Metro-Jean Coutu: un mariage d’adultes

L’acquisition du Groupe Jean Coutu par Metro au coût de 4,5 milliards arrive au bon moment. Mais tout bouge tellement vite dans le commerce de détail que rien ne garantit la croissance à long terme de cette nouvelle entité.

Depuis que Québec impose des règles plus strictes aux pharmaciens propriétaires, le Groupe Jean Coutu (GJC), qui fabrique et distribue une vaste gamme de produits génériques à des centaines de franchisés, se voit ralenti dans son développement.

Ce facteur a certainement joué dans la décision de son fondateur, aujourd’hui âgé de 90 ans, de vendre l’entreprise à Metro, qui est déjà propriétaire des pharmacies Brunet et Drugs Basics (Ontario).

Puis il y a le fait que GJC a atteint la « maturité » à cause de ses possibilités d’expansion restreintes au Québec et hors Québec.

Au cours des dernières années, le marché des produits pharmaceutiques a été l’objet d’une importante rationalisation. Jean Coutu s’est cassé les dents une fois déjà aux États-Unis et le marché canadien est déjà largement occupé par des géants comme McKesson (Uniprix et Proxim), Loblaws (Shoppers Drug Mart et Pharmaprix) et Sobeys.

Il faut rappeler que le GJC ne possède pas de pharmacies puisqu’il faut être pharmacien soi-même pour devenir propriétaire d’un tel commerce au Québec. En revanche, GJC détient souvent l’immeuble qui abrite les franchisés propriétaires qu’il approvisionne à hauteur de plus de 90 % à partir de son nouveau centre de distribution de Varennes.

Quant à Metro, elle fait aussi face à la difficulté d’étendre ses activités ailleurs au pays depuis que Sobeys (IGA) a acquis Safeway en 2013 au coût de 5,4 milliards. Et n’oublions surtout pas Walmart, dont les tentacules s’étendent désormais à la pharmacie et à l’alimentation.

En acquérant Jean Coutu, Metro consolide ses parts du marché de détail au Québec et met la main sur un segment tout à fait complémentaire en plus d’être une source de liquidités permanente.

Pour le Québec, il va sans dire que le maintien de ces sièges sociaux est une très bonne nouvelle malgré l’inévitable phase de rationalisation qui vient. Metro ayant choisi de centraliser la distribution des produits pharmaceutiques aux installations de Jean Coutu à Varennes, des centaines de postes seront abolis avec la fermeture de McMahon, distributeur des pharmacies Brunet. Metro doit donc tout faire pour minimiser les effets négatifs de cette fusion sur ses employés, il en va de sa réputation.

Cela dit, si cette transaction est la bienvenue dans le contexte actuel de la concurrence, elle n’est pas, en elle-même, un gage de succès pour l’avenir. Le marché du détail est frappé de plein fouet par la révolution Internet.

L’entente intervenue récemment entre le gouvernement Trudeau et Netflix laisse craindre le pire pour les commerçants, qui doivent affronter des multinationales étrangères comme Amazon. De plus en plus de produits vendus traditionnellement dans les pharmacies et les supermarchés sont aujourd’hui disponibles en ligne à prix inférieurs, sans frais de livraison et parfois même sans taxes.

Metro et GJC risquent de perdre rapidement des plumes si elles ne prennent pas à leur tour un virage Web approprié à leur secteur. Espérons que les gouvernements, celui d’Ottawa en particulier, sauront les appuyer en évitant à tout le moins d’accorder des privilèges fiscaux et réglementaires à tous les Netflix et Amazon de ce monde qui leur font les yeux doux.

2 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 4 octobre 2017 00 h 50

    Pas des privilèges fiscaux!

    Ce n'est pas une bonne nouvelle pour les consommateurs du tout. Les fusions rendent les entreprises trop grandes et en accaparant le marché, ses conglomérats peuvent imposer les prix qu'ils veulent avec impunité. De plus, «La rationalisation» est un joli euphémisme pour la perte des emplois!
    Il faudrait que les deux paliers des gouvernements exigent que les Netflix et les Amazon de ce monde paient leur juste part d'impôt comme les autres.

  • Yvon Bureau - Abonné 4 octobre 2017 14 h 09

    Humour

    Notre ami Jean Coutu va peut-être amener chez Métro des sacs de plastique FACILES à ouvrir, lors des achats de fruits, légumes .... !!! Comme chez IGA !