Le bitcoin à un million?

Le bitcoin atteignait dimanche la valeur de 24 900 $ canadiens, soit près de 20 000 $US sur son propre marché mondial d’échange. Selon certains observateurs — qui en possèdent sûrement —, la chose pourrait grimper à 100 000 $. Et pourquoi pas un million de dollars ?

Le bitcoin est devenu le sujet de l’heure chez les investisseurs et même chez de simples citoyens qui se prennent à rêver de devenir millionnaire du jour au lendemain. « Ah ! si j’avais acheté des bitcoins alors qu’ils ne valaient que 905 $ CAN, j’aurais réalisé un rendement de 2600 % ! » s’attristent certains.

À ceux-là, on pourrait faire valoir qu’il n’est pas trop tard, puisque certains prédisent que cette monnaie numérique virtuelle atteindra 100 000 $ d’ici peu. Pourquoi 100 000 $ et non pas un million pour un seul bitcoin ? Rien ne s’y oppose… mais rien ne permet d’y croire. Il s’agit de pure spéculation.

Dans les faits, la probabilité que le bitcoin plonge en spirale est cependant plus grande que celle qu’il grimpe en flèche au cours des prochains mois. Tout est question de demande : tant que des acheteurs croiront à une augmentation continue de sa valeur, celle-ci se concrétisera. Puis, il suffira d’un détail, d’un événement, d’une décision des autorités monétaires pour que tout bascule et, alors, seuls ceux qui auront vendu à temps, probablement par hasard, pourront crier « bingo ! » pendant que les autres cuveront leur vin dans un coin, sans faire pleurer personne.

Car le bitcoin, contrairement à d’autres biens qui servent de valeur refuge en situation de crise — par exemple, l’or ou le dollar américain —, n’est ni un bien tangible très recherché dans l’économie réelle ni même une monnaie d’échange dont la valeur reposerait sur la force d’une économie forte et celle d’institutions de réglementation solides.

 

Dans une conférence prononcée la semaine dernière, le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, déclarait : « On peut tout au plus dire qu’acheter ces instruments, c’est acquérir des risques, ce qui revient à dire qu’investir dans ces instruments s’apparente davantage à un jeu d’argent. » Un jeu d’argent, mais surtout pas une monnaie, à moins de faire des affaires sur le Web invisible, où l’anonymat est primordial.

Une des plus importantes caractéristiques d’une monnaie, c’est sa stabilité relative dans le temps. Le commerçant qui vend ses produits doit avoir pleine confiance dans la valeur du bout de papier reçu en échange pour savoir s’il sera en mesure de payer ses fournisseurs. Sans une telle assurance de stabilité, le commerçant voudra se protéger en vendant de plus en plus cher s’il s’attend à ce que la monnaie perde de sa valeur. Dans le cas contraire, ce sont les consommateurs qui choisiront de reporter leurs achats s’ils s’attendent à ce que leur monnaie prenne de la valeur.

De tels mouvements sont les signes d’une instabilité économique que les banques centrales tenteront d’endiguer en jouant sur les taux d’intérêt et sur la quantité de monnaie en circulation. Or, dans le cas du bitcoin, aucune institution ne peut intervenir, et seule la demande influence sa valeur.

 

Est-ce à dire que toutes les monnaies numériques sont appelées à subir le même sort ? Pas nécessairement. À l’heure actuelle, aucune banque centrale dans le monde ne prend en charge la stabilité d’une cryptomonnaie, mais cela viendra bientôt.

La raison de cet intérêt tient à la technologie qui fait le succès du bitcoin, ce qu’on nomme les chaînes de blocs (de transactions). Tout se fait automatiquement, à très grande vitesse et sans intermédiaire, c’est-à-dire entre l’acheteur et l’individu qui en possède déjà.

Ainsi, chaque transaction nouvelle s’insère aussitôt dans un bloc virtuel à côté de centaines d’autres, lequel bloc s’enchaîne à d’autres blocs pour former une longue chaîne de validation instantanée impossible à imiter en si peu de temps par des fraudeurs.

Cette approche révolutionnaire s’appliquera bientôt à d’autres types de transactions, par exemple, comme mode de paiement sans intermédiaire pour l’achat de biens, ce à quoi s’activent déjà des multinationales comme Amazon.

Si le bitcoin s’effondre, ce ne sera probablement pas à cause de la technologie qui lui a permis d’exister et de se propager, mais du bitcoin lui-même, qui n’aura pas réussi à s’imposer autrement que comme objet de spéculation.

