Tuerie à Las Vegas: la tête dans le sable

C'était « un malade, un fou », a déclaré Donald Trump mardi matin, avant de s’envoler pour Porto Rico, sinistré par l’ouragan Maria. Mais encore ? Pas question pour lui, évidemment, d’émettre même une esquisse de point de vue sur l’enjeu que représente la circulation incontrôlée d’armes à feu aux États-Unis, alors que tout le problème est pourtant là. Lundi, sa porte-parole Sarah Sanders s’est insurgée contre la « politisation » de la tuerie qui a fait dimanche au moins 59 morts à Las Vegas aux mains du tireur « fou », Stephen Craig Paddock — tout en estimant que « la dernière chose à faire serait de créer des lois qui n’empêcheront pas ce type d’événement de se produire ».

Dans l’art du mensonge et du déni de responsabilité, les républicains agenouillés devant la National Rifle Association (NRA) sont depuis longtemps passés maîtres, s’agissant de défendre l’indéfendable au nom du deuxième amendement de la Constitution américaine sur le droit de détenir une arme.

« 477 jours. 521 tueries de masse. Zéro action de la part du Congrès », titrait le New York Times en éditorial. De Colombine à Las Vegas en passant par l’école élémentaire Sandy Hook et le Pulse à Orlando, la majorité des Américains, répètent les sondages, acceptent pourtant que le remède passe par un meilleur contrôle des ventes d’armes, à commencer par celles de fusils d’assaut comme le trop populaire AR-15.

Par un épouvantable détournement du processus politique, il se trouve aujourd’hui que le Congrès à majorité républicaine est inféodé à la NRA, laquelle a fait des contributions financières aux campagnes électorales de 49 des 100 membres du Sénat et de 258 des 435 élus de la Chambre des représentants.

Est-il trop cynique de penser que la NRA a intérêt à voir de telles tragédies se produire ? Aussi décourageant que ce soit, le fait est qu’une tuerie a tendance à stimuler les ventes des fabricants d’armes auprès de ces Américains qui pensent qu’à s’armer davantage, ils sont mieux protégés. Suivant cette logique, la tuerie de Las Vegas ne sera ni la dernière ni la plus meurtrière à survenir aux États-Unis.

Les États-Unis sont de loin le pays occidental où le nombre de meurtres par balle est le plus élevé. Si l’énigmatique M. Paddock est le « fou » qu’il pense, M. Trump pourrait au moins avoir la cohérence de mettre en oeuvre des mesures visant à empêcher les gens qui ont des problèmes de santé mentale de se procurer des armes — tel que l’avait proposé l’ex-président Obama dans la foulée de la tuerie de Sandy Hook, en 2012, mais que le Congrès républicain avait refusé d’envisager. Mais c’est probablement trop attendre d’un homme qui, en campagne, avait invité ses partisans à prendre les armes pour empêcher Hillary Clinton d’être élue.

4 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 4 octobre 2017 07 h 50

    Vivre libre ou mourir


    « Vivre libre ou mourir » dans ce pays qui a pris les armes pour faire la révolution et se libérer. On se demande alors ce qui différencie les États-Unis de la France, par exemple, qui elle aussi a fit la révolution pour chasser les rois. Probablement un individualisme exacerbé qui crée davantage de solitude d’individus laissés à eux-mêmes. S’il n’était pas terroriste alors il était sûrement fou. Et il semble qu’il soit beaucoup plus dangereux d’être fou aux États-Unis. En chaque étatsunien sommeille peut-être un monstre d’égoïsme narcissique qui veut conquérir l’histoire tout comme c’est la motivation essentielle du pays qui l’a mis au monde. Les États-Unis souffrent de plus en plus de cette grandiosité extrême, symptôme de leur dépression. Il semble donc que l’inconscient collectif puritain étatsunien n’arrive plus à contenir le goût libertarien exacerbé de la volonté de puissance et que nous assistions de plus en plus souvent à des immenses retours du refoulé.

