La réforme mal barrée

Dans son dernier rapport, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, constate une nette progression des plaintes à la suite de la réforme entreprise par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette. La centralisation bureaucratique au coeur de la réforme a entraîné « un nivellement par le bas » en matière de soins à domicile, un service que le ministre a eu tort de négliger dans un contexte de vieillissement de la population.

La protectrice du citoyen souligne dans son rapport qu’entre 15 % et 18 % des personnes âgées de 65 ans et plus ont besoin de services d’aide à domicile. Or, au Québec, seulement 8,6 % de ces personnes âgées ont la chance d’obtenir une forme de soutien à domicile. En dépit de l’objectif gouvernemental de fournir cette aide à 10 % des personnes âgées d’ici 2020, elles sont moins nombreuses à y avoir eu droit l’an dernier, une aberration compte tenu de la hausse du nombre de personnes qui requerraient des soins à domicile. Qui plus est, on a rogné sur la durée des interventions.

Créés par la réforme Barrette, les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), regroupant des établissements qui appliquaient différentes normes en matière d’offre de soins à domicile, se sont évertués à « égaliser » cette offre. Dans une logique managériale, quoi de plus simple que d’opter pour le plus petit dénominateur commun, c’est-à-dire imposer les balises les plus chiches. C’est ce que Marie Rinfret entend par « nivellement par le bas ». La pratique est connue : Raymonde Saint-Germain, avant elle, avait observé le même phénomène à pareille date l’an dernier.

Derrière ces statistiques, ce sont des personnes âgées en chair et en os qui sont lésées, victimes de coupes inadmissibles dans des services déjà sévèrement rationnés. Il y a cette personne atteinte de sclérose en plaques qui avait besoin d’aide pour son bain et dont le service a été supprimé. Ou encore cette dame atteinte d’Alzheimer pour qui les nouvelles balises ont signifié une réduction des heures auxquelles elle avait droit.

Ce que la multiplication des plaintes trahit, c’est que le soutien et les soins à domicile sont nettement sous-financés au Québec. En 2001, la commission Clair en faisait une priorité. Sous l’influence de son ministre de la Santé, le Dr Réjean Hébert, le gouvernement Marois avait envisagé d’instaurer une assurance autonomie dotée d’une enveloppe de 1,4 milliard. Pour les seuls soins à domicile, le ministre calculait qu’il faudrait consacrer au moins 500 millions de plus par an, de façon récurrente. C’était la seule façon, selon lui, d’éviter l’explosion des coûts engendrés par les personnes âgées qui engorgeraient l’urgence ou se retrouveraient dans les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD).

Avec Gaétan Barrette, on est loin du compte. Ainsi, en trois ans, le budget alloué aux soins à domicile s’est accru de 138 millions, une moyenne de 46 millions par an ; les besoins en commanderaient trois fois plus. Or, si le ministre n’avait pris que le quart des 2 milliards par an consentis aux médecins en hausse de leur rémunération, le compte y serait. C’est une question de priorité : le gouvernement Couillard a choisi de consolider l’opulence des médecins plutôt que d’assurer le bien-être des personnes âgées. Vu sous cet angle, c’est indécent.

Du rapport de la protectrice du citoyen, le ministre a dit, non sans arrogance, qu’il s’agissait de cas isolés. Oui, il s’agit de personnes bien réelles. Mais il faut faire preuve d’une cécité que seule la mauvaise foi peut provoquer pour ne pas voir au-delà. C’est le ministre lui-même, d’ailleurs, qui apparaît de plus en plus comme un cas isolé.

10 commentaires
  • Normand Carrier - Abonné 30 septembre 2017 07 h 18

    On paie chèrement l'erreur ....

    Le docteur Hébert préconisait continuellement les soins a domicile comme solution prioritaire pour désengeorger les urgences et les hopitaux .... C'était selon lui la solution en amont pour prévenir une exploson des coût en soins de santé pour une société vieillissente comme au Québec ... Il fallait ajouter $500 million par année de facon récurrente .....

    Qu'ont fait nos deux médecins de service au service des médecins ? Ils ont coupé $8 milliard dans les budgets les deux premières années de leur mandat et ont enrichi les médecins au point ou ils dépassent l'Ontario et sont les mieux payés au pays ..... Nos deux docteurs sont d'une arrogance et d'une mauvaise foi a faire frémir et rien ne les arrête dans leurs mensonges et leurs sophismes ....

    C'est le prix que tous les contribuables paient pour avoir fait le mauvais choix au dernière élections et les réformes Barrette ne fait que commencer a nous dévoiller tous leurs ravages .... Il n'y a qu'une classe de gagnant dans ce système ou tous y perdent et ce sont les médecins choyés par nos deux médecins élus sous de fausses représentations .... Nous en payons chèrement le prix .....

  • Denis Paquette - Abonné 30 septembre 2017 08 h 01

    quel êre tordu

    pour voire si abandonner son droit de gérence est une bonne chose, peut être faut-il demander au députés de quiter leur poste, quel ère tordu

  • Hélène Gagnon - Abonné 30 septembre 2017 08 h 23

    Une très forte augmentation de plaintes bien fondées

    Dans le secteur de la santé, la très forte augmentation de plaintes bien fondées auprès du Protecteur du citoyen traduit, non pas des cas isolés, mais une dégradation importante dans la qualité des soins aux personnes hébergées dans les établissements de santé et particulièrement en CHSLD. On s'attendrait à ce que des mesures soient prises dans les plus brefs délais pour corriger la situation. Il y a bel et bien nivellement par le bas et négligence. Ce sont des êtres humains qui en souffrent.

    Hélène gagnon, abonnée

  • Clermont Domingue - Abonné 30 septembre 2017 09 h 47

    Préparons-nous.

    