Xi Jinping: au centre du centre

Il est arrivé à la présidence en 2012 sur la promesse de replacer la Chine au centre des affaires du monde. Xi Jinping se sera employé à partir de là à concentrer le pouvoir entre ses seules mains, comme avant lui seul Mao avait réussi à le faire. État, parti, armée, économie… Plus rien n’échappe au contrôle de cet homme de 69 ans, reconfirmé dans ses fonctions en octobre dernier pour un second mandat de cinq ans à l’issue du congrès du Parti communiste chinois, lequel avait entériné en grande pompe son « socialisme à la chinoise de la nouvelle ère ».

Dans ce contexte, l’abrogation annoncée dimanche de la limite constitutionnelle des deux mandats présidentiels ne représente en fait que l’aboutissement logique d’un processus de consolidation du pouvoir par lequel M. Xi a passé les six dernières années à s’installer méthodiquement au centre du centre. Avec musellement à la clé de l’opposition sous toutes ses formes.

Quelque autoritaire qu’ait toujours été le système politique chinois à parti unique, il avait au moins reposé à partir des années 1990, avec l’arrivée au pouvoir du président Jiang Zeming, sur un régime de normes institutionnelles, dont les principales ont été la limite de deux mandats — pour éviter le retour d’une dictature personnalisée à la Mao — et l’exercice du pouvoir fondé sur le consensus et une certaine collégialité. Beaucoup ont nourri l’espoir que cette dynamique augurait une Chine encline à élargir les libertés et à se constituer en État de droit.

Au lieu de quoi, la Chine semble maintenant entrer, sous la gouverne d’un président qui s’y voit à vie, dans un cycle à outrance d’arbitraire, d’impunité et de dictature personnalisée. Rien qui vaille pour la dissidence. En même temps que pari risqué pour l’« empereur Xi », disent des sinologues, comme il se trouve au fond à saboter les règles de gouvernance consensuelle qui ont rendu le système autoritaire chinois si résilient. M. Xi ne concentre pas aujourd’hui le pouvoir sans avoir fait le vide autour de lui dans les factions rivales au sein du parti. Que, par exemple, faiblisse radicalement l’économie de consommation dont bénéficie aujourd’hui une grande partie des Chinois, et c’est la seule légitimité de cet État-président qui écopera. Vu sous cet angle, l’homme se fragilise. Qui sait donc quelles conséquences il pourrait en découler ?

Pour l’heure, Xi Jinping s’inscrit dans le prolongement de ce sale phénomène de régression ultra-autoritaire dont Vladimir Poutine en Russie et Recep Tayyip Erdogan en Turquie sont les figures de proue. Un phénomène contagieux que l’élection de Donald Trump aggrave. Fut un temps où les manoeuvres de M. Xi auraient été vivement critiquées dans les capitales occidentales, à défaut d’être accompagnées de mesures concrètes d’obstruction. Qu’il y ait silence de mort aujourd’hui est bien le signe que nos démocraties manquent particulièrement de tonus et que nos gouvernements, y compris celui du Canada, sont prêts à toutes les complaisances au nom du développement de leurs relations commerciales avec Pékin.

4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 1 mars 2018 08 h 23

    Mauvais présage

    Les dictatures personnelles de ce genre, même si à court terme elles permetttent parfois de mettre fin à la pagaille et redresser une situation, finissent toujours par mener à la décadence économique (Staline, Franco, Mao, Chavez, Poutine, Erdogan) car ils découragent l'initiative et le sens des responsabilités et n'encouragent que la servilité. La montée en force de la Chine va peut-être s'essoufler et le pays retomber en léthargie.