    « Jamais assez ». Aux États-Unis, on aime pas seulement les armes à feu, on aime dépasser les autres en se dépassant, on vise toujours plus haut toujours plus loin, on chasse les records, dans le sublime de la vie comme dans la pire horreur de la mort.

    Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 4 octobre 2017 17 h 41

      Je sais que c’est populaire au Canada de dire que ce sont les armes qui sont la cause de ce carnage aux États-Unis. Stephen Paddock, qui était un joueur invétéré, n’avait pas de dettes (il était multi-millionnaires). Il n’avait rien contre les casinos, sinon en aurait fait ses premières cibles. Si c’est une maladie mentale, celui-ci n’aurait pas organisé des semaines à l’avance, un scénario aussi complexe que difficile à exécuter (voir le DSN).

      Il reste deux raisons probables. Une qui a été avancée est celle d’une gauchiste à l’extrême. J’en doute fort dans son cas. C’est plutôt le contraire.

      La seule raison logique est la radicalisation, pour quelques soient les raisons, de ce M. Paddock. C’est une action terroriste du groupe djihadiste de l’EI par l’intermédiaire d’un loup qui n’était pas solitaire dans ce cas ici. La logistique est trop compliquée pour que ce soit le fait d’un seul homme. C’est embarrassant pour les Américains et Donald Trump de le dire ouvertement. En fait, il n’y a aucune défense contre ce type d’attaque. Cherchez la femme…

  • Colette Pagé - Inscrite 4 octobre 2017 09 h 05

    Un peuple violent !

    Ce second amendement devenu l'argumentaire phare pour ne pas réglementer les armes à feu passe désormais avant la protection de la vie humaine.

    Se pourrait-il que les Pères fondateurs n'aient pas imaginé la dérive meurtrière découlant de cette disposition de même que l'interprétation libérale qu'en fait la Cour suprême.

    Que dire des liens unissant les membres du Congrès avec la NRA, un organisme qui contribue financièrement aux campagnes électorales et qui a comme conséquence de baillonner les élus.

    Et ce n'est certainement le Président bagarreur de ruelles qui prendra l'initiative de resserrer les contrôles. Il fallait le voir à l'écran faire le geste de tirer lorsqu'il a utilisé le terme "fired" à l'encontre des joueurs de football qui en réaction au comportement vengeurs des policiers envers les noirs se sont agenouillés durant l'hymne national.

    Un Président qui déclarait sans ambages que même s'il assassinait une personne dans les rues de New-York qu'il serait élu.

    Que dire de ces parents chargés de l'éducation de leurs enfants qui à l'occassion de leur anniversaire leur offrent des cours de tir ou pour faire différent une chirurgie esthétique pour une augmentation mammaire.

    Pour utiliser un terme à la mode disons que les États-Unis sont mal barrés et que le monde n'en a pas fini avec ces assassinats.

  • Pierre Fortin - Abonné 4 octobre 2017 10 h 28

    Mais l'Esprit des lois ?


    Le deuxième amendement de la Constitution américaine se lit comme suit : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. » (15 décembre 1791)

    Le droit de porter des armes y est explicite et formel, mais on en oublie trop souvent la prémisse : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre [...] ». Il me semble que le sens originel de cet amendement est détourné pour ne considérer que le droit absolu du port d'arme en oubliant la nécessaire sécurité de l'État, sa raison d'être. Or le nombre d'homicides auquel mène ce droit inaliénable du port d'arme est devenu tellement important (de l'ordre de 30 000 chaque année) qu'il en vient à mettre en péril la sécurité de l'État.

    Si l'Esprit de la loi est fondé sur la nécessité de la sécurité de l'État, il y a incohérence si on considère les hécatombes qui déciment la population. Et je doute fort que les Pères fondateurs de la Constitution auraient formulé cet amendement ainsi s'ils avaient pu prévoir ce qu'il en adviendrait.

    La logique qui fonde les arguments de la NRA, reposant sur l'interdiction totale de limiter le port d'arme, serait à peu près la même si General Motor ou Ford exigeait la disparition des limites de vitesse sur les routes puisque certains des véhicules qu'elle fabrique peuvent rouler à plus de 200 km/h.