En revanche, il paraît d’ores et déjà certain que les algorithmes de chaînes de blocs feront partie des prochaines technologies du commerce à l’échelle de la planète, à côté des monnaies numériques soutenues par les banques centrales et les grandes banques du monde.

12 commentaires
  • Sébastien Giroux - Inscrit 19 décembre 2017 01 h 10

    Hum

    Votre article est bien écrit mais il est assez évident que vous n'avez aucune idée de quoi vous parlez.

    Les transactions ne sont pas instantanées. Et il y a des intermédiaires, soient les mineurs qui traitent les transactions et qui forment le réseau sur lequel le système repose. Il n'y aucune autorité centrale mais les développeurs jouent un rôle du même type mais très diminué.

    Il est assez téméraire d'affirmer que les banques centrales prennent en charge la stabilité de leur monnaie. La réalité est qu'elles ont une influence sur la vision que le marché a de leur monnaie mais aucun contrôle.

    Aussi, dire que la valeur de la monnaie ou de n'importe quel produit financier repose sur des institutions de règlementation solides est, au minimum, naif. La crise des surprime l'a bien démontré.

    Pour citer Wittgenstein ;

    ''Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence''

    • Marc Blanchet - Abonné 19 décembre 2017 08 h 53

      M. Giroux, au lieu de tirer sur le messager, il est toujours préférable de contribuer au débat.

      Pour les lecteurs du Devoir et la complexité de bien comprendre le marché du Bitcoin, voici 2 articles que je viens de prendre connaissance.

      Le premier date de 2013, donc bien avant la folie actuelle et l'auteur imaginait un bitcoin à 1000$ ... hum rendu à 20 000$.

      La prudence est de mise. Ceux qui ont pari sans réfléchir sur les entreprises vides du nouveau marché internet entre 1998 et 2000 se sont réveillés bien malheureux après le crash technologique. Les gens me disaient à l'époque que les paramètres d'évaluation des entreprises qui avaient leurs preuves depuis plusieurs millénaires n'avaient plus aucune importance. Nous étions dans un nouveau monde. Ces commentaires venaient même de gens "compétents" en finances et en comptabilité.

      Les beautés de la vie nous rattrapent toujours lorsqu'il y a des excès.

      Article de 2013 - https://ploum.net/bitcoin-pour-les-nuls/

      https://www.contrepoints.org/2017/11/08/302687-bitcoin-explique-a-moi-meme

      En boni pour ceux qui veulent s'instruire et ont le temps de lire, voici le texte collaboratif de Wikipedia
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Bitcoin

    • Simon Sauvé - Inscrit 19 décembre 2017 09 h 24

      Je serais curieux de savoir s'il est possible d'encaisser de billets USD ou CAN pour des bitcoins? N'est-ce pas à ce moment que la spéculation va cesser? Lorsque les investisseurs voudront le vendre pour de 'vrai' argent?

    • Clermont Domingue - Abonné 19 décembre 2017 11 h 42

      Intéressant votre commentaire,monsieur Giroux.

      Vous dites:mineurs, transactions,réseau,système. SVP, expliquez-nous davantage comment ça marche. Pour le moment, nous sommes nombreux à croire que le bitcoin a pour base la foi.

      Le vrai, le bien, le beau ne peuvent être sortis du frigo et mis sur la table. Pourtant ils existent. Leur existence vient de l'objet qui les supporte et c'est le sujet qui les considère qui leur donne leur valeur. Je pense que le bitcoin est de cette nature.

      Parlons du beau. Vous avez un tableau d'un grand maître.C'est un cadre en bois, un morceau de tissus et de la peinture;voilà l'objet. Le sujet c'est vous. Votre oeil a vu la chose et vous avez payé un million de dollars. Vous êtes content parce que vous pensez que vous êtes riche et croyez que vous avez bon goût.

      Si ça vous rend heureux, achetez des tableaux, de l'or et des bitcoins.Considérez toutefois que ce n'est pas utile pour les autres.

  • Nadia Alexan - Abonnée 19 décembre 2017 05 h 22

    Arrêtons de glorifier l'avidité!