  • Michel Lebel - Abonné 1 mars 2018 09 h 16

    Un sombre avenir


    Que de ''belles'' années en perspective! Poutine et Xi, même farine. Quant à Trump, heureusement que les États-unis sont toujours une démocratie, même si elle est malade. Trump passera assez vite. Les leaders de grande statute morale sont hélas bien rares de nos jours. L'avenir à cet égard est sombre. Qui ose concrètement affronter les Xi, Poutine et Erdogan? Qui ose dire et surtout faire à ce que la barbarie, par exemple, cesse en Syrie, où cette fameuse mais illusoire ligne rouge a été maintes fois franchie? Quel dirigeant défend sérieusement les droits de l'Homme? Partout, c'est la domination de l'économie, du pognon. C'est ainsi que l'humanité se déshumanise. Navrant.

    M.L.

  • Michèle Lévesque - Abonnée 1 mars 2018 09 h 25

    Fermetures au nom de l'ouverture

    Pendant que les frontières s'ouvrent et s'élargissent dans l'idée, les peuples (fondement démocratique) rétrécissent dans les faits.

    La démocratie classique est clairement en danger à l'ère de la mondialisation. Ici, nous avons un autre signe que les paradigmes changent, laissant les populations loin derrière les préoccupations réelles de certains dirigeants avec l’aval d’autres - toujours au nom de bien supérieur et du progrès. Au Sommet de Rome en mars dernier, on célébrait autant qu'on évaluait les 60 ans du Traité qui a institué l’Europe moderne. Certains ont alors relevé l’écart grandissant entre ses méga-structures centralisatrices versus l'incapacité grandissante pour les populations locales à comprendre et à intervenir en synergie avec leurs institutions.

    Ce sont des signes d’une tendance profonde, à la fois opaque et transparente ("ils ne se cachent même plus", comme disait un de mes profs à la fin des années 90, mais en même temps on brouille toutes les pistes). Le constat de M. Taillefer sur Xi s'applique donc à un processus beaucoup plus large et inquiétant quand il dit que son cas "ne représente en fait que l’aboutissement logique d’un processus de consolidation de pouvoirs" ayant passé ces "dernières années à s’installer méthodiquement au centre du centre."

    Ça va loin : un article du Monde précise qu'en octobre dernier (je cite) le "comité central du PCC a également proposé d’inclure « la pensée Xi Jinping » dans la Constitution du pays […Il] avait déjà obtenu de voir sa « Pensée sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère », incluse dans la charte du Parti, un honneur réservé jusqu’ici de son vivant au seul Mao Tsé-toung [...]" ("Chine : le président Xi Jinping pourrait rester au pouvoir après 2023", 25 févr. 2018). Si on voulait une autre preuve que le pas est très court entre la démocrature soft et le règne dictatorial pur et dur...

    P.S. Xi serait né en 1953 - il aurait donc 64-65 ans (et non 69).

  • Daniel Gagnon - Abonné 1 mars 2018 21 h 33

    La situation affreuse dans laquelle la paix est plongée

    Ces discours belliqueux des hommes d'État et des dictateurs tels que Vladimir Poutine ou Xi Jinping ou les folles élucubrations de Donald Trump nous font penser que l'humanité n'a pas beaucoup avancé sur le chemin de la paix, n’est-ce pas?
    On roule des muscles, on jongle avec des armes de destructions inimaginables et hallucinantes, comme si la somme d’efforts et de souffrances des hommes et des femmes des dernières grandes guerres n’avait plus aucun poids, comme s’il ne restait plus aucun souvenir de ces victoires pour la paix et la liberté, au prix de tant de morts.
    De ces bravades grotesques et de ces démonstrations bagarreuses, rien d’inspirant, c’est plutôt affolant. De ces politiques querelleuses consacrées à imaginer la destruction, il en résulte un désordre complet, une désorganisation et un chaos planétaire fondés sur le seul pouvoir personnel abominable de quelques hommes forts.
    Il en résulte une situation effroyable où la sécurité, la dignité, le développement libre des peuples n’est plus possible et surtout plus garantis par tous les autres.
    Voulons-nous ouvrir sans relâche encore des tombes à nos enfants?
    Il faut regarder en face ces attitudes belliqueuses et les dénoncer vivement, car nous ne voulons pas à nouveau être plongés dans les larmes et les ruines.