CAQ: chimérique baby-boom

Pour pallier le problème démographique du Québec, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, propose de stimuler les naissances en accordant une aide financière accrue aux parents. Plus la famille serait nombreuse, plus l’aide serait généreuse. On peut douter de l’efficacité de cette mesure, d’autant plus que les fonds publics pourraient servir à de meilleures fins, dans les services de garde et les écoles.

Quand la CAQ s’avance sur le terrain des politiques familiales nous reviennent à l’esprit certaines propositions d’inspiration conservatrice de l’Action démocratique du Québec. En 2007, le défunt parti absorbé par la formation de François Legault y allait d’une promesse qui a séduit : une allocation hebdomadaire de 100 $ par enfant d’âge préscolaire pour les parents qui n’enverraient pas leurs enfants dans les services de garde subventionnés.

En plus de coûter des milliards, cette allocation aurait eu pour effet d’encourager les mères à rester à la maison, surtout les femmes dont les revenus de travail sont faibles.

C’est exactement ce que le programme de services de garde a cherché à contrer. Et c’est ce qu’il a réalisé. Le taux d’activité des Québécoises — leur présence sur le marché du travail — dépasse aujourd’hui celui des Canadiennes.

Dix ans plus tard, François Legault ne va pas aussi loin. Il projette de mettre, de diverses façons, « plus d’argent dans le portefeuille des familles » et plus encore dans le portefeuille des parents qui veulent avoir un deuxième ou un troisième enfant. Il s’agirait d’une allocation régulière et non pas d’un « bébé-bonus », c’est-à-dire une somme forfaitaire versée à la naissance d’un enfant.

C’est le gouvernement libéral de Robert Bourassa qui a introduit ce bébé-bonus à la fin des années 1980. À l’origine, l’État versait un montant forfaitaire de 500 $ à la naissance du premier et du deuxième enfant et 3000 $ pour le troisième enfant et les suivants. En 1992, c’est une somme de 1000 $ qui était accordée pour le deuxième enfant et de 8000 $ pour les suivants. Certains experts avaient jugé que les bébés-bonus avaient effectivement contribué à hausser le taux de fécondité des Québécoises. D’autres avaient conclu que l’effet n’était que temporaire.

Quoi qu’il en soit, ce type de programme présente le désavantage de considérer les femmes comme des génitrices au service de l’État. Aujourd’hui, une telle mesure ne manquerait pas de soulever de fortes réticences de la part de femmes actives sur le marché du travail — elles le sont presque autant que les hommes et sont plus instruites qu’eux, de surcroît.

Contrairement à ce que pense François Legault, ce n’est pas seulement l’aide financière directe qui peut inciter un couple à avoir un enfant et une femme à enfanter. Les motivations sont beaucoup plus complexes. Le programme de garderies subventionnées peut aussi s’inscrire dans une politique dite nataliste, tout comme le programme de congés parentaux. Dans les deux cas, ils facilitent grandement la vie des parents qui occupent des emplois, qui poursuivent une carrière.

Dans le discours qu’il a prononcé devant ses militants, François Legault a affirmé qu’il n’y avait pas « 50 solutions possibles » pour répondre au défi démographique auquel le Québec fait face. « Il y en a deux, l’immigration et la natalité », a-t-il dit. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’agit d’une simplification.

D’une part, l’immigration n’a pas d’effet, ou si peu, sur la démographie : les immigrants arrivent dans la trentaine et, s’ils ont parfois des enfants, ils ont aussi des parents qui viennent éventuellement les rejoindre. C’est un des mythes les plus répandus qui veut que l’immigration modifie de façon significative la pyramide des âges, bien qu’elle puisse pallier des besoins circonscrits de main-d’oeuvre.

D’autre part, il est illusoire de penser que les politiques natalistes, si tant est qu’elles soient efficaces, représentent une solution aux défis auxquels le Québec est actuellement confronté. De telles politiques ne donnent pas de résultats miracles, et leurs effets sont à long terme.

Et puis non, il n’y a pas que deux solutions, l’immigration et la natalité. Il y a aussi l’éducation — faire en sorte qu’un plus grand nombre de jeunes obtiennent non seulement un premier mais un deuxième diplôme. Et comme l’éducation commence dès la petite enfance, il faudrait s’assurer de la qualité des services de garde et faire davantage — et plus tôt — pour les enfants qui éprouvent des difficultés scolaires. Cela vaut mieux que d’appeler de ses voeux un chimérique baby-boom.

16 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 28 novembre 2017 02 h 52

    ... comment ?


    « Quoi qu’il en soit, ce type de programme présente le désavantage de considérer les femmes comme des génitrices au service de l’État. Aujourd’hui » (Robert Dutrisac, Le Devoir)

    De genre de programme, et des désavantages soulevés par la « critique », l’important est comme de savoir quelles seront les politiques-mesures susceptibles de l’appuyer ou selon !

    Avoir des enfants peut « stimuler » tout autant la démographie que l’Économie, mais comment ?

