Le mauvais capitaine

Le Bloc québécois n’a plus que trois députés aux Communes, les sept autres ayant décidé de quitter le caucus pour protester contre les manières et les positions de leur chef, Martine Ouellet. Cette dernière s’accroche. Elle devrait plutôt se remettre en question.

Dès son premier discours comme chef du Bloc québécois, Martine Ouellet avait semé la grogne en prenant les vétérans du parti à rebrousse-poil, prenant de haut leur approche pendant les 25 années précédentes.

Mercredi, sept des dix députés du Bloc, dont quatre anciens partisans de Mme Ouellet et le doyen et fondateur du parti Louis Plamondon, lui ont retiré leur confiance et ont quitté le caucus pour former un nouveau groupe de députés indépendants aux Communes. Le choix ne fut pas facile, et M. Plamondon était fortement ému en faisant une déclaration au nom de ses collègues. Que cet homme affable et accommodant en soit rendu là en dit beaucoup sur les problèmes de leadership de Martine Ouellet et son incapacité à faire des compromis et à travailler en équipe.

Cette crise était prévisible, puisque l’insatisfaction ne cesse de faire surface depuis un an. La démission dimanche du leader parlementaire Gabriel Sainte-Marie, un des premiers partisans de Mme Ouellet, a confirmé que les choses n’ont fait que s’envenimer.

Le sort du Bloc risque de se jouer au cours des prochains mois si la dissension perdure, et le mouvement souverainiste devrait s’en inquiéter. Ce parti n’a pas été créé pour rien et sa raison d’être a toujours sa pertinence, malgré le passage des années. Le Bloc est là pour offrir au Québec une voix distincte à Ottawa et donner aux souverainistes l’assurance qu’il n’y aura pas que des fédéralistes québécois en poste aux Communes pour parler au nom du Québec au lendemain d’une éventuelle victoire du Oui. C’était la préoccupation première des pères du Bloc qui ont vécu le rapatriement de la Constitution en 1982.

L’intransigeance de Mme Ouellet n’a pas aidé ses relations avec ses députés, mais le problème est plus profond. C’est la définition même de la mission du Bloc qui déchire les troupes.

Pour Mme Ouellet, le Bloc est un outil de promotion de l’indépendance et rien d’autre. Pour les députés démissionnaires, la mission du parti est double, et ce, depuis sa fondation : représenter les Québécois et défendre leurs intérêts à Ottawa d’une part et, de l’autre, faire la promotion de l’indépendance. La première sert, selon eux, à démontrer la nécessité de la seconde, sans avoir à toujours souligner cette conclusion à gros traits.

La course à la direction n’a pas permis de régler ce conflit, Mme Ouellet ayant été élue par acclamation. Elle est loin de ses troupes, ce qui n’arrange rien. Elle siège toujours à Québec. Elle ne maîtrise pas les dossiers fédéraux, mais doute souvent du jugement de la plupart de ses députés sur ce front. Elle n’en a que pour la promotion de l’indépendance et affiche une incompréhension du rôle du Bloc. De toute évidence, elle loge à la mauvaise adresse et, à moins de changer radicalement de cap, elle devrait démissionner. Surtout si elle se soucie de la pérennité du Bloc.

19 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 1 mars 2018 03 h 36

    Prétention

    À juste titre, Martine Ouellet a la prétention de savoir beaucoup de choses. Ses connaissances et son expertise professionnelles ne font aucun doute.

    Mais fallait-il qu’elle soit si souverainement prétentieuse pour autant, à croire qu’elle est seule détentrice de la vérité et de la foi dans la manière de conduire le Québec à son indépendance?

  • Serge Lamarche - Abonné 1 mars 2018 03 h 38

    Le Bloc bloque

    Des fédéralistes francophones au fédéral, ça aide les francophones partout. Incluant le Québec. Le Bloc devrait se recycler en parti francophile plus socialiste que les Libéraux et prendre la place du NPD.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 1 mars 2018 15 h 02

      "Des fédéralistes francophones au fédéral, ça aide les francophones partout."

      Pouvez-vous citer des noms? Personnellement je n'en connaît aucun, surtout dans la formation de notre cher Justin...

  • Jacques Lamarche - Abonné 1 mars 2018 04 h 16

    Sauver les meubles, pour l'instant!

    Les vents sont contraires! Rien ne souffle dans le dos de la souveraineté!

    Pour l'instant, il semble, au grand dam de Martine Ouellet, qu'il n'y ait rien de mieux à faire que limiter les dégâts et défendre ce qui reste des pouvoirs et de la culture du Québec francophone. Désolé, Martine! Et autre épisode désolant!

  • Raynald Rouette - Abonné 1 mars 2018 07 h 10

    Depuis 1995 le ROC ne respecte plus le Québec


    Le respect imposé par les René Lévesque et Jacques Parizeau s’est volatilisé.

    Après l’effet de toge de Lucien Bouchard ou Gilles Duceppe que reste-il?

    Quoiqu’on en dise, le Bloc a t-il vraiment bien représenté le Québec depuis sa création?

    A l’évidence, il y a un parti de trop représentant les souverainistes et ce n’est pas le PQ...

    • Serge Lamarche - Abonné 1 mars 2018 14 h 20

      Vraiment? Depuis 1995 seulement?
      Le respect se perd entre francophones depuis que les francophones hors-Québec et dans Québec sont désynchronisés. Ça date de Louis Riel. Pour ce qui est des anglophones, c'est toujours comme ça depuis la guerre de cents ans.

  • Alain Chassé - Abonné 1 mars 2018 07 h 28

    elle n'a plus ça place

    entièrement d'accord avec vous et je suis indépendentiste de depuis plus de 40 ans