Bombardier exclu du REM: l’intérêt du Québec

Le gouvernement Couillard aurait pu exiger que le contenu québécois du matériel roulant du Réseau express de Montréal (REM) s’élève à 25 %. C’est ce que les traités internationaux permettent. Et c’est Bombardier Transport qui aurait été avantagé. Mais il n’en a rien fait. Il s’est plutôt plié à la volonté de la Caisse de dépôt et placement qui ne voulait pas avoir les mains liées par le constructeur québécois.

Selon les informations qui filtrent ces jours-ci, Bombardier aurait terminé dernier parmi les trois groupes qualifiés pour l’appel d’offres visant la fourniture du matériel roulant du REM, contrat qui comprend également l’entretien et l’exploitation du réseau pendant une période de 30 ans. Valable sur le plan technique, l’offre de Bombardier était la plus chère.

Ce contrat correspond à 20 % de la valeur du projet de 6,3 milliards, ou 1,26 milliard. La moitié de ce 20 %, ou 630 millions, représente le prix des voitures et l’autre moitié, celui de l’entretien et de l’exploitation. L’exigence de 25 % en contenu québécois pour le matériel roulant vise donc une somme de quelque 160 millions.

Le consortium, formé de la société française Alstom, qui fournira les voitures, et de la firme de génie montréalaise SNC-Lavalin, qui s’occupera de l’entretien et de l’exploitation du réseau, a remporté la mise. C’est aussi le consortium dirigé par SNC-Lavalin qui a obtenu le contrat d’ingénierie et de construction des infrastructures du REM d’une valeur de 5 milliards.

CDPQ Infra, la filiale de la Caisse qui pilote le projet du REM, a scindé l'appel d'offres en deux alors qu'un seul appel d'offres couvre habituellement l'ensemble de ce type de projet. En procédant ainsi, on a désavantagé Bombardier qui n'avait pas la connaissance fine du réseau projeté que SNC Lavalin, engagée dans les deux appels d'offres, détenait. 

Certains se sont étonnés que la Caisse de dépôt ne favorise pas Bombardier Transport alors qu’elle a investi 2 milliards dans la société pour en devenir un actionnaire majeur avec 30 % de ses actions. Or, d’une part, la Caisse s’est targuée d’avoir érigé un « mur de Chine » — vérificateur indépendant et comités internes et externes — afin d’assurer que les deux appels d’offres ne soient pas influencés par ses intérêts. D’autre part, il faut rappeler que, l’an dernier, la Caisse a aussi investi 2 milliards dans SNC-Lavalin, dont la filiale SNC O&M est un important fournisseur de services d’exploitation et de maintenance de réseaux de transport, de routes et de réseaux de transport. Mur de Chine ou pas, le résultat des appels d’offres favorise ses intérêts.

C’est d’autant plus vrai que le plan d’affaires que poursuit la Caisse avec le REM, c’est de consolider sa réputation mondiale en matière de livraison et d’exploitation de réseaux de transport collectif en respectant budgets et échéanciers. En ce sens, son investissement dans SNC-Lavalin est stratégique.


 

C’est un secret de Polichinelle que la Caisse de dépôt est insatisfaite de la performance de Bombardier Transport, du moins des activités nord-américaines de cette entreprise européenne dont le siège social est à Berlin. Bombardier a connu d’importants ratés avec ses derniers contrats à New York et à Toronto, marqués par des retards — deux ans dans le cas de New York — et des problèmes techniques.

Favoriser Bombardier Transport pour le REM — lui octroyer un monopole — coûterait non seulement plus cher, mais présenterait des risques quant au respect de l’échéancier. On ne peut malheureusement pas le nier.

L’objectif, c’est de préserver des centaines d’emplois à l’usine de La Pocatière. Mais qui dit que c’est l’usine québécoise qui aurait été chargée d’assembler les voitures ? Selon les informations qui circulent, c’est une usine américaine de Bombardier qui aurait hérité de la tâche.

Les emplois à La Pocatière doivent provenir d’ailleurs : la Société de transport de Montréal pourrait revoir sa décision de rénover une partie de sa flotte vieillissante de voitures de métro au lieu de commander d’autres voitures Azur. Quitte à avoir un coup de pouce du gouvernement. C’est probablement ce que vise Bombardier en cette année électorale.

Enclin au laisser-faire, le gouvernement Couillard ne se distingue guère par son nationalisme économique. Mais dans ce cas-ci, c’est du développement et du rendement du bas de laine des Québécois qu’il s’agit. En l’espèce, cela vaut davantage que les 160 millions que représente le contenu québécois en cause. Favoriser la Caisse plutôt que Bombardier, c’est aussi défendre les intérêts économiques du Québec.

2 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 23 février 2018 14 h 10

    La STM devrait avoir d'autres objectifs que de remplacer les MR-73

    Le prolongement de la ligne bleue vers l'est, d'abord. Et ensuite peut-être, la création d'une autre ligne de métro. L'ajout d'autobus aussi. Et la construction du SRB Pie-IX.

    Les voitures Azur coûtent très cher alors que les MR-73 peuvent être rénovées et durer encore 15 ans. Les remplacer plus vite n'accorde aucun nouveau service aux Montréalais.

    En plus, le taux de chômage est très bas à La Pocatière. Les employés auront tôt fait de se trouver du travail ailleurs.

    • François Beaulé - Abonné 23 février 2018 17 h 31

      La rénovation des 423 voitures de métro MR-73 coûterait 108 millions alors que 423 voitures neuves Azur coûteraient près d'un milliard. La rénovation accorderait 20 ans de plus aux MR-73. La dévaluation des hypothétiques Azur pendant 20 ans serait beaucoup plus que 100 millions puisqu'elles ne dureront évidemment pas 200 ans ! Le renouvellement des MR-73 plutôt que leur rénovation est donc indéfendable économiquement. Ce serait un gaspillage d'un milliard de dollars. La ministre Anglade induit la population en erreur quand elle prétend le contraire.