    Si, de ce comment, les moyens pour le réaliser rappellent ceux utilisés à l’époque de Duplessis-Léger, le Québec risque de s’enfarger !

    Oui, pour une vision nataliste incitative, mais …

    … comment ? - 28 nov 2017 -

    • Diane Gélinas - Abonnée 28 novembre 2017 17 h 46

      Monsieur Legault, qui préconise une politique de natalité identitaire à la Lucien Bouchard - i. e. de femmes blanches - devrait réaliser que la fécondité est bien plus répandue chez les Québécoises immigrantes que chez les Québécoises filles et petites-filles de familles de 20 enfants à tables.

      Le Québec a été peuplé par une natalité massive plus ou moins imposée par les curés au cours des siècles précédents. La devise "Je me souviens" est aujourd'hui plus cinglante dans la mémoire des femmes.

      http://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-noel/nous-

  • Clermont Domingue - Abonné 28 novembre 2017 05 h 34

    Chimérique...

    Je crois que vous avez tout faux ce matin monsieur Dutrisac.

    L"éducation n'augmentera pas la fécondité de nos femmes,pas plus que le travail à l'extérieur du foyer.Ces phénomènes modernes poussent les femmes à la liberté, pas à la maternité. A trente-cinq ans, quand l'alarme biologique sonne, plusieurs sont en train de manquer le bateau.

    Au moment du bébé- bonus de Gérard D. Lévesque,les jeunes femmes de ma classe se sont retrouvées avec de belles bédaines.Ces femmes étaient serbes.Leurs bébés sont-ils devenus canadiens ou québécois?

    C'est parce qu'on aime la vie qu'on fait des enfants, mais il faut aussi avoir conscience du temps qui passe. Étourdis, les Québécois ont cru qu'ils pouvaient faire faire leurs enfants par d'autres...

    Seul un changement de mentalité pourrait assurer notre durée, mais ce changement sera trop long...Les hommes meurent, les femmes meurent et les peuples meurent. Pourtant, nous pouvons aspirer à une certaine éternité. Je vois la mienne dans mes nombreux descendants. je vois celle de mon peuple dans le melting pot américain.

    • Solange Bolduc - Abonnée 28 novembre 2017 17 h 28

      Franchement, M. Domingue! «C'est parce qu'on aime la vie qu'on fait des enfants(...) Étourdis, les Québécois ont cru qu'ils pouvaient faire faire des enfants par d'autres...»

      Bien vous avez tout faux monsieur ! Faire un enfant ce peut être un prolongement de la vie, ce qui n'a rien à voir nécessairement avec la raison d'en faire ! Vous qualifiez d'étourdis ceux qui ont laissé le soin à d'autres d'en faire...la complexité des choses semble vous échapper pas à peu près...! Comment allez plus loin dans la discussion en ce cas?

    • Clermont Domingue - Abonné 29 novembre 2017 05 h 16

      A vous lire Solange, je comprends que notre mal collectif est plus profond que je ne le croyais.

      Je me trompais en voulant placer la discussion au niveau de la raison.Je n'avais pas saisi à quel point la vie est difficile ici, aujourd'hui.

  • Jean Lapointe - Abonné 28 novembre 2017 07 h 24

    L'indépendance ce serait encore mieux.

    «Contrairement à ce que pense François Legault, ce n’est pas seulement l’aide financière directe qui peut inciter un couple à avoir un enfant et une femme à enfanter. Les motivations sont beaucoup plus complexes. » (Robert Dutrisac)

    Monsieur Dutrisac a sûrement raison. Les Québécois francophones vivent dans un état d'insécurité depuis longtemps étant donné qu' ils se sentent, avec raison, menacés de disparition dans un Canada qui les considère de trop.

    Ce n'est pas pour rien qu' il existe un mouvement en faveur de l'indépendance du Québec. C'est entre autres pour être sûr que notre identité et notre culture ne vont pas disparaître.

    A ce moment-là je doute très fort que des aides financières puissent vraiment favoriser le taux de natalité.

    On ne fait pas d'enfants il me semble quand on n'est même pas sûr que son peuple va survivre.

    Par contre je suis porté à penser que si le Québec devenait indépendant cela encouragerait les jeunes parents à faire des enfants parce que l'avenir serait plus assuré. Et ils le feraient pour de meilleures raisons que des raisons financières.

    Ce ne serait pas suffisant en soi bien sûr. Bien d'autres facteurs seraient à prendre en compte mais ça pourrait sûrement jouer.

    Si François Legault est vraiment sincère quand il dit vouloir protéger l'identité québécoise, il devrait plutôt chercher des solutions aux problèmes qui font qu'elle est menacée plutôt que de compter sur une plus grande projéniture, ce qui serait loin d'être suffisant de toute façon.

    J'ai l'impression malheureusement que s'il dit préférer l'aide finan cière à l'indépendance politique c'est parce qu' il s'attend à ce que ce soit plus populaire dans l'état actuel des choses. Ce serait donc pour des raisons électoralistes qu'ils ferait une telle promesse.

