La Fed aux républicains

Pour la première fois depuis 1979, un président de la banque centrale des États-Unis, la Réserve fédérale, n’aura pas eu droit à un deuxième mandat malgré la très bonne performance de l’économie. En choisissant l’avocat Jerome Powell au lieu de renouveler le mandat de Janet Yellen, le président Donald Trump répond à l’appel des républicains… et se fait plaisir.

Est-ce parce qu’il s’agit d’une femme ou parce qu’elle est identifiée au Parti démocrate ? Quoi qu’il en soit, l’économiste Janet Yellen n’aura occupé le poste très influent de présidente de la Réserve fédérale américaine (la Fed) que pendant quatre ans. Pourtant, la coutume voulait qu’un nouveau président des États-Unis, républicain ou démocrate, renouvelle au moins une fois le mandat du grand patron de la banque centrale pour rassurer les marchés.

Dans le cas de Donald Trump, c’est l’inverse : ce sont ses partisans conservateurs qu’il tient à rassurer quant à sa volonté de rebrasser les cartes à leur avantage.

Pour sortir de la grande récession qui a frappé le pays et le monde en 2008-2009, la Fed, alors présidée par Ben Bernanke, avait entrepris de baisser les taux d’intérêt jusqu’à zéro, et comme cela ne suffisait pas, de lancer une audacieuse opération dite « d’assouplissement quantitatif » par laquelle elle a injecté des centaines de milliards en argent frais en rachetant des obligations en circulation dans le circuit financier. L’opération s’est poursuivie sous la présidence de Mme Yellen, à tel point que la Fed se retrouve aujourd’hui avec un portefeuille de 4,200 milliards de dollars d’obligations qu’il lui faut maintenant écouler progressivement pour retirer cet argent d’une économie qui fonctionne à plein rendement.

Malgré la réussite de ces politiques, les élus républicains au Congrès n’ont eu de cesse d’accuser Mme Yellen de jouer à l’apprenti sorcier avec l’argent de la Fed. Pour eux qui préfèrent les baisses d’impôt à l’interventionnisme de la Fed, Janet Yellen devait être remplacée.

 

Parmi les successeurs possibles, deux candidats se sont démarqués jusqu’à la fin. Le premier, John Taylor, professeur d’économie à Stanford, défend l’idée que la Fed doit s’en remettre à une formule mathématique dans la détermination des taux d’intérêt. Ce que conteste l’actuelle présidente. D’ailleurs, soutiennent ses opposants, si la Fed avait suivi cette « règle de Taylor », le taux de base serait aujourd’hui de 3,5 % au lieu de 1,25 % et il y aurait quelques millions de chômeurs de plus.

Le New York Times rappelait cette semaine que le même M. Taylor avait prédit une flambée inflationniste dans la foulée de l’injection d’autant de milliards par la Fed, ce qui ne s’est pas produit.

C’est finalement Jerome Powell qui a été retenu pour succéder à Janet Yellen. Issu lui aussi du giron républicain et du milieu de la haute finance, il siégeait déjà au conseil de la Fed depuis sa nomination par le président Obama, en 2012. Selon les analystes, il aurait toujours appuyé les décisions de la majorité démocrate au conseil de la Fed en matière de réglementation et de fixation des taux d’intérêt.

Cela dit, malgré ses positions modérées, on prévoit que Jerome Powell accélérera le mouvement à la hausse des taux amorcé sous Janet Yellen et surtout qu’il donnera son appui au nouveau vice-président de la Fed responsable de la régulation bancaire, Randal Quarles, un ardent défenseur de la déréglementation des banques.

Il faut donc s’attendre à ce que la Fed, sous Jerome Powell, soutienne des propositions comme de permettre aux banques de détenir moins de capitaux propres en réserve, une mesure de prudence qui limite leur capacité de prêter et de faire des profits ; ou encore de recouvrer le droit de spéculer pour leur propre compte avec les dépôts de leurs clients.

On se souviendra qu’au moment de la crise, les employés de Goldman Sachs vendaient des produits financiers (subprimes) émis par leur propre institution en sachant qu’ils étaient contaminés par des hypothèques insolvables. Qui a dû racheter ces produits pour éviter l’écroulement du système financier ? La Fed, bien sûr.

Les dés sont jetés, Donald Trump a choisi. Un choix que les observateurs jugent raisonnable malgré tout. Le temps dira s’ils ont raison. Ce qu’il restera dans trois ans de la réglementation adoptée depuis 2009, on n’en sait rien. Ce que l’on sait cependant, c’est que l’influence des décisions prises par la Fed et le Congrès sous Donald Trump s’étendra bien au-delà du territoire américain.

4 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 3 novembre 2017 03 h 01

    «Les obérateurs»...(!)

    Ceinture et bretelles requises. Bref.

    JHS Baril

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 3 novembre 2017 08 h 46

    Je ne veux pas défendre Trump, mais il faut dire que Mme Yellen a 71 ans

    Un bon moment pour prendre une retraite bien méritée et écrire ses mémoires.

    • Pierre Robineault - Abonné 3 novembre 2017 16 h 36

      Agisme à l'oeuvre!

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 4 novembre 2017 16 h 28

      Selon vous, M. Robineault, John McCain devrait donc se représenter comme sénateur, lui qui a 80 ans et un cancer mortel.