Forum sur la valorisation de la diversité: le tabou de la discrimination

Le gouvernement Couillard a tenu, mardi de cette semaine, son Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination. L’exercice s’est soldé par l’énoncé de mesures, décidées d’avance, visant à favoriser l’embauche d’immigrants en région. Le résultat est mince. Et surtout, il n’a pas été question de discrimination, ou à peine, comme si le mot était devenu tabou.

La scène avait quelque chose de surréaliste. Lors de la séance réservée au deuxième thème du forum, soit la lutte contre la discrimination (les deux autres thèmes portaient sur l’emploi et sur la formation et la francisation), il n’a pas été question de discrimination. Seule immigrée parmi les trois personnes invitées à faire part de leur témoignage dans ce segment, Merling Sapene, une directrice d’origine vénézuélienne chez Bombardier, a parlé de son intégration réussie que la discrimination n’avait manifestement pas assombrie.

L’ensemble du forum était à l’avenant : des intervenants issus de chambres de commerce, de MRC et d’entreprises en manque de main-d’oeuvre, des dirigeants d’organismes chargés de faire le lien entre les entreprises et les immigrants à la recherche d’un emploi sont venus décrire les efforts qu’ils déployaient et les succès qu’ils obtenaient. Bref, que du positif et de la bonne volonté.

Lors des périodes de questions, quelques rares participants dans la salle ont regimbé ; une représentante du Conseil canadien des femmes musulmanes s’est ainsi indignée qu’on ne parlât pas de « l’éléphant dans la pièce », c’est-à-dire la discrimination et le racisme.

Dans son allocution d’ouverture, le premier ministre Philippe Couillard avait mis la table en affirmant qu’il était « difficile », au Québec comme ailleurs, de traiter des enjeux de l’immigration sans susciter un « débat toxique ». Il valait mieux chercher des solutions concrètes, essentiellement économiques, selon le principe que l’intégration des immigrants passe par l’emploi.

Il faut dire que le forum, organisé à la va-vite par le nouveau ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, David Heurtel, remplaçait la Commission sur la discrimination systémique et le racisme qui se présentait comme un exercice d’autoflagellation. Avec le forum, le gouvernement Couillard a pris les rênes d’une consultation dont l’organisation connaissait des ratés et qui risquait d’exacerber les tensions plutôt que de les atténuer.

Contrairement à cette commission qui menaçait d’aller dans tous les sens, le forum fut un exercice hautement contrôlé dont la portée s’avère limitée. Dans le communiqué diffusé au terme de la rencontre, le gouvernement ne traite essentiellement que des pénuries de main-d’oeuvre affectant les régions du Québec. Le forum débouche, selon ses termes, sur un « engagement historique » en faveur de l’établissement en région des immigrants.

Certes, le gouvernement Couillard reconnaît implicitement que ce fut une erreur de fermer les bureaux du MIDI en région, une conséquence de la vague de compressions imposées au début de son mandat. Déjà arrêtées avant même la tenue du forum, les mesures annoncées visent à « accompagner » la clientèle, c’est-à-dire les entreprises en région, à trouver les employés qui leur manquent à même ce bassin d’immigrants qui, pour les quatre cinquièmes d’entre eux, choisissent de s’établir dans la grande région de Montréal.

Le MIDI révisera sa grille de sélection afin de favoriser les candidats prêts à remplir les besoins de main-d’oeuvre des régions. En clair, cela signifie que les autres critères, que sont la connaissance de la langue française et les qualifications professionnelles, pèseront moins lourd. D’ailleurs, le patronat fait valoir que les entreprises ont certes besoin de main-d’oeuvre qualifiée, mais aussi de travailleurs non qualifiés.

Grâce au bon soldat Heurtel qui a repris les choses en main, le forum est devenu la chose du gouvernement. La consultation devait traiter de la lutte contre la discrimination, mais le mot « discrimination » ne figure même pas dans le communiqué final, hormis dans le titre du forum. On n’a pas abordé non plus la sous-représentation des minorités visibles dans l’administration publique. Ni des mesures à envisager pour inciter la grande entreprise à embaucher des immigrants.

Or ce n’est pas parce qu’on a décidé de ne pas en parler que la discrimination dont sont victimes les nouveaux arrivants n’existe pas. En cette période préélectorale, le gouvernement Couillard a choisi de contrôler le message au lieu de procéder à un examen franc et approfondi de cet enjeu.

7 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 9 décembre 2017 03 h 35

    Plusieurs éléphants dans la pièce

    Pesonne n'aime pas se faire «faire la morale» et le gouvernement actuel, comme les précédents, le sait parfaitement. Il évitera dond de parler d'un sujet susceptible d'énormément de démagogie. Il a d'autant raison qu'il est lui-même en faute, ayant laissé des castes et chapelles s'ériger un peu partout dans l'espace public contrôlé par lui. Déjà la table est mise et le prochain gouvernement y mangera.

  • Nadia Alexan - Abonnée 9 décembre 2017 07 h 05

    Les immigrants doivent faire un effort de s'intégrer.

    La représentante du Conseil canadien des femmes musulmanes qui «s’est ainsi indignée» du déroulement de la Commission doit faire un examen de conscience, elle qui a défendu le port du voile intégral!
    Si les femmes voilées exigent des accommodements et un traitement différentiel, on peut comprendre que les entreprises ont peur de les embaucher. Les immigrants doivent faire un effort de s'intégrer et d'épouser les valeurs de la majorité pour trouver un emploi.

    • Louise Collette - Abonnée 9 décembre 2017 10 h 57

      J'aime.

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 décembre 2017 15 h 05

      La plupart le font ou l'essaient. Mais qd on voit que le seul nom suffit à ne pas avoir d'appel pour une entrevue, comme on l'a prouvé avec des CV identiques au nom près...

    • Marc Therrien - Abonné 9 décembre 2017 16 h 52

      @ M. Auclair

      Et admettons qu’un jour une loi oblige que le curriculum vitae ne contienne qu’un numéro de téléphone permettant de rejoindre le candidat pour le convoquer à une entrevue de sélection. Une fois les candidatures sélectionnées sur la base de leur profil de connaissances et d’expériences répondant aux exigences du poste, rendus à l’entrevue de sélection, en amont du racisme, c’est le simple phénomène de l’attraction sociale ou de l’attrait interpersonnel qui prendra place. Cet aspect de la condition humaine est aussi vieux que la civilisation. Ce qui fait que nous sommes attirés vers une personne plutôt qu’une autre est purement subjectif. Dès qu’il y a deux candidats également qualifiés pour le même poste, l’employeur doit faire appel à des critères discriminants plus subtils pour faire son choix. Souvent, il choisira celui avec qui il pense qu’il s’entendra le mieux.

      Marc Therrien

    • Colette Pagé - Abonnée 10 décembre 2017 11 h 10

      Il s'impose que les accueillis respectent également les valeurs des accueillants notamment par l'apprentissage de la langue française et l'abandon du voile intégrale.

  • Denis Paquette - Abonné 11 décembre 2017 02 h 21

    tous obéir aux mêmes n'est ce pas la regle depuis toujours

    C'est du moins mon opinion, l'objectif du 1% n'est-il pas vouloir tout centraliser, la diversité n'est-il pas de faits leurs ennemis depuis toujours, enfin je ne crois pas que j'ais besoin d'en faire la démonstration