ALENA: le jeu des petits cerveaux

Plus le temps passe, plus l’hypothèse de la fin prochaine de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) signé en 1994 devient, non pas plausible, mais probable.

Dans le magazine économique du Devoir d’octobre 1985, on pouvait lire ceci au sujet du projet de traité de libre-échange Canada–États-Unis : « Les politiques d’achat chez nous canadiennes, les quotas à l’importation […] ont amené les milieux d’affaires américains à considérer le Canada comme un partenaire commercial capricieux et à demander au Congrès de voter des mesures protectionnistes renforcées. […] Les Américains font face au plus important déficit commercial de leur histoire et ont clairement manifesté leur intention de réagir devant ce qu’ils appellent les politiques déloyales de leurs partenaires commerciaux. »

L’histoire se répète. Après cinq rondes de négociations, dont la plus récente s’est terminée la semaine dernière à Mexico, les États-Unis maintiennent la pression pour un « rééquilibrage » de l’accord en leur faveur.

Parmi les points les plus litigieux, il y a l’abolition des quotas dans le secteur agricole, l’augmentation du contenu américain dans la construction des voitures et l’abolition du système d’arbitrage indépendant au profit des tribunaux réguliers. Dans ces trois cas, le Mexique et le Canada ne sont pas prêts à céder puisqu’il ne serait alors plus question de rééquilibre des forces, mais de domination totale des États-Unis sur ses partenaires.

La prochaine ronde aura lieu ici, à Montréal, en janvier. Compte tenu de l’allure des pourparlers, il ne faut pas s’attendre à un réchauffement des relations entre des partenaires qui font plutôt figure de farouches adversaires.

La fin de l’ALENA paraît maintenant probable. Cette éventualité amène de plus en plus d’économistes à tenter de prévoir les conséquences d’un retour aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Du moins, tant que les États-Unis ne s’en seront pas retirés…

Dans l’étude publiée il y a quelques jours par l’équipe économique de BMO Marché des capitaux, on prévoit que le passage de l’ALENA à l’OMC affectera surtout les industries les plus intégrées à l’échelle du continent, comme l’automobile, l’aéronautique, le textile et le vêtement, les équipements électriques et électroniques, les aliments et les boissons. D’autres secteurs seront bien moins touchés parce qu’ils dépendent peu des exportations ou encore parce que la concurrence américaine sera devenue moins forte à cause des tarifs canadiens.

Dans l’ensemble, l’étude en arrive à la conclusion que le Canada verrait la croissance de son PIB réduite approximativement de 1 % à long terme et son taux de chômage augmenter d’un demi-point de pourcentage. En somme, pas de désastre en perspective. Les États-Unis aussi seront touchés, mais l’impact sera évidemment moindre que chez nous.

Quant à la balance commerciale des États-Unis avec le Canada, elle pourrait s’améliorer légèrement à court terme, mais ce gain serait vite annulé par l’augmentation des importations de substitution en provenance d’Asie. Autre manifestation du manque de vision de ce gouvernement de petits cerveaux qui favorise ses adversaires en s’attaquant à ses alliés.

Le Canada a déjà connu des périodes prospères sans accord de libre-échange avec les États-Unis. Il survivra à l’échec des négociations, le Québec aussi. Le plus difficile, ce sera la transition. Et c’est à cela que les entreprises et les gouvernements doivent réfléchir dès maintenant.

8 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 29 novembre 2017 02 h 35

    L’ALENA a compromis notre souveraineté!

    Bon débarras! De toute manière, l’ALENA a favorisé les sociétés et les mieux nantis. Ce sont les travailleurs et les citoyens qui ont perdu leur autonomie et leurs droits. Quand une multinationale a le droit de contester nos lois notamment en matière de l’environnement, où se trouve notre souveraineté? Et comme le dit bien monsieur Sanfacon « le Canada a déjà connu des périodes prospères sans accord de libre-echange ».

    • Jacques Patenaude - Abonné 29 novembre 2017 11 h 23

      Pensez à tous ces économistes qui nous vantaient l'Alena comme un miracle indispensable au bien être économique de la nation il y a à peine un an.
      Que penser de tout cela?
      Sinon qu'on peut douter de la réelle valeur de ces accords de supposés libre échanges.

