Renouement obligé pour les Palestiniens

Déchirés depuis la quasi-guerre civile qu’ils se sont livrée en 2007, le Fatah et le Hamas font une nouvelle tentative de réconciliation. D’autres efforts de rabibochage ont échoué ces dernières années. Mais les astres sont cette fois-ci alignés de telle façon qu’il est permis de penser que la réconciliation pourrait enfin de concrétiser. À quelles conditions ? Cela reste à voir. Qu’il y ait perspective de détente suscite en tout cas des attentes immenses parmi les deux millions de Palestiniens emprisonnés dans Gaza — sans travail, sans électricité, sans avenir.

Pour eux comme pour les espoirs, si fuyants soient-ils, de dégel du processus de paix israélo-palestinien, il est nécessaire que cette réconciliation se matérialise d’une manière ou d’une autre.

Mardi, le premier ministre palestinien, Rami Hamdallah, a tenu le premier conseil des ministres à Gaza depuis 2014. Geste symbolique censé confirmer la reprise en main par l’Autorité palestinienne (AP) de la bande de Gaza contrôlée sans partage depuis dix ans par le Hamas — et dont les dirigeants ne cachent guère qu’ils en ont assez de gérer les affaires courantes de ce petit territoire exsangue.

Il faut dire que, depuis Ramallah en Cisjordanie, le président Mahmoud Abbas a mis le Hamas sous pression maximale ces derniers mois, réduisant les salaires des fonctionnaires de Gaza et les paiements de l’électricité fournie par Israël. Nonobstant ces pressions, le dessein est aujourd’hui manifeste au sein du mouvement islamiste de sortir de l’isolement et de réintégrer les institutions politiques palestiniennes qui constituent l’AP.

Ce qui n’exclut pas que la route est semée d’un grand nombre de risques et d’embûches, à commencer par ceux que soulève la fusion des forces de sécurité du Hamas et de l’Autorité. Acceptant de pacifier ses relations avec le Fatah laïque, le Hamas ne cesse pas d’être un mouvement de résistance armée ni ne s’engage d’emblée à reconnaître Israël.

Aussi, la droite israélienne au pouvoir a eu beau jeu ces dix dernières années de jouer sur les divisions palestiniennes pour renvoyer aux calendes grecques l’idée d’un État palestinien. Maintenant qu’un renouement pointe à l’horizon, elle ne se privera pas, comme s’est empressé de le faire mardi le premier ministre Benjamin Nétanyahou, de délégitimer d’emblée l’Autorité palestinienne au prétexte qu’elle rétablit les ponts avec une « organisation terroriste » acoquinée avec l’Iran. Preuve que, dans un contexte où il existe pourtant un solide consensus régional et international en faveur d’une réconciliation palestinienne, M. Nétanyahou demeure le plus grand empêcheur de tourner en rond qui soit.

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3 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 5 octobre 2017 11 h 07

    La finale de votre derniere phrase

    donne l'impression que Netanyahou est bon alors qu'il est le grand ennemi
    des Palestiniens.Israel doit se choisir un autre chef ouvert a la paix....

  • Jacques-André Lambert - Abonné 5 octobre 2017 13 h 16

    Bien mesurée, cette présentation.

    La mesure, justement.
    C'est ce qui manque le plus.

    Il faudra bien, un jour, que les frontières d'Israël soient fixées ailleurs que dans la Torah.
    Par "un solide consensus régional et international"?

    Mesures, donc. Et bonne foi.

    "Aucune réconciliation palestienne possible sans désarmement du Hamas", dit Nétanuahou.

    À cela les Palestiniens pourraient répondre: "Aucun désarmement du Hamas sans la fin des implantations en Cisjordanie et celle du blocus de Gaza".

    - Pourquoi ont-ils tué Rabin? Pourquoi ont-ils tué Rabin?

  • Bernard Terreault - Abonné 5 octobre 2017 14 h 02

    Une énormité

    Je vais proférer une énormité. Ces deux religions monothéistes, judaïsme et Islam, se réclamant d'ailleurs toutes deux du même Dieu et du même Abraham, sont tellement absolutistes et convaincues de détenir l'absolue vérité qu'elles conduisent au fanatisme. Juifs contre musulmans, chiites contre sunnites, cela n'en finit plus. Le christianisme, issu de cette même tradition, a aussi connu de terribles guerres de religion au 16ième siècle, mais l'Europe a heureusement connu ensuite le Siècle des Lumières et progressivement abandonné le fanatisme religieux, mouvement de libération auquel ont d'ailleurs participé les Juifs éclairés d'Europe et d'Amérique. Mais le retour des Juifs au Proche-Orient les a ramenés à l'absolutisme ancien.