Système Phénix: remèdes insuffisants

Le gouvernement fédéral s’est rendu à l’évidence et a annoncé dans son dernier budget le remplacement du système de paye Phénix. Cela prendra toutefois du temps, et les moyens pris pour résoudre les problèmes actuels des fonctionnaires lésés restent insuffisants.

La publication du budget 2018, la semaine dernière, coïncidait avec le deuxième anniversaire du début du cauchemar de dizaines de milliers d’employés fédéraux : la mise en oeuvre du système de paye Phénix. Dès la première phase de son implantation, on a vu les ratés : absence de paye, paiements en trop, heures supplémentaires non payées, relevés d’emploi ou d’impôt erronés…

Cela aurait dû suffire à freiner le gouvernement mais, malgré les avertissements, il a choisi de procéder en avril 2016 à la seconde phase du projet et de lier à Phénix les ministères et organismes restants. Avec les retombées catastrophiques que l’on connaît. Il aura fallu trois mois au gouvernement pour reconnaître le problème et commencer à éteindre les feux. Un délai que le vérificateur général a déploré dans son rapport dévastateur de l’automne dernier. (Un second est attendu ce printemps.)

Plus de la moitié des quelque 300 000 fonctionnaires fédéraux sont aujourd’hui touchés et, pour un grand nombre, cela dure depuis deux ans. Les engagements pris dans le budget sont un début, mais ils ne sont pas à la hauteur des dommages causés. On est muet sur l’indemnisation éventuelle des fonctionnaires dont la santé ou la situation financière a été affectée. On n’offre pas de véritable solution à ceux qui ont été payés en trop et qui doivent rembourser le salaire brut, soit plus que ce qu’ils ont reçu. Pour certains, cela peut représenter des milliers de dollars.

Une petite porte a été ouverte cet hiver. Les employés qui rapportaient un problème de trop-payé avant le 20 janvier n’avaient qu’à rembourser le montant net, mais, encore une fois, le gouvernement a été débordé et des milliers de fonctionnaires n’ont pu profiter de ce répit. Le gouvernement doit mettre fin à cette pratique qui équivaut à punir les fonctionnaires pour une erreur dont ils ne sont nullement responsables.


 

Ce fiasco n’a toutefois pas la même ampleur partout. Voici pourquoi. La transformation du système de paye comportait deux volets : d’une part, l’adoption d’un nouveau système informatique, le fameux Phénix d’IBM, par tout l’appareil fédéral et, d’autre part, la centralisation partielle de la saisie des données au Centre des services de la paye de Miramichi. Actuellement, le traitement de la paye de 46 ministères et organismes, qui embauchent près de 70 % des fonctionnaires fédéraux, est entre les mains du centre de Miramichi et les bureaux satellites mis sur pied pour faire face à la crise. Les 53 autres ministères et organismes, eux, ont toujours des conseillers en rémunération à leur service.

Selon les dernières données publiées par Services publics et Approvisionnement Canada, les organisations qui dépendent de Miramichi sont nettement plus affectées que celles qui comptent sur leurs propres conseillers. Ainsi, 633 000 transactions de paye attendaient d’être traitées à Miramichi vers la fin du mois de janvier. Un employé peut avoir plusieurs transactions en suspens, mais on parle ici de trois fois plus de transactions que d’employés. Dans les organisations ne relevant pas de Miramichi, on parle d’environ une demi-transaction en attente par employé.

Le gouvernement a déjà augmenté les effectifs, et les augmentera encore, au centre de Miramichi et a annoncé l’embauche de personnel en ressources humaines dans les ministères. Il s’est aussi engagé à travailler, au cours des deux prochaines années, aux « prochaines étapes de la mise en place d’un nouveau système de paye ». Bravo ! Mais on devra avancer au pas de charge, car il y a urgence. Et on aurait intérêt à s’appuyer sur les experts fédéraux en technologies d’information plutôt que sur IBM, de qui on attend des comptes.

Mais changer de technologie ne pourra suffire. La fonction publique fédérale, avec sa centaine de ministères et agences, est trop complexe pour ne pas avoir du personnel local comprenant la réalité de chaque organisation. On devrait même commencer sans attendre à déployer des conseillers en rémunération dans celles les plus touchées, et ce, de façon permanente. Comme les chiffres cités plus haut tendent à le démontrer, il faudrait revoir la centralisation du traitement de la paye. Car l’échec de Phénix, c’est aussi ça.

1 commentaire
  • Marc Davignon - Abonné 9 mars 2018 08 h 36

    Parce que la solution n'est pas l'outil, pensé magique de la gestion

    Parce que l'on confond l'outil à la solution! Les «processus d'affaires» (comme ça, ça fait plus gestion!) sont les termes de la problématique. Les outils ne sont là que pour articuler, une fois la problématique comprise, la nouvelle dynamique des «mêmes processus d'affaires»; la «façon de faire». La problématique ne doit pas ignorer le passage d'une ancienne façon de faire vers la nouvelle. Dans le cas de Phénix, la probabilité est grande, qu'un très grand nombre d'informations fût égaré, ou pire encore, mal compris, dans la «conversion» de l'ancien système vers le nouveau.

    Bien qu'un logiciel puisse faire la même chose, ce n'est pas vrai qu'il soit «défini» de la même manière! En effet, hormis les interfaces usagers qui font de la misère «parce que le bouton n’est pas à la même place», les systèmes (logiciel) ne sont donc pas conçus de la même manière grâce à la fabuleuse imagination humaine.

    Le cas de Phénix est symptomatique de la mauvaise compréhension de ce que ça prend pour faire la gestion de projet informatique (ça prend des informaticiens); le «transfert» d'un système à l'autre est une étape cruciale ou l'erreur et fatal. En résumé, il y a probablement eu des éléments d'informations qui existant dans l'ancien sans que ne sache à quel nouvel élément le lié ou l'inverse et vous avez tous les ingrédients pour l'échec.

    Un nouveau système? Non! Il y a trop de temps qui est passé et les données sont trop «mélangées». Oui! Avec, aux commandes, une équipe d'informaticiens, pas de gestionnaire!