    N'oublions pas que monsieur Legault a déjà été un souverainiste lui-même. Du moins c'est ce qu'il a prétendu. Pourquoi a-t-il changé d'idée? On ne le sait pas trop.

    • Jean-Paul Carrier - Abonné 28 novembre 2017 13 h 26

      Je ne crois pas que de faire l'indépendance du Québec serait un incitatif à la fécondité. Je ne vois pas un lien dû à l'insécurité de vivre au sein du Canada. Le goût d'avoir un pays est un besoin de s'autogouverner, de pouvoir faire nos lois en fonction de notre culture et de nos besoins qui ne sont pas toujours alignés avec ceux du grand Canada. Nous ne souffrons pas d'insécurité parce que nous ne sommes pas maîtres chez nous. Depuis 1791 les citoyens français du Québec se battent pour la survie de leur langue et l'autodétermination. Nous pouvons continuer, à défaut d'une indépendance, pendant encore très longtemps, nous sommes résilients.

      Pour ce qui est de la natalité, pour revenir à nos moutons, je connais plusieurs parents qui ont 3, 4 et même 5 enfants, à savoir dans ma propre parenté et amis. Cela dépend beaucoup plus à une philosophie de vie.

      Dans notre monde moderne, le goût et le désir de vivre pour soi-même sont souvent plus forts que le lien familial. Le choix du petit nombre facilite la vie. Il ne va pas sans dire, avoir plusieurs enfants nécessite des sacrifices personnels obligatoires et non seulement financiers. Avoir plusieurs enfants c'est s'oublier au profit de notre progéniture, ce qui n'est pas toujours le cas pour plusieurs. L'individu est de plus centré sur lui-même. Sur ce il n'y a pas de reproche à faire, c'est un choix de vie.

      Il y a de nombreuses raisons pour expliquer le phénomène actuel, qui n'est pas l'apanage de notre société québécoise. Je ne crois pas que ce soit seulement une question de moyen financier; pour certains peut-être, mais pas pour la majorité. C'est une question de culture des temps modernes.

    • Michel Blondin - Abonné 28 novembre 2017 15 h 54

      M Lapointe,
      De façon générale j'apprécie bien vos textes et votre pensée.
      L'idée de l'aide, de toute nature, aux couples n'est pas mauvaise en soi. Il faut intervenir pour faciliter le choix d'avoir des enfants. La question financière est parmi les obstacles... alors !
      Les programmes n'ont pas eu autant de succès ne veut pas dire qu’il n’est pas possible de l’améliorer, de persister. Ces programmes ne peuvent pas s’évaluer sans qu’il y ait une certaine stabilité. Ne rien faire n’est pas la solution.

      Si, par exemple, le salaire manquant (pas seulement les programmes d'assurance emploi) de la mère était assuré par l'État pendant un certain temps, l'obstacle financier, s'il en est un, serait annihilé.

      Et ceux qui n'en ont pas de salaire, seraient enclins à ne pas se décourager du coût financier d'avoir un enfant.

      Il ne faut pas mêler les affaires et regarder la situation telle qu'elle est — c'est la femme qui peut porter des enfants. Le choix peut être facilité. Pourquoi pas!
      Quant à Legault, c'est la drogue du pouvoir et son attrait.

      Passer à l'histoire comme premier ministre vaut plus qu'un petit million et même n'a pas de prix. Il pourrait porter le surnom de "Franchement L'ÉGO".

  • Monique Bisson - Abonné 28 novembre 2017 08 h 49

    Bonne analyse!

    Tout à fait d’accord avec vous M. Dutrisac. Avoir des enfants, c’est beaucoup plus que de donner naissance à des enfants : « Et comme l’éducation commence dès la petite enfance, il faudrait s’assurer de la qualité des services de garde et faire davantage - Et plus tôt - pour les enfant qui éprouvent des difficultés scolaires. Cela vaut mieux que d’appeler de ses vœux pieux un chimérique baby-boom. »

    Ces idées d’un autre siècle véhiculées par la CAQ ne berneront pas les femmes et les hommes du Québec d’aujourd’hui et de demain.

    Monique Bisson, Gatineau

  • Robert Aird - Abonné 28 novembre 2017 08 h 52

    La CAQ pas très inspirante

    Ce parti n'a que l'économie dans la bouche. Il n'y a pas une journée qui passe sans étude annonçant la catastrophe écologique et environnementale. Qu'en pense la CAQ? Rien ou si peu puisqu'elle n'en parle jamais. Mais attention, la CAQ mettra ''plus d'argent dans le portefeuille des parents.'' Moi, ce que j'en retiens, c'est qu'on ne peut compter sur des partis comme la CAQ pour assurer l'avenir et susciter l'espoir chez les nouvelles générations. En fait, ce parti me semble plutôt enlever le goût de faire des enfants.