Statut de Jérusalem: le Canada s’efface

En mars 2016, le premier ministre Justin Trudeau était fier d’annoncer que le Canada briguerait un siège temporaire au Conseil de sécurité des Nations unies, pour un mandat de deux ans débutant en 2021. Moins d’un an plus tard, on se demande s’il a l’intention de s’y tenir debout.

S’il en avait été membre lundi dernier, qu’aurait-il fait ? Quatorze membres du Conseil, dont la France et le Royaume-Uni, ont condamné d’une seule voix la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et d’y déménager son ambassade, ce qui a provoqué la colère du gouvernement Trump et le veto des États-Unis.

Le Canada aurait-il fait cavalier seul ? On est en droit de se le demander à la lumière d’un vote tenu jeudi à l’assemblée générale. Une résolution allant dans le même sens et enjoignant à tous les pays de respecter les résolutions antérieures du Conseil de sécurité sur Jérusalem a été adoptée par 128 voix contre 9. Vingt et un pays n’ont pas voté et 35 se sont abstenus, dont le Canada, le seul pays du G7 avec les États-Unis à ne pas avoir soutenu la résolution.

On peut se réjouir que le Canada ne se soit pas opposé, lui qui, depuis l’époque Harper, vote avec les Américains contre toute résolution jugée anti-Israël, une politique que le gouvernement Trudeau a poursuivie, au risque parfois de contredire la politique officielle du Canada dans ce dossier. La raison donnée est toujours la même : ces résolutions sont unilatérales ou partiales et ne contribuent pas à la résolution du conflit. L’ambassadeur canadien aux Nations unies, Marc-André Blanchard, l’a encore répété jeudi. C’est pourtant la décision américaine qui, actuellement, envenime ce conflit et nuit à la recherche d’une solution.

Avant le vote de jeudi, l’ambassadrice américaine Nikki Haley avait averti que Washington se souviendrait des pays qui appuieraient la résolution. Après le vote, elle était livide et visait cette fois les Nations unies. Est-ce cette menace qui a refroidi le Canada, lui qui tente de sauver l’ALENA dans le cadre de négociations difficiles ? Après tout, le Mexique s’est aussi abstenu. Selon la Canadian Press, Ottawa a soupesé ses options pour conclure que s’abstenir était le meilleur moyen de n’offusquer personne.

Depuis l’élection de Donald Trump, le gouvernement Trudeau marche sur des oeufs, murmure ses désaccords. Sa prudence est de mise, mais il ne faut pas s’illusionner, ce n’est pas cette abstention qui sauvera l’ALENA, Donald Trump étant ce qu’il est.

Et il y a une limite à plier l’échine et à laisser nos principes se dissoudre sous la menace, le chantage et l’intimidation. Jeudi, le Canada a raté une occasion de le faire savoir.

13 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 23 décembre 2017 07 h 55

    Ne jamais céder!


    Le Canada a peur du ''bully'' à la Maison Blanche. Il plie, il fait le dos rond, pensant ainsi amadouer Donald T., ce qui sauverait l'ALENA. Trump a vu notre faiblesse; il foncera plus que jamais! Bref, voilà une bien mauvaise stratégie du gouvernement Trudeau. Il ne faut jamais céder aux menaces d'un ''bully''!

    M.L.

    • Charles Lebrun - Abonné 23 décembre 2017 10 h 23

      Je salue votre commentaire que j'appuie entièrement! Un "bully" évalue ses adversaires à ses comportements en situation de crise. Il étudie attentivement ses réactions. Quel message avons-nous communiqué au président des USA? Je crois que nous (les Canadiens) lui avons dit: "J'ai peur de vous et je crains vos décisions et leurs conséquences." Trump a de quoi bomber le torse et se penser "tout puissant"! Le plus triste, c'est que c'est le même "message" de pleutre que vient de comprendre le monde des affaires au sud de la frontière. Netflix, Amazone et les autres n'ont pas fini de nous piller! Quel premier ministre superficiel nous avons!

