Boissons alcoolisées sucrées: trop peu, trop tard

Québec interdira la vente de boissons à haute teneur en alcool dans les dépanneurs et les épiceries à la suite du décès accidentel de la jeune Athena Gervais. Il faudra en faire beaucoup plus pour assurer la sécurité de nos jeunes.

La décision de confiner les boissons à forte teneur en alcool et en sucre aux tablettes de la Société des alcools du Québec (SAQ) est une sage décision, mais comme elle est tardive. Si seulement Québec avait pris conscience du problème avant qu’une cannette maudite de FCKD UP soit mise en cause dans la mort d’Athena Gervais, 14 ans.

Éduc’alcool et d’autres spécialistes de la prévention des usages à risque dénoncent depuis un bon moment ces boissons pernicieuses au marketing insidieux. « Les fabricants font tout pour attirer les plus jeunes consommateurs et l’État fait preuve d’un laxisme incompréhensible en présence d’un danger amplement démontré », déplorait Éduc’alcool avant la mort d’Athena Gervais.

L’ajout de sucre et de stimulants dans ces boissons vise à masquer le goût de l’alcool, ce qui fait de ces cannettes des bonbons liquides pour adolescents en quête de sensations fortes. Les fabricants et les détaillants vous diront qu’ils ciblent le marché des 18 à 25 ans, mais c’est de la foutaise. Par le ton, le langage et l’invitation à l’aventure, leurs campagnes de mise en marché frappent en bas de l’âge légal de 18 ans.

Un mort plus tard, un mort de trop, Geloso, le fabricant du FCKD UP, retire son produit des tablettes, en exprimant des regrets pour avoir commercialisé un produit dangereux. Pourquoi l’avoir fait, alors, si ce n’est que par cupidité ?

À l’avenir, il serait plus sage que les fabricants de produits potentiellement nocifs développent un sens de l’éthique en amont de la chaîne de commercialisation. Ces fabricants et les détaillants qui diffusent sans vergogne des publicités incitant à la consommation dans les médias numériques portent aussi la responsabilité de participer aux efforts d’éducation sur les risques associés à d’alcool. C’est trop facile de renvoyer la balle aux jeunes, à leurs parents et aux organismes de prévention.

Québec a fait un pas important mardi en resserrant l’encadrement des stratégies de mise en marché des fabricants, sanctions pécuniaires à l’appui. La Régie des alcools, des courses et des jeux pourra même empêcher la vente et la distribution de certains produits. Mais que dire de Santé Canada ?

Depuis le début de cette affaire, le fédéral fait dans les mièvreries. Ottawa a le devoir d’agir pour limiter le format des boissons à haute teneur en alcool et pour encadrer l’étiquetage et la publicité faite par les détaillants, surtout celle en ligne. Les médias numériques sont-ils devenus des espaces déréglementés où tout est permis, même la prédation publicitaire de clientèles à risque ?

La prohibition et les interdictions ne régleront pas tous les problèmes de surconsommation. Pour les boissons à haute teneur en alcool comme pour tous les autres types de drogues, une approche de santé publique, fondée sur la prévention et la réduction des méfaits, est nettement plus prometteuse à long terme.

L’approche exige de garder en tête que trois variables sont en jeu dans l’abus de substances : les motivations individuelles, les propriétés des drogues (qu’elles soient légales ou illégales) et le contexte de consommation. Les politiques de santé publique doivent agir sur ces trois variables pour atteindre leur but, et viser plus large que les messages fondés sur la modération et l’abstinence. Comme le préconise Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, il faut prévoir des services qui, tels Nez rouge, permettront de limiter les dangers de la surconsommation, car celle-ci, tout comme la prise de risque à l’adolescence, n’est pas appelée à disparaître.

6 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 14 mars 2018 06 h 22

    La dictature dans tout

    Franchement, on en est rendu à la dictature dans tout: On veut votre bien et on l'aura dans toute toute toute. C'est là où le Québec en est rendu: plus le droit de manger des ci ou des ça, plus le droit d'avoir des automobiles, plus le droit d'avoir des pièces de théatres non égaliaitaires homme/femmes, plus de... et plus de... Le tout orchestrer par des actions gouvernementales... Oups! Pas tout, le pot lui est devenu légal quand il est distribué par la machine de l'État.