    Je n'ai jamais compris cet engouement de vouloir devenir millionnaire. Qu'est-ce qui est devenu de notre prière: «Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien!»
    Notre monde est devenu un grand chantier de marchandage!
    Le «bit coin» va encourager davantage la spéculation et le jumelage de l'argent sale du commerce illégal, avec ce qui est légitime. L'avidité crée les inégalités.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 décembre 2017 07 h 34

    Le bitcoin et la Main de Dieu

    Le bitcoin, c’est du vent. Un pur produit spéculatif.

    Plus il est cher, plus il n’est abordable que par ceux qui en ont les moyens. À un million$, seuls les millionnaires peuvent l’acheter. À un milliard$, seuls les milliardaires.

    Et tous ces gens qui préfèrent spéculer avec leur argent plutôt que de créer de l’emploi et faire profiter la sociéte de leur fortune seront ruinés le jour où l’actuelle bulle spéculative éclatera.

    Tout comme ces Hollandais qui spéculaient sur les bulbes de tulipes en 1637.

    • Anne-Marie Trépanier - Inscrite 19 décembre 2017 09 h 59

      Mr. Martel, un autre bel exemple de méconnaissance totale du sujet, et de commentaire infondé: le bitcoin (BTC) se divise jusqu'à la 8ème décimale (0.000000001). Ainsi, peu importe vos moyens, il est possible d'acquérir du bitcoin pour 10, 100, 1000$. L'unité plus pratique à utiliser est le mBTC (microBTC).

      Aujourd'hui, 100$CAN = 0.004336BTC = 4.33 mBTC.

      Également, si vous prenez la peine d'utiliser Google, des dizaines d'articles ont été écrits expliquant, chiffres et théorie économique à l'appui, de quelle façon la phase spéculative et volatile actuelle des cryptommonaies (indéniable) est bien différente de la crise des tulipes, probablement l'exemple historique le plus régulièrement mal utilisé.

    • Anne-Marie Trépanier - Inscrite 19 décembre 2017 12 h 40

      Le BTC est divisible jusqu'à la 8ème décimal, il est donc possible d'en acheter une petite quantité, ce que font la majorité des nouveaux investisseurs. Certainement pas besoin d'être millionnaire pour investir, 10$ peuvent suffire, même si en tenant compte des frais de transactions (assez élevés actuellement) mettre au moins 100$ serait recommandé. Aussi, il est évidemment possible de convertir ses BTC en dollars CAN ou US (pour répondre à un autre commentaire), en passant par le même endroit utilisé pour les acquérir: en personne contre du cash (LocalBitcoin), dans un ATM (environ 1500 au Canada), ou sur un échange en ligne (QuadrigaCX, Kraken, Bittrex, etc.)

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 décembre 2017 15 h 24

      Merci Mme Trépanier pour votre commentaire. J’ignorais qu’on pouvait acheter des mBTC.

      Mais je persiste à croire que c’est du vent.

    • Marc Blanchet - Abonné 19 décembre 2017 16 h 40

      Mme Trépanier,
      Pourquoi faut-il que certaines personnes débutent leur commentaire par des insultes? Pourtant vous répondez très bien par la suite. D’ailleurs le premier bitcoin valait moins de 0,001 usd.

  • Serge Grenier - Abonné 19 décembre 2017 08 h 33

    La valeur du travail

    Quand on travaille, on crée de la valeur. La monnaie sert à simplifier l'échange d'une partie de la valeur de son travail contre une partie de la valeur du travail de quelqu'un d'autre. Utiliser une monnaie pour obtenir de la valeur sans contrepartie, c'est du vol. Que ce soit légal ou pas, ça demeure du vol. Quand on soutire aux autres les moyens de s'acheter une maison, des automobiles, et tous ces biens matériels sans offir quoi que ce soit en échange, c'est du vol. Voilà, c'est mon avis.

    • Clermont Domingue - Abonné 19 décembre 2017 12 h 08

      Monsieur Grenier, je suis d'accord avec vous, mais je vois que les machines créent beaucoup plus de valeur que les hommes.

      J'habite à la campagne. Là où il y avait vingt familles pour cultiver la terre, il y a trois fermiers avec des machines très performantes qui produisent plus que les vingt familles d'avant. En forêt, c'est aussi spectaculaire. Là où il y avait cinquante bûcherons, il y a deux opérateurs; un sur la multi-fonctionnelle et un sur le porteur.

      Pour créer de la valeur, il faut compter de moins en moins sur le travail.
      Pour créer du pouvoir d'achat, il faut compter de plus en plus sur d'autres sources que les salaires.