonné 20 mars 2018 15 h 35

    Tramway au 21ème

    Il me semble qu'un tramway est plutôt 19ème siècle. La population de Québec est insuffisante pour un métro?

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 20 mars 2018 15 h 42

    Excellent édito

    Bravo !

  • Denis Paquette - Abonné 21 mars 2018 03 h 53

    en avons nous honte ,c'est pourtant la capitale

    il était temps,la ville de Québec , est en train de mourir sous les autoroutes, elle est pourtant la capital et le berceau de la culture francaise en Amérique, en avons nous honte,peut être quelle devrait avoir un régime particulier, meme les américains se font un devoir de venir la visiter périodiquement, ne dit-on pas que Jules Verne y a écrit un roman important