    Quand j'étais jeune, il fallait 21 ans pour entrer dans une taverne, pour acheter une bière à 4% ou 4.5% dans un dépanneur, la Commission des liqueurs (puis Régie et maintenant SAQ) était grillardée, etc. Pourtant, l'on prenait "un coup" à la taverne (près de la porte arrière), on se débroullait pour avoir un "petit blanc" de la Commission, on trouvait le moyen de s'approvisionner en bière, etc. S'était même un défit...

    Certains, peu nombreux il va s'en dire, décédaient suite à des accidents, à des chutes, etc. Mais, jamais il ne fut question de sortie médiatisée et surtout gouvernementale (les ministres et autres politiciens) sur le sujet pour remettre de l'huile sur le feu... C'était l'époque où "tu prends un coup en cachette, assume".

  • Daniel Bonin - Abonné 14 mars 2018 07 h 39

    criminel

    De penser produire ces boisson pour jeunes mineurs, de penser y inclure beaucoup d'alcool en y ajoutant beaucoup de sucre et même des saveur pour cacher ce gout de l'alcool qui rebuterais beaucoup de ces même jeunes si non, ce n'est pas vraiment compliqué, c'est tout simplement criminel.
    Et les criminels sont: les fabriquants, les vendeurs et surtout les personnes au gouvernement qui ont pour mandat d'empêcher et non d'autoriser de commettre des crimes. parce qu'il y a des gens qu'on paye pour faire ce travail. Il faut vraiment faire un effort pour trouver les coupables de ce crime et les punir et surtout les enlever du poste qu'ils occupe, ainsi on minimiserais les chances qu'une autre imbécilitée du genre se reproduise.

  • Gaston Bourdages - Abonné 14 mars 2018 08 h 45

    De certains passages de votre pertinent....

    ...éditorial monsieur Myles j'ai concocté un cocktail dont voici les ingrédients: « ...cannette maudite, marketing insidieux ( synonyme de fallacieux, perfide ), sens de l'éthique, que par cupidité, prédation publicitaire, produit dangereux, diffusent sans vergogne, fait dans les mièvreries ». La grande conclusion que j'en tire : « Money talks ! » Oui, c'est l'argent qui parle. Je corrige. L'argent ne parle pas. Ce sont plutôt des êtres humains qui font parler l'argent. Je vais même jusqu'à douter du sens moral que ces gens peuvent donner à l'argent si moralité peut, dans la situation que vous décrivez, s'appliquer au dieu dollar ? Parlant de moralité, il y a un temps que je cherche la ou les personnes habilitées à dresser un bilan de la santé de la morale ou de la moralité sur notre planète ? Et si j'ajoutais aux mots « morale » et « moralité » le mot dignité ? Oui, un bilan de santé de la dignité humaine.
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 14 mars 2018 09 h 44

    Agir suite à une catastrophe

    Pourquoi faut-il une catastrophe pour poser un geste, imposer une loi? Gouverner c'est prévoir.
    Des plaintes nombreuses ont été émises sur la situation grave où les jeunes sont affrontés dans nos commerces. La loi sur l'achat des boissons alcooliques n'est pas respectée mais on ne fait rien. Une jeune fille a perdu la vie et voilà que le gouvernement commence à parler et à rédiger une loi. Mais la loi existe mais n'est pas respectée.
    C'est plus important de voyager pour de l'argent mais l'éducation n'est pas importante même si on le dit en période électorale. Les voyages de Couillard et Trudeau sont des farces et on paie pour ces voyages de famille.
    L'argent est plus important que la vie d'une jeune fille...

  • Denis Miron - Abonné 14 mars 2018 11 h 07

    Comment mettre fin à une gouvernance en mode FCKD UP?

    L’idéologie néolibérale priorise la loi du marché et la prise de risque dans tous les applications de sa gouvernance au détriment du principe de précaution, et les résultats sont les mêmes partout . Qui a assumé la prise de risque des banques lors la crise de 2008 avec les subprimes, ce sont les contribuables
    Lorsqu’il y a mort d’humains, nos gouvernements se réveillent tout à coup et tente de faire porter le blâme sur le travailleur salarié comme dans le cas de l’accident de train du lac Mégantic alors qu’ils avaient relâché tous les contrôles en dérèglementant pour permettre au compagnie de transport de pétrole de faire plus de profit, au détriment de la sécurité publique.
    Dans le cas du caribou forestie, les mises en garde sont là depuis les années 1980, et rien n’a été fait, absolument rien.
    Pourquoi acceptons-nous que nos élus nous gouvernent en mode FCKD UP?
    Le mensonge des gouvernement est loin d’être bénin, lorsqu’il tue et détruit l’environnement.