Prohibition abusive des municipalités autour du cannabis

Plusieurs municipalités envisagent d’interdire à quiconque de fumer du cannabis dans les lieux publics. C’est aller trop loin.

Les maires de Saint-Jérôme, Stéphane Maher, et de Saint-Jean-sur Richelieu, Alain Laplante, ont confirmé au Devoir cette semaine leur intention d’interdire la consommation de marijuana sur la voie publique, les trottoirs, les places et les parcs. Le projet de loi 157 qui encadre le cannabis prévoit déjà que les dispositions visant l’interdiction de fumer le tabac dans les commerces, les restaurants, les bars et tous les édifices publics ainsi qu’à neuf mètres de l’entrée de ceux-ci s’appliqueront aussi à la marijuana.

« Vous voulez consommer du cannabis, faites-le chez vous, il n’y a pas de problème », a déclaré Stéphane Maher. Justement, il y a un problème : les locataires à qui leur propriétaire interdirait de fumer dans leurs logements ne pourraient s’allumer un joint nulle part.

Les associations de propriétaires ont déjà réclamé le droit de modifier les baux afin d’interdire aux locataires de fumer de la marijuana chez eux. On s’attend également à ce que les municipalités cherchent à interdire de fumer du pot dans les habitations à loyer modique (HLM).

En étendant l’interdiction à tous les lieux publics, les municipalités, main dans la main avec les propriétaires d’immeubles locatifs, priveraient certains de leurs citoyens (les moins bien nantis, d’ailleurs) et pas d’autres (les propriétaires de leur résidence) du droit de consommer un produit légal.

Avec la bénédiction du gouvernement Couillard, il y aurait des villes tolérantes et d’autres où sévirait la prohibition. Notons que certaines municipalités, notamment la Ville de Québec, interdisent déjà à toute personne sous l’influence d’une drogue de se trouver dans un endroit public. En ce qui a trait au cannabis, de tels règlements sont à l’évidence difficilement applicables.

Il est clair que la légalisation du cannabis ne fait pas l’affaire de tout le monde. Mais il serait excessif que des maires usent de leur pouvoir pour aller à l’encontre de l’intention du législateur fédéral.

Le maire Maher veut que les municipalités se donnent le temps d’avoir « une réflexion intellectuelle » en vue d’apporter peut-être des assouplissements. C’est fonctionner à l’envers : il vaudrait mieux soumettre le cannabis aux mêmes restrictions que le tabac, évaluer les problèmes que cette consommation occasionne réellement dans les lieux publics et apporter des correctifs, s’il y a lieu. Bref, s’appuyer sur des faits plutôt que sur des appréhensions.

9 commentaires
  • Jean Nicolas - Inscrit 15 janvier 2018 04 h 44

    La libéralisation du cannabis, un fléau

    Cette libéralisation du cannabis est une hérésie de A à Z. Après avoir tant et tant investi pour se débarrasser du fléau de la cigarette, on vogue allègrement vers celui du cannabis. A partir du moment où la " fumette" sera normalisée, elle va envahir le quotidien et les dégâts seront terribles. C'est une rupture majeure dont personne ne peut évaluer sérieusement les effets: si la cigarette portait atteinte au poumon, le cannabis lui porte atteinte au cerveau ce qui est encore plus désastreux. Le projet actuel avance dans le brouillard le plus total: trop vite, sans informations scientifiques solides, sans évaluation des conséquences sur la santé, sur le système éducatif, sur la société et sur les coûts. Là-haut le fumeur en chef et ses sbires avancent à marche forcée. Quelle est l'urgence nationale, dites-moi ? En bas, sur le terrain, la grande majorité des intervenants appréhendent cette légalisation: qu'il s'agisse de la population, majoritairement contre selon les sondages, mais aussi des maires qui eux palpent très concrètement les ravages que vont causer cette ineptie.
    Quelles belles soirées en perspectives: regarder Netflix , se rouler un petit joint, le cerveau au ralenti.

    • Luc Fortin - Abonné 15 janvier 2018 12 h 43

      « Le projet actuel avance dans le brouillard le plus total: trop vite, sans informations scientifiques solides, sans évaluation des conséquences sur la santé, sur le système éducatif, sur la société et sur les coûts. »

      On pourrait en dire tout autant de votre vision apocalyptique! Citez-nous vos informations scientifiques.

