Parodie d’élections en Égypte

Se tient à la fin du mois de mars le contraire d’élections libres en Égypte. Non pas que la situation soit exceptionnelle. Les Égyptiens sont tenus de s’accommoder de simulacres électoraux depuis Nasser. La seule entorse à la règle fut le scrutin présidentiel tenu dans la foulée du Printemps arabe et remporté en juin 2012 par un Mohamed Morsi venu des Frères musulmans, renversé à peine plus d’un an plus tard par le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, aujourd’hui président en cravate.

La tradition est donc sauve avec al-Sissi. Mais à quel prix ? Il a insulté l’intelligence des Égyptiens et cru pouvoir se doter d’une aura de légitimité en faisant organiser en mai 2014 un scrutin à l’issue duquel il avait été élu avec 97 % des voix. Il s’emploie maintenant à faire autour de lui le vide de toute opposition en vue de la prochaine présidentielle du 26 mars, y compris au sein de l’institution militaire.

C’est ainsi que, fin janvier, trois jours après avoir annoncé sa candidature, le général à la retraite Sami Anan était arrêté sous l’accusation d’« incitation à la division » entre le peuple et les forces armées (!). Connu pour sa relative modération à l’égard des Frères musulmans, il rendait manifestement Sissi nerveux. Avant et après lui, au moins quatre autres candidats ont été éliminés par arrestation ou par harcèlement, dont un ancien premier ministre d’Hosni Moubarak, un neveu de l’ex-président Anouar el-Sadate et l’avocat de gauche Khaled Ali. Non content de museler l’opposition immédiate, il a fait écrouer cette semaine un ancien candidat à la présidentielle, Abdel Moneim Aboul Foutouh, personnalité critique du régime qui avait lancé un appel au boycottage de la présidentielle.

Tout cela dans un pays où se déploie ce qui est considéré comme sa pire crise des droits de la personne en plusieurs décennies, avec à la clé la mise au cachot de dizaines de milliers d’opposants politiques.

Le musellement des candidats à la présidence s’est accompagné ces derniers mois d’une purge au sein de l’appareil sécuritaire. La candidature de Sami Anan n’a donc fait qu’alimenter les hypothèses voulant qu’une partie de la caste militaire cherchait une solution de rechange à Sissi, dont le bilan est catastrophique en matière de sécurité comme d’économie.

Avec le résultat que ce qui s’annonçait comme un processus électoral téléguidé laisse apparaître, malgré l’opacité du régime, des signes de malaise et de conflit de pouvoir.

Et comment réagit la communauté internationale — lire les États-Unis et les puissances européennes, mais aussi le Canada — face à ce déni des normes démocratiques les plus élémentaires ? Elle laisse faire et se tient coite.