Budget fédéral: l’absence d’audace

Mardi prochain, le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, présentera son troisième budget. Alors que l’ALENA est menacé par un président américain protectionniste qui réduit les impôts et s’attaque à tout ce qui n’est pas américain, les libéraux canadiens se contentent de faire le mort dans l’espoir de se faire oublier. Est-ce suffisant ?

Après la baisse d’impôt pour les familles accordée en 2016, le deuxième budget Morneau présenté l’an dernier avait beaucoup déçu par son manque d’envergure et l’absence d’initiatives fortes. Tout au long du document de 350 pages, on pouvait lire que le gouvernement allait « étudier », « consulter », « revoir », « examiner », « proposer », autant de termes qui laissent croire qu’on n’est toujours pas prêt à agir.

En fait, à l’exception des quelques mesures pour favoriser l’innovation, seule la promesse de faire le ménage dans les privilèges fiscaux laissait croire que ce gouvernement donnerait suite à son engagement électoral de corriger les iniquités.

Or, la plupart des corrections annoncées quelques mois plus tard au traitement fiscal des propriétaires de PME, y compris les professionnels formés en compagnie, n’ont pas résisté aux critiques des lobbies pro-PME et pro-médecins choqués de perdre quelques privilèges payants.

Affaibli par les attaques répétées de l’opposition au sujet de ses propres affaires dont il avait omis de confier la gestion à une fiducie sans droit de regard, le ministre Morneau n’a pas eu la force d’imposer sa réforme, dont il ne subsiste aujourd’hui que des vétilles dont les mêmes lobbies continuent de réclamer le report, sinon l’abolition complète.

2018 n’étant pas encore une année électorale, il est à prévoir que le budget qui sera présenté la semaine prochaine sera malheureusement du même bouillon dilué à la « classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour en faire partie », en attendant le dernier exercice précédant les élections.

Pourtant, Dieu sait qu’il y aurait beaucoup à faire dans le contexte de la concurrence acharnée que se livrent les pays pour attirer chez eux les investissements et les talents.

Depuis que l’Administration américaine a réduit les impôts d’entreprises, le mois dernier, les milieux d’affaires canadiens ont accru la pression pour qu’Ottawa en fasse autant. À les entendre, même le dépanneur du coin risque de subir la concurrence des nouveaux taux d’imposition américains.

En fait, comme des économistes de la Banque TD viennent de le souligner, le Canada conserve un avantage grâce aux coûts de la santé qui sont assumés collectivement. Avant d’accorder quelque baisse d’impôt supplémentaire aux entreprises, le gouvernement Trudeau devrait se montrer plus innovateur dans les moyens utilisés pour stimuler la productivité des entreprises, améliorer la formation de la main-d’oeuvre et la participation des jeunes, des femmes et des nouveaux arrivants au marché du travail.

 

À cause de l’évasion et de l’évitement fiscaux, Ottawa se prive volontairement chaque année de quelques milliards de dollars. Volontairement puisque, malgré la connaissance des faits, le gouvernement Trudeau continue de signer des ententes qui se limitent à de l’échange d’informations avec des paradis fiscaux.

En matière de haute technologie, Ottawa vient d’annoncer la création de cinq supergrappes industrielles qu’il financera partiellement au cours des prochaines années, mais il continue de permettre l’invasion sans entrave et sans frais du marché canadien par les multinationales du commerce électronique et de l’information.

À ce propos, la Banque du Canada vient d’ailleurs de soulever le problème en soulignant qu’à elles seules, les cinq plus grandes sociétés de haute technologie au monde, dont lavaleur en Bourse dépasse 3500 milliards de dollars, contrôlent aussi la plus grande partie des données personnelles recueillies sur Internet. Grâce à ces données qui alimentent leurs algorithmes, elles sont aujourd’hui en mesure d’éliminer toute concurrence dans leur propre secteur et dans bien d’autres secteurs commerciaux.

Ces mêmes sociétés sont déjà parvenues à accaparer la plus grande partie de la publicité des médias traditionnels sans avoir à payer quoi que ce soit en retour, pas même les taxes sur les ventes, ni à dédommager qui que ce soit pour utiliser les informations personnelles nécessaires à la vente ciblée de publicité.

Ottawa devrait agir avec détermination pour encadrer ces monopoles transnationaux qui menacent l’emploi de dizaines de milliers de Canadiens en ne respectant pas l’esprit des lois antitrust. En sera-t-il question dans le prochain budget ? Les paris sont ouverts.

1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 21 février 2018 10 h 49

    Baisses d'impôt pour les familles?

    Tout ce que j'ai appris sur la politique fiscale de MM. Morneau et Trudeau, c'est la disparition du crédit d'impôt pour études...