Notes gonflées: la réussite à tout prix

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) se défend de gonfler les notes pour atteindre les cibles en matière de réussite scolaire mais, en même temps, elle souligne l’importance de permettre aux élèves qui éprouvent des difficultés d’obtenir leur diplôme de 5e secondaire. Et au cégep, de plus en plus d’étudiants connaissent l’échec et ont besoin d’aide. Cela démontre qu’il est bien difficile de concilier une évaluation rigoureuse et stricte des résultats scolaires et l’objectif social de favoriser la réussite du plus grand nombre.

L'an dernier, le ministre de l’Éducation, du Loisir et des Sports, Sébastien Proulx, a envoyé une directive aux commissions scolaires pour leur rappeler qu’il ne pouvait y avoir de manipulation de notes « pour atteindre des seuils de réussite » ou encore « pour vouloir satisfaire des attentes en matière d’évaluation ».

Mais par ailleurs, le ministre, après l’avoir nié, a reconnu qu’il existait un « traitement statistique » de la note de passage aux examens du ministère : à 59 % ou 58 %, elle passe automatiquement à 60 %, un ajustement que plusieurs commissions scolaires et écoles étendent à d’autres examens.

Au cégep, ce sont des milliers d’étudiants, selon La Presse, qui doivent passer par un programme de mise à niveau parce qu’ils n’ont pas les acquis nécessaires — notamment en français ou en mathématiques — pour poursuivre leurs études collégiales. De plus, des milliers d’étudiants échouent à la moitié, ou plus, de leurs cours, mais bénéficient d’une deuxième, d’une troisième ou d’une quatrième chance.

À la CSDM, on compte 13 000 élèves qui sont « en situation de handicap », pour reprendre l’étrange expression du ministère, dont la moitié fréquentent des classes spécialisées. L’autre moitié est intégrée dans les classes ordinaires. Dans d’autres commissions scolaires, ce sont jusqu’à 80 % des élèves connaissant des difficultés qui sont dans les mêmes classes que les élèves qui n’en éprouvent pas.

L’objectif de la CSDM, c’est qu’un maximum d’élèves en difficulté fréquentent la classe ordinaire ; cette intégration leur donne une meilleure chance de persévérer et de décrocher un diplôme. Le fait qu’un plus grand nombre d’élèves qui « ont des besoins particuliers », autre vocable utilisé pour parler de leur « situation de handicap », se retrouvent au cégep est en soi un signe d’amélioration, avance-t-on. Même si cela contribue à hausser le taux d’échec au cégep.

De leur côté, les syndicats d’enseignants se plaignent que les commissions scolaires font fi de leur jugement professionnel en leur demandant de modifier les notes obtenues par certains élèves. Il existe aussi ce qu’on désigne comme le « bulletin modifié » où l’ensemble des notes d’un élève en difficulté est relevé.

L’évaluation est la prérogative des enseignants, selon la Loi sur l’instruction publique, plaident les enseignants. Pour leur part, les écoles font valoir leur droit d’intervenir dans « la vision éducative » de l’enseignant.

Les syndicats, notamment la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) à Montréal, dénoncent « l’inclusion à tout prix », que favorisent les commissions scolaires et le ministère, une approche qui se manifeste par une forme de promotion automatique afin de ne pas nuire aux élèves en les faisant redoubler. Ils s’opposent à la tendance actuelle d’intégrer dans les classes ordinaires un nombre grandissant d’élèves en difficulté, ce qui n’est pas sans alourdir la tâche de l’enseignant, d’autant plus que l’apport des professionnels pour les appuyer est loin d’être suffisant, font-ils valoir, cette aide étant souvent la première à pâtir en période de compressions.

Voilà deux conceptions qui apparaissent inconciliables. D’un côté, il s’agit de favoriser l’intégration des élèves, quitte à « ajuster », de diverses façons, leurs notes et leurs parcours dans le but d’éviter de nuire à leurs chances dans la vie. De l’autre, laisser les enseignants évaluer les progrès des élèves, mais aussi constater leur échec, le cas échéant.

Évidemment, dans un monde idéal, il existerait une troisième voie, celle de consacrer suffisamment de moyens pour assurer la réussite des élèves en difficulté.

Pendant ce temps, Sébastien Proulx se vante que le taux d’obtention d’un diplôme d’études secondaires (DES) ou d’un diplôme d’études professionnelles (DEP) est passé de 75 % à 80 %, et ce, deux ans plus tôt que prévu. Comme par enchantement. Or il est difficile de se fier à cette donnée puisqu’on ne sait si elle témoigne d’un réel progrès ou s’il s’agit de l’effet d’évaluations modifiées.

3 commentaires
  • Ginette Cartier - Abonnée 20 février 2018 08 h 55

    Diplômer n'est pas réussir.

    Les stistiques du ministère sont de la poudre aux yeux qui ne doit pas nous masquer la réalité.
    Ce qui compte, ce n'est pas la réussite réelle des élèves! C'est leur diplômation. Et diplômer n'est pas réussir.

  • Philippe Hébert - Abonné 20 février 2018 15 h 13

    Arrêtons de pelleter par en avant.

    Diplômer n'est pas réussir, entièrement d'accord avec le commentaire de Ginette Cartier.

    On a l'obligation de faire échouer un élève s'il n'a pas les connaissances de poursuivre ses études.

    Rappellons-nous la réforme Marois, qui empêchait le doublage u primaire. On a fini avec une tonne d'ado au secondaire qui ne savait pas écrire et lire... ajoutons d'avantage de pression et de charge de travail sur le personnel enseignant de niveau secondaire.

    Donner un diplôme d'étude secondaire à un élève qui n'a pas les capacités, va augmenter les problèmes pour le personnel enseignant au niveau collégial.

    Quand tu as tout facilement sans te forcer à apprendre, tu n'apprendras jamais la matière, mais tu apprends à te pogner le cul par contre et de ne rien faire, car tu as tout cuit dans le bec.

    Arrêtons de pelleter par en avant!

  • Serge Lamarche - Abonné 20 février 2018 15 h 15

    Vrai?

    Est-ce vrai que l'incompétence soit si répandue?