Retour de Jean Charest: indolence festive

Pendant la plus grande partie de son mandat, le premier ministre Philippe Couillard a cherché à se distancier de l’ère Charest. Les squelettes libéraux du passé récent ne viendraient pas faire une danse de l’épouvante sous sa gouverne.

Lors des célébrations du 150e anniversaire du Parti libéral du Québec (PLQ), samedi soir, M. Couillard a consacré son alliance avec M. Charest, un homme dont la voracité en matière de financement politique a plongé le PLQ dans la tourmente. Quel revirement ! Quel mauvais calcul politique à moins d’un an des élections provinciales!

L’allocution de M. Charest réconfortera probablement la base militante, nostalgique des années grandioses de règne du PLQ. Elle inquiétera tous ceux qui, en dehors de la famille libérale, s’interrogent sur les valeurs morales du PLQ et sur sa capacité de résister à l’influence des affairistes. En fixant des objectifs de financement disproportionnés (100 000 $ par ministre) et en permettant à l’argentier bénévole Marc Bibeau de jouer un rôle surdimensionné dans son entourage politique, Jean Charest a jeté le discrédit sur le PLQ du temps où il était premier ministre. Il a fait courir à ses cabinets ministériels le risque de se placer en situation de conflit ou d’apparence de conflit d’intérêts par rapport aux firmes qui sollicitaient des contrats publics et qui soutenaient le PLQ. La tenue de la commission Charbonneau et l’enquête en cours de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur le financement du PLQ découlent de son indolence à mettre une distance entre le financement du parti et les affaires du gouvernement.

Bien sûr, M. Charest bénéficie de la présomption d’innocence. Bien sûr, la commission Charbonneau n’a trouvé qu’un lien « indirect » entre le financement politique et l’octroi des contrats publics au provincial, gracieuseté de l’incompréhensible dissidence du commissaire Renaud Lachance. Il n’en demeure pas moins que M. Charest est porteur d’un héritage toxique pour le PLQ.

Le Jean Charest qui s’est présenté hier, en pourfendant l’UPAC, les fuites médiatiques sur le projet « Mâchurer » et les reportages gonflés à l’hélium sur sa personne est le même qui, au plus fort de la crise sociale que fut le printemps érable, en 2012, suggérait d’expédier les étudiants au nord du Grand Nord. Il a droit à ses opinions. Si les libéraux en sont rendus à lui offrir une tribune, alors que l’UPAC n’a toujours pas achevé son enquête sur le financement du parti, c’est bien la preuve que la grogne au sein du caucus et la montée de la Coalition avenir Québec (CAQ) altèrent le jugement du premier ministre Couillard et de son entourage.

Sous Jean Charest, les libéraux ont fait campagne avec le slogan « Les deux mains sur le volant ». Ceux de M. Couillard roulent « sur le pilote automatique ».

33 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 27 novembre 2017 00 h 35

    des vendus

    jusqu'ou des politiciens sont près a aller pour gagner leurs élections, mon père aurait répondu, près a vendre leur âme au diable, comme le monde peut être désolent parfois

  • Patrick Boulanger - Abonné 27 novembre 2017 00 h 39

    « Il n’en demeure pas moins que M. Charest est porteur d’un héritage toxique pour le PLQ »?

    J'espère que l'histoire va donner raison au Devoir. Ce journal vient de mettre une partie de sa crédibilité dans la balance en soutenant cela.

    • Denis Drapeau - Abonné 27 novembre 2017 09 h 01

      Que voulez-vous dire au juste ? Que Jean Charest soit blanchi de toute acusation un jour ne change pas la donne. Aujourd'hui la majorité de l'électorat considère l'héritage de M. Charest comme toxique. C'est plus un fait qu'une opinion. En quoi l'affirmation d'un fait engage-t-il la crédibilité du journal ?

