Kurdes: sous le joug du sultan

C'est un énième front qui s’ouvre dans les guerres croisées qui ravagent la Syrie, en même temps que l’offensive turque lancée samedi sur l’enclave d’Afrine fait entrer dans une nouvelle phase la tyrannie qu’exerce le président Recep Tayyip Erdogan sur ce peuple écartelé que sont les Kurdes.

S’il est clair que la recherche de la paix dans cette région du monde devrait passer, entre autres, par la reconnaissance du droit des Kurdes à un foyer national, il ne l’est pas moins que les capitales occidentales sont encore loin d’avoir trouvé le courage de crever l’abcès, tant est central le rôle géostratégique que joue la Turquie, membre de l’OTAN. On ne peut que le constater encore une fois à la lumière de la frilosité des objections qui ont accueilli l’offensive turque, absurdement nommée « rameau d’olivier », contre des combattants qui ont été fort utiles à la coalition internationale emmenée par les États-Unis dans la lutte contre le groupe État islamique (EI).

Ces nouvelles violences auraient peut-être pu être évitées si Washington n’avait annoncé, à la mi-janvier, la formation d’une force frontalière de 30 000 combattants dans le nord de la Syrie, formée de Kurdes en bonne partie, afin de sécuriser les territoires repris au groupe EI. Ou peut-être pas. Toujours est-il qu’Ankara, choquée par l’initiative américaine, a beau jeu maintenant d’en faire le prétexte à son offensive contre les Kurdes syriens du Parti de l’union démocratique (PYD), tous des « terroristes » que M. Erdogan considère comme une menace à la sécurité nationale de la Turquie. Non pas, bien entendu, qu’il ait besoin de prétextes pour s’en prendre aux Kurdes.

Concrètement, l’objectif d’Erdogan est d’empêcher militairement les forces kurdes de se doter d’une certaine unité territoriale le long de la frontière turque. Au-delà, le fait est que cette opération n’aurait pas pu avoir lieu sans le feu vert de la Russie. C’est une opération qui est le résultat de tractations menées l’automne dernier : contre la « permission » russe d’encercler Afrine, Ankara s’engageait à tenir en laisse une organisation djihadiste à laquelle elle a apporté son soutien dans la province voisine d’Idlib, que la Russie et le régime syrien de Bachar al-Assad tentent de reprendre aux rebelles.

C’est dire qu’en vertu des jeux d’alliances mouvantes qui pourrissent le conflit syrien, la Turquie et la Russie trouvent à dégager des terrains d’entente malgré leurs différends. Tiendront-ils ? C’est dire ensuite que les États-Unis sont pour l’heure plus spectateurs que jamais. L’idée de froisser les susceptibilités américaines ne semble plus guère retenir le sultan Erdogan. Une dynamique qui n’augure rien de bon pour les Kurdes, chez qui se creuse la peur d’être laissés à eux-mêmes.

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