      M. Dutrisac suggère d'appliquer la même réglementation pour la cigarette et de s'ajuster par la suite si nous devons faire face aux périls invoqués par les prophètes.

    • Pierre Robineault - Abonné 15 janvier 2018 14 h 51

      Bien d’accord avec vous, Monsieur Nicolas.
      Mais il arrive parfois que des lobbyistes ou des politiciens en état de pouvoir s’asurent De pouvoir libéraliser des produits nocifs, et même d’aller plus loin en rendant la dépénalisation applicable dans les années antérieures, dans le simple but de protéger un ami, ou encore un membre de leur propre famille.
      Ce qui est doublement outrageant.

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 janvier 2018 16 h 49

      "Quelle est l'urgence nationale, dites-moi?" - Jean Nicolas

      600,000 canadiens on un casier criminel pour possession simple dont 20,000 seulement en 2017.

      Ça suffit la répression imbécile et l'aide au crime organisé.

      Les gens fument déjà d'ailleurs.

      Et ils boivent de l'acool en toute légalité aussi en passant.

      - Allez-vous aussi demander qu'on re-criminalise l'alcool?

      Misère...


      Christian Montmarquette

  • Loraine King - Abonnée 15 janvier 2018 07 h 50

    Un café versus un coffee shop

    Les municipalités veulent forcer les contribuables à défrayer les frais de leurs politicaillerie...

    Le gouvernement de votre province devrait prendre les devants et considérer la remise de permis à des établissements publics où l’on peut manger un repas, boire un café, et fumer du cannabis. Les municipalités pourraient réglementer, choix des sites, heures d’ouverture, etc., et taxer.

    J’ai mangé un bon repas dans un de ces établissements Amsterdam récemment.

  • Claude Desjardins - Inscrit 15 janvier 2018 08 h 27

    Cupidité municipale

    En plus des revenus de la nouvelle taxe, on peut même raisonnablement penser qu'au-delà de la vertu règlementaire, certaines municipalités appréhendent aussi les nouveaux revenus générés par les contraventions donnés aux consommateurs. On peut même prédire qu'ils vont budgéter en fonction des prévisions des revenus comme ils le font déjà pour les contraventions liées à la circulation automobile. Certains seront même tentés à promouvoir un quota à leurs policiers. Au final, les consommateurs seront encore plus vulnérables à la répression qu'ils ne le sont actuellement et ce par la cupidité de certains potentats locaux en mal de renflouer les coffres.

  • Pierre Desautels - Abonné 15 janvier 2018 10 h 35

    N'importe quoi.


    Cette tentative d’interdire à quiconque de fumer du cannabis dans les lieux publics est vouée à l'échec et n'est que de la petite politicaillerie locale. Depuis des années, à Saint-Jérôme, la consommation de cannabis est pratiquement tolérée dans les endroits publics (rue Labelle) et dans les festivals, entre autres.

    Tenter d'appliquer ces interdictions quand ce sera légal sera une perte de temps et les policiers ont autre chose à faire sur un si vaste territoire. Les municipalités qui ne feront pas la part des choses et qui appliqueront une politique de prohibition mur à mur verront leurs règlements contestés en Cour et leurs chances de gagner seront nulles.

  • Daniel Legault - Abonné 16 janvier 2018 07 h 08

    Fumée cannabis = Fumée cigarette - Désinformation

    Personne ne va fumer autant de cannabis que de cigarette.

    Il y a un risque de cancer du poumon si on fume du cannabis mais il sera moindre que pour la cigarette car la quantité fumée sera beaucoup moindre.

    Certaines personnes et certains organismes réagissent comme si on introduisait un nouvel élément et de nouvelles habitudes dans notre façon de vivre mais la réalité c'est qu'il y a déjà une importante consommation de cannabis actuellement.

    On va légaliser sa consommation et l'encadrer.

    Le produit sera de meilleure qualité et sa consommation étant reconnue, il sera plus facile d'avoir une influence sur les consommateurs excessifs parce que leur consommation va se faire au grand jour.

    • Luc Fortin - Abonné 16 janvier 2018 15 h 04

      « il sera plus facile d'avoir une influence sur les consommateurs excessifs parce que leur consommation va se faire au grand jour. »

      Mon nez me permet facilement de repérer les excessifs. 8;-)

      Pour ce qui est de les influencer c'est un tout autre sujet.