    • Jean-François Trottier - Abonné 27 novembre 2017 10 h 30

      M. Boulanger, cet héritage toxique est réel et ne peut en aucun cas être remis en question.

      C'est Charest qui a été obligé de déclencher la commission Charbonneau, et même si celle-ci n'est pas arrivée à des accusation claires envers le gouvernement, les suites au Ministères des Transport soulèvent clairement ce que la commission n'a pas pu trouver. Aucun doute, il y a eu de la magouille sous Charest, et celui-ci est soit coupable, soit responsable, sinon je ne comprends plus le sens du mot responsabilité.

      Pas besoin de la moindre accusation pour savoir que les gouvernements Charest ont été parmi les plus opaques de l'histoire du Québec.

      Sinon je ne comprendrais pas le slogan de Couillard, voulant se distancer de Charest : "Le gouvernement le plus transparent de l'histoire".
      On a vu depuis que Couillard ment comme il respire, mais il reste que l'héritage toxique de Charest existe.

      La crédibilité du journal, ou plutôt de M. Myles, serait en jeu s'il ne soulignait pas la disgrâce de la présence de Charest à ce Congrès. C'est bien le moins.

      Mais le faire est tout simplement du journalisme.

    • Patrick Boulanger - Abonné 27 novembre 2017 12 h 06

      @ M. Drapeau

      M. Drapeau, votre commentaire ne démontre rien. Il ne suffit pas d'affirmer que c'est un fait pour que cela en soit un.

      @ M. Trottier

      M. Trottier, il est fort possible que vous ayez raison. Cela dit, je me pose la question suivante : « les suites au Ministère des transports » prouvent quoi exactement selon vous? Je présume qu'il est question ici de l'affaire Poëti et du MTQ. Est-ce exact?

    • Denis Drapeau - Abonné 27 novembre 2017 13 h 44

      à Patrick Boulanger : A dit à B que C est un voleur. Si B affirme que C est un voleur c'est une opinion fondée sur du oui-dire. Si B affirme que A lui a dit que C est un voleur, c'est un fait en soie, que C soit voleur ou non. M. Myles ne dit pas que M. Charest est coupable, auquel cas une preuve serait nécessaire, mais que sont héritage politique est toxique et ça c'est un fait, peut importe que cette perception de la majorité de la population soit fondée sur des preuve ou des impressions. Une élection n'est pas un proçes, la simple perception peut vous être fatale. Ce fait méritait d'être relevé, d'autant plus que nous parlons ici de tratégie électorale.

    • Patrick Boulanger - Abonné 27 novembre 2017 22 h 00

      @ M. Drapeau

      M. Drapeau, je crois qu'il y a bel et bien une impression assez répendue au au sein de la population que l'héritage de M. Charest est toxique. Il est possible que cela soit un fait, mais cela reste à voir. Un sondage pourrait nous éclairer à cet égard.

  • Denis Paquette - Abonné 27 novembre 2017 01 h 02

    quel effronté

    il peut bien dire qu'il est un guerrier, quel être effronté, venir se montrer la face a une assemblée importante du parti libérale, il n'y a vraiment rien a son épreuve, il sait pourtant bien que le parti a essayé par tous les moyens de prendre ses distances de son règne, enfin, il y a de ces êtres qui sont près a tout pour nourir leur égo

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 27 novembre 2017 03 h 01

    ... fêter !?!

    « Sous Jean Charest, les libéraux ont fait campagne avec le slogan « Les deux mains sur le volant ». Ceux de M. Couillard roulent « sur le pilote automatique ». » (Brian Myles, Le Devoir)

    De cette citation, une inspiration :

    Peu importe la manière de conduire, ou de se conduire ?!?, la « machine libérale » s’arrêtera le jour où le réservoir d’essence (ou … d’autres combustibles) sera vide !

    Entre-temps, on-dirait que, parmi les passagers, certains « présomptueux d’innocence » adorent jouer dans les courbes, faire déraper et …

    … fêter !?! - 27 nov 2017 -

  • Jacques Morissette - Abonné 27 novembre 2017 04 h 11

    Le PLQ sent la soupe chaude.

    L'instinct politique de M. Couillard se limite à intimider l'adversaire. D'autre part, Marc Bibeau bénévole (?), où se situe donc son intérêt? Vous ne me ferez pas avaler ça...