Foyer de résistance à Parkland

Dix-neuf ans après la tragédie de Columbine, qui avait fait 13 morts et inauguré dans la conscience nationale l’ère des fusillades dans les écoles, des centaines de milliers d’élèves d’écoles secondaires de tout le pays ont quitté les classes, mercredi, pour protester contre l’extrême facilité avec laquelle on peut se procurer des armes aux États-Unis. Y ont participé des élèves de l’école de Columbine, qui n’étaient pas nés en 1999. Une mobilisation rien de moins qu’exceptionnelle en ce qu’elle vient témoigner d’une colère qui, allumée il y a un mois par la tuerie de Parkland, ne s’éteint pas.

Il faudra en effet que cette vague de contestation vive encore longtemps et prenne de l’ampleur politiquement pour que les choses finissent par changer, tant la défense jusqu’à l’absurde du deuxième amendement de la Constitution est devenue une affaire de gros sous. À défaut, on peut réalistement douter de la solubilité du lobby de la National Rifle Association (NRA) dans cet extraordinaire, mais néanmoins embryonnaire, mouvement de contestation.

De timides petits pas ont été franchis par les politiques en Floride pour resserrer le contrôle des armes depuis la funeste fusillade qui a fait, le 14 février, 17 morts à l’école Marjory Stonema Douglas. L’ultrarépublicain gouverneur Rock Scott a bien signé vendredi dernier une loi qui reporte de 18 à 21 ans l’âge minimum pour acheter tout type d’armes, mais c’est une loi qui cède en même temps à l’idée faussement sécuritaire que la solution à la violence passe par des enseignants armés, idée chère à la NRA. Rien, en fait, dans cette nouvelle législation, ne s’attaque fondamentalement à la prolifération des armes d’assaut dans cet État.

À l’échelle fédérale, l’immobilisme est à ce jour demeuré total. Donald Trump s’est livré en début de semaine à une crapuleuse reculade, après avoir promis dans la foulée de la tuerie de militer pour un contrôle plus serré de la vente d’armes et avoir reproché aux élus républicains du Congrès d’« avoir peur de la NRA ». Là encore, la Maison-Blanche a entériné le projet de profs armés, ce que rejette clairement le mouvement de revendication né à Parkland. Comble de bêtise, la Maison-Blanche a annoncé la création d’une commission fédérale sur la sécurité scolaire en confiant sa présidence à Betsy DeVos, incompétente ministre de l’Éducation fameusement connue pour avoir défendu en auditions de confirmation, l’année dernière, l’idée que les fusils pourraient avoir leur place dans les écoles « pour se protéger des grizzlys ».

D’autres grands rassemblements d’élèves ont été convoqués : d’abord le 24 mars, à Washington, puis le 20 avril, à l’occasion de l’anniversaire de Columbine. Ils testeront la résilience de l’opposition à la complaisance des politiciens.

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1 commentaire
  • Nadia Ghalem - Abonnée 17 mars 2018 17 h 21

    La violence n'est pas une alternative

    Il y a plusieurs années, j'avais publié un article dans "L'actualité", c'était le résultat d'observation des réaction entre gens qui étaient habitués à voir de la violence et qui en arrivaient à la trouver normal. Pire: la disponibilité des armes, si faciles à utiliser avec un résultat terriblement efficace, non seulement en matière de nombre, de victimes mais les blessures qu'elles occasionnent sont rarement bénigne. De plus, si les citoyens ne sont pas en sécurité dans un lieu de savoir ou de recueillement, il est difficile d'imaginer alors une vie sans stress ou traumatisme avec les symptômes post-traumatiques.
    La prévention ? Bien sûr, du côté de la santé mentale, mais aussi, j'ai retenu ce mot d'Henri Laborit, chirurgien de guerre et "inventeu" de la Stélazine. : "Il n'y a pas de méchants, il n'y a que des souffrants". Que ce soit vrai ou faux, sinon comment, non pas justifier, mais supporter les geste de l'assassin de John Lennon, Martin Luther King, Gandi ou ces quatorze jeunes filles qui étaient à Polytechnique ou les croyants qui .étaient dans une Mosquée ?