  • Gilbert Troutet - Abonné 23 décembre 2017 08 h 44

    Un gouvernement de pleutres

    Comme le dit Mme Cornellier, on se demande en effet si le gouvernement Trudeau, lui qui annonçait que le Canada était de retour sur la scène internationale, a l’intention de s'y tenir debout. Ce n'est pas en rampant devant Donald Trump qu'on retrouvera un siège temporaire au Conseil de sécurité.

    Il y a quelques années, Brian Mulroney n'avait pas hésité à tenir tête à Margaret Thatcher pour combattre l'apartheid en Afrique du Sud. Avec Justin Trudeau, nous serions peut-être allés envahir l'Irak aux côtés des Américains. Les petits chiens aboient avec les loups.

  • Yves Côté - Abonné 23 décembre 2017 09 h 33

    Pôv Pit !

    Commentaire personnel laissé dans ces pages électroniques le 7 décembre dernier, au matin de l'annonce de la décision de Monsieur Trompe. A part pour mon post-criptum qui prévoyait le pire du pire ou le mieux du mieux, dépendant de quel côté de la médaille on se trouve, je pense que ce genre de nuit doit persister à meubler les heures "de repos" de notre PM...

    "Pôv Pit !
    Il a pas dû dormir beaucoup cette nuit...
    Mal de tête au déjeuner et promesse de soupe à la grimace pour ce midi avec ses proches financiers.
    Moi mes souliers ont beaucoup voyagés mais les siens, ils doivent commencés à être passablement usés d'un seul côté tellement il est obligé de rétrécir le cercle de ses parcours quotidien ?

    Enfin... à chacun ses problèmes.

    Tourlou !

    PS : le premier pays à suivre Monsieur Trompe dans son idée de déménagement d'ambassade est la Tchéquie. Et qui sera le deuxième ? Voilà la question qui tue la tranquilité de notre PM et de ses financiers amis libéraux selon moi..."

  • Benoit Samson - Inscrit 23 décembre 2017 09 h 51

    Politique d'apaisement voée à l'échec

    Tout porte à croire que la décision canadienne de s’abstenir sur ce vote des Nations Unies était liée aux renégociations en cours sur l’Alena. Nous avons probablement pris cette décision de concert avec le Mexique. Mais Il semble que l’on ne voulait pas ou que l’on avait peur d’indisposer l’autocrate américain qui, avec son ambassadrice aux Nation Unies, saupoudre les menaces, le chantage et l’intimidation à gauche et à droite comme le font tous les autocrates depuis des siècles.

    Malheureusement, l’histoire nous a démontré que l’on ne peut apaiser ces ogres en essayant de ne pas déclencher leur invective et obtenir leur considération et respect en ne les confrontant pas.

    Madame Cornellier a raison de dire que cette abstention n’aura aucun effet positif sur les négociations en cours.

    Même si on peut se réjouir qu’au moins on n’ait pas voté contre la résolution parce que c’est un grand pas de fait considérant notre histoire récente de toujours être dans le même lit que les américains et Israël sur ces enjeux, il faudra aller plus loin pour regagner le respect qui nous es dû et contribuer à mettre en échec Trump.

    Joignons- nous d’urgence à la communauté des nations et cessons dès maintenant d’essayer d’apaiser cet autocrate qui pourrait faire sauter la planète au moment qui lui semblera opportun ou sur une poussée d’ adrénaline comme tant d’autres de son acabit avant lui ont essayé de le faire et l’auraient fait avec succès s’ils avaient eu à leur disposition le bouton rouge du bureau ovale de la Maison Blanche.

  • Robert Bérubé - Abonné 23 décembre 2017 14 h 14

    La pâle copie de son père...

    Justin Trudeau a perdu une belle opportunité d'envoyer un crochet au président Trump, il a préféré baisser sa garde...Pas très combatif contrairement au père qui ne se gènait pas pour dire le fond de sa pensée au risque de déplaire à ses partenaires politiques. Nous avons un PM mou, quel honte!