    • Robert Bernier - Abonné 29 novembre 2017 11 h 43

      Les problèmes que vous évoquez quant à une perte de souveraineté face aux multinationales sont réels et il faut prendre garde. Mais l'ALENA, contrairement à ce que vous dites, n'a pas servi qu'aux bien nantis. Le taux de chômage a commencé à baisser au Québec avec l'avènement du libre-échange. Et ça, ce sont tous les travailleurs du Québec, tout comme l'État québécois par la perception des taxes et impôts, qui en ont profité. Tous les chiffres sont là pour le démontrer. L'ALENA a contribué à payer nos services sociaux.

      Par ailleurs, si vous regardez du côté des pays sociaux-démocrates de la Scandinavie, vous y verrez qu'ils sont tous largement ouverts au libre-échange. Une nation au marché intérieur restreint comme le Québec, ne peut que désirer avoir accès à des marchés. Mais, comme vous dites, il faut chercher/trouver des moyens de protéger la souveraineté politique.

      Robert Bernier
      Mirabel

    • Nadia Alexan - Abonnée 29 novembre 2017 19 h 42

      À monsieur Bernier: Les nations ont toujours utilisé le commerce pour échanger entre eux. Ce que le soi-disant «libre échange» à fait c'est de diminuer les règles du jeu pour faire plaisir aux multinationales. En conséquence, nous avons eu une course au plus petit dénominateur commun en matière du travail et de l'environnement.
      J'aimerais vous rappeler, aussi, que les récentes révélations des «Paradize Papers» démontrent que les multinationales cachent leurs profits dans les paradis fiscaux et ne paient pas leur juste part d'impôt!

  • Robert Bernier - Abonné 29 novembre 2017 05 h 57

    Gare au "red tape" douanier

    Le cas échéant de la fin de l'ALENA, on verra une bureaucratie tâtillonne renaître aux frontières: une industrie parasitaire. On est depuis 15 ans devant le développement d'une industrie de la sécurité. Assistera-t-on au développement, ou plutôt à la renaissance, d'une industrie du "red tape" aux frontières? Ceux qui ont vécu cette époque durant laquelle tout bloquait aux frontières pendant qu'un doaunier se demandait dans quel code tombait le produit ont toutes les raisons de craindre. Ce sera une perte nette du point de vue de la productivité en Amérique du Nord. C'est pas bon.

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Bernard Terreault - Abonné 29 novembre 2017 07 h 55

    Est-ce une prédiction?

    M. Sanfaçon semble très sûr de sa prédiction, alors que d'autres laissent entendre que les milieux d'affaire des É.-U. ne vont pas laisser Trump détruire un accord qui est finalement "good for business". D'ici un an nous pourrons ou bien admirer la préscience de l'éditorialiste ou nous moquer de son simplisme.

    • Jean-François Trottier - Abonné 29 novembre 2017 10 h 20

      C'est en effet ce qui est prévisible : les milieux financiers sont bien contents que Trump soit là, surtout parce qu'il s'empêtre dans tout ce qu'il touche et donc qu'il immobilise encore plus la machine fédérale.

      Rien de ce que Trump a tenté, en tout cas dans les grandes réformes, ne fonctionne, et pour cause : ce gars est un imbécile, un pur diamant de bêtise dans le ciel de Washington.

      En général ce sont les sénateurs et représentants qui coulent ses projets. Au pire, si jamais cette première ligne ne suffit pas, la finance va tarir les sources des partis et le processus d'Impeachment va commencer très vite.

      Mais je crois qu'il faudra attendre encore un peu.

      Personne, personne ne veut de Pence à la présidence. Ce gars est aussi fou que Trump, mais il commaît la machine politique de Washington à fond. Lui, il serait efficace! Quelle horreur!

      Alors avant de sortir trump il faudra sortir Pence, tout comme il a fallu sortir Spiro Agnew avant de déboulonner Nixon.
      Ou encore, on attend encore un peu et on commence la procédure juste à temps pour les prochaines élections afin de geler totalement la présidence.

      Les USA font toujours ce que veulent les banquiers. L'ALENA va rester, pour notre plus grand malheur à tous.

  • Clermont Domingue - Abonné 29 novembre 2017 09 h 34

    Les petits cerveaux sont jaloux.

    Les Américains nous envient. Pendant qu'ils guerroyaient, à grands frais, ici et là, à travers le monde, Le Canada et ses provinces bâtissaient notre sociale-démocratie.

    Pendant qu'ils poussaienr à outrance leur libéralisme économique par les délocalisations, nous acceptions nos taxes et nos impôts pour préserver nos programmes sociaux.

    Maintenant qu'ils faut faire le virage énergétique pour ménager notre planète,nos chers voisins croient qu'en fermant leurs frontières,ils pourront produire,consommer et polluer comme avant. Petits cerveaux, vous dites...