Le sens du spectacle

Après des mois d’invectives, Donald Trump pousse plus loin encore les frontières de sa présidence hors norme en acceptant à brûle-pourpoint de tenir une rencontre au sommet avec Kim Jong-un. Du Trump pur jus.

Si la diplomatie est un sport et que le sport est un spectacle, alors la diplomatie est un spectacle. Le réchauffement intercoréen amorcé avec les Jeux olympiques connaît un développement encore inimaginable hier avec l’annonce d’un sommet Trump-Kim Jong-un qui aurait lieu quelque part en mai. Un développement qui ouvre la porte à tous les scepticismes comme à un irrépressible espoir de pacification. Pour que l’exercice soit utile — et en supposant qu’il se tiendra vraiment — il faudra bien qu’au cours des prochaines semaines, la diplomatie arrive à donner un sens et une direction à ce spectacle.

Pour l’instant, rien de substantiel. Pour Donald Trump, il ne s’agit jamais que de faire parler de lui. Le monde en est à nouveau témoin avec l’annonce de ce sommet historique. Il se livre avec une improvisation égale à une initiative de détente comme à une guerre de mots. Son « Make America great again » consiste pour lui à ne pas rater une seule occasion de se mettre personnellement en avant. Il est clair qu’on est ici en présence d’une présidence tenue par un homme qui a une conception autocratique du pouvoir.

M. Trump était si excité, jeudi, qu’il s’est brièvement présenté à la salle de presse, en après-midi, pour informer les journalistes que le conseiller à la sécurité nationale sud-coréen, Chung Eui-yong — qui était à Washington pour informer le président du contenu des discussions qu’il avait eues en début de semaine avec le régime nord-coréen —, allait sous peu faire une déclaration importante. Ce qui fut fait en début de soirée, 24 heures après que le secrétaire d’État Rex Tillerson eut affirmé qu’au contraire, les États-Unis étaient « encore loin de négociations » avec Pyongyang. Preuve que son entourage aura été peu ou prou mis au parfum.


 

M. Trump s’offre donc un moment « nixonien », à cette différence près que la visite de Richard Nixon en Chine en 1972 avait fait l’objet de préparations.

Dans un monde normal, le terrain diplomatique aurait été longuement et minutieusement préparé avant que pareil sommet puisse même être annoncé. Non pas que l’impasse dans laquelle se trouve depuis des décennies la question coréenne — sans compter la détresse économique dans laquelle est plongée la société nord-coréenne — constitue un plaidoyer convaincant en faveur de la normalité. Reste que M. Trump est un président américain dont on peut dire qu’il réfléchit assez peu aux conséquences de ses gestes — moins d’ailleurs que Kim Jong-un, que la propagande occidentale réussit de moins en moins à faire passer pour un bouffon. « Il ne vit que dans l’instant présent », disait récemment de M. Trump Michael Wolff, l’auteur du best-seller Le feu et la fureur. Ce qui fait qu’on peut tout de suite se demander si même ce sommet aura finalement lieu.

Quoi qu’il en soit, on entre ici en territoire moins belliqueux. Ce qui est intéressant, c’est que Donald Trump et Kim Jong-un veulent tous les deux crier victoire : le premier pour avoir obtenu la promesse de pourparlers de dénucléarisation, le second pour avoir décroché la tenue de négociations directes avec les États-Unis, ce que Pyongyang revendique depuis 20 ans. De fait, ni l’un ni l’autre n’a entièrement tort de le faire. M. Trump voudra répéter, non sans raison, que sa stratégie de renforcement des sanctions aura été utile. Pour s’être rendu en Corée du Nord, le chroniqueur américain Nicholas Kristof a pu constater que les sanctions sapaient les efforts de Kim Jong-un pour relever le niveau de vie des Nord-Coréens, l’un des piliers de la légitimité de sa dictature.

Pour autant, personne ne pense que Pyongyang soit vraiment disposé à renoncer à son arsenal nucléaire. Pas plus d’ailleurs qu’il n’est question pour les États-Unis de renoncer à leur alliance stratégique avec la Corée du Sud.

Alors quoi ? Que ce sommet-surprise ne donne rien de concret et cette absence de résultat va perpétuer le blocage géostratégique et avoir un effet particulièrement délétère sur la crédibilité intérieure du nouveau président sud-coréen Moon Jae-in et sur ses efforts d’apaisement. Cela entre-t-il dans les considérations de M. Trump ? On peut se laisser aller à penser qu’il n’en a cure. Il sera toujours temps pour lui de renouer avec l’escalade militaro-verbale.

2 commentaires
  • Serge Ménard - Abonné 10 mars 2018 09 h 38

    Trump sait ce qu'il fait

    Trump sait ce qu'il fait et contrairement aux adeptes du Politically Correct, ils ne s'enfarge pas dans les fleurs du tapis! Ses employé.e.s feront ce qu'il demande ou seront éjecté.e.s. On sait qui est le boss à la Maison Blanche. Et au cas où vous penseriez qu'il s'entoure de "yes man", je vous suggère d'aller lire leurs CV.

    Quant à Michael Wolff, il n'a plus aucune crédibilité et son livre fait maintenant long feu. Aller faire un tour sur Youtube pour visionner/écouter les entrevues quil a donné. Pathétique!

    • Cyril Dionne - Abonné 10 mars 2018 18 h 47

      Bon. Finalement quelqu'un qui voit au-delà des lignes idéologiques telles que tracées dans le sable par Radio-Pravda (Radio-Canada). Donald Trump est toujours sous-estimé comme il l'a été durant la dernière élection.

      Tous les mondialistes avaient prédit qu'avec l'élection de Donald Trump, les marchés boursiers allaient s'écroulés. Tous les mondialistes avaient prédit que l'économie économie américaine allait sombrer dans un marasme économique. Tous les mondialistes avaient prédit que le chômage allait augmenter vers des seuils jamais vus avec l’élection du « Donald ».

      Trump n’est pas Barack Obama, l’homme du prix Nobel de la paix et des drones. En passant, avec Trump, aucun pays n’a été envahi, aucun pays déstabilisé, aucune nouvelle guerre annoncée tout comme pour des attaques de drones sur les populations civiles (Obama était passé maitre dans l’art de la guerre par drones) par cette administration. Plutôt, nous allons peut-être voir un accord avec le Corée du Nord et la possible réunification de la Corée.

      Maintenant, c’est notre idiot du village, Justin dit de « Bieber » Trudeau, qui nous fait honte, multiculturalisme oblige.

      C’est « ben » pour dire. Vous voulez un "selfie" avec ça?