Honteux racolage aux travailleurs de Bombardier à La Pocatière

Il est indécent de tenter de faire des gains électoraux en leurrant des gens dont on profite du malheur. C’est sur cette pente que s’est aventuré le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, en faisant une promesse qu’il sait irréaliste aux travailleurs de Bombardier à La Pocatière menacés de perdre leur gagne-pain.

De passage à La Pocatière la semaine dernière, François Legault s’est engagé, si la CAQ remporte les prochaines élections, à rouvrir le contrat octroyé à la multinationale française Alstom pour la fabrication des voitures du REM afin que leur assemblage soit confié à l’usine de Bombardier Transport.

Il faut dire que La Pocatière se situe dans la circonscription de Côte-du-Sud représentée par le député libéral Norbert Morin, qui ne se représente pas. La CAQ croit en ses chances de remporter la victoire dans cette circonscription francophone où le vote fédéraliste est historiquement fort et, ainsi, réaliser une première percée dans le Bas-Saint-Laurent.

L’usine de La Pocatière produit les nouvelles voitures Azur du métro de Montréal, un contrat qui tire à sa fin puisque la Société de transport de Montréal (STM) a choisi en 2014 de rénover les vieilles rames M-73 fabriquées dans les années 1970 au lieu de les remplacer par des voitures Azur. Si rien ne change, on prévoit que 300 des 600 employés de l’usine seront mis à pied à l’automne, et les autres suivront.

En insistant pour qu’au moins 25 % de la valeur du contrat de matériel roulant du REM revienne à des entreprises locales, donc à Bombardier, François Legault ne craint pas les contradictions. Comme l’a rappelé le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, dans une lettre qu’il a destinée au chef caquiste, les députés de la CAQ ont voté pour les deux lois qui permettent à la filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, CDPQ Infra, de construire le REM. Conséquent, le PQ a voté contre les deux projets de loi du gouvernement libéral en raison principalement de l’absence d’exigence relative au contenu québécois.

Certes, on peut déplorer cette absence — 25 % de la valeur du matériel roulant représente des retombées de 160 millions. Mais c’est tout de même 65 % du projet de 6,3 milliards, ou 4 milliards, qui échoira à des entreprises québécoises ou canadiennes, selon la Caisse.


 

Il faut aussi rappeler que le REM est un projet clé en main proposé par la Caisse, qui a développé au cours des dernières années une expertise dans ce type de projet par le truchement de son intérêt de 33 % dans le Canada Line à Vancouver et de 30 % dans Keolis, un chef de file français dans le transport collectif. Autrement dit, la Caisse ne répond pas à une commande du gouvernement. Elle a posé ses conditions pour réaliser un projet dont les coûts seraient contenus et l’échéancier, respecté. Sans l’initiative de la Caisse, il n’y aurait pas de REM.

CDPQ Infra a insisté pour que le gouvernement ne lui impose pas l’obligation de faire affaire avec Bombardier Transport, qui ne se distingue pas par sa fiabilité. L’an dernier, le constructeur n’a même pas pu s’engager à respecter l’échéancier pour la fourniture de 24 voitures pour le train de banlieue de la région de Montréal, un contrat somme toute modeste qui est allé à une entreprise chinoise pour une fraction du prix.

Évitant la démagogie, le PQ ne réclame pas qu’on déchire le contrat avec Alstom. De son côté, Philippe Couillard évoque la possibilité que la STM revienne sur sa décision et passe une nouvelle commande à Bombardier. Comme à son habitude, le premier ministre réagit tardivement puisque, à défaut de nouveaux contrats, les mises à pied à l’usine de La Pocatière sont inscrites dans le ciel.

S’il faut prendre le chef caquiste au sérieux, il casserait, en prenant le pouvoir, des décisions de la Caisse et de son président, Michael Sabia, compromettant ainsi l’indépendance de l’institution. Il serait prêt à gonfler le coût du projet pour le gouvernement et les usagers, à retarder sa réalisation ou encore à risquer son abandon. Qui plus est, un gouvernement caquiste s’exposerait à des poursuites de la part d’Alstom. Tout cela entacherait la réputation du Québec à l’étranger.

Nous ne pouvons pas le prendre au sérieux. On ne peut pas présumer que ce comptable est à ce point stupide et mal informé. Avec une promesse à laquelle il ne peut raisonnablement croire, François Legault exploite l’inquiétude des travailleurs de Bombardier pour marquer des points électoraux. Ce n’est pas particulièrement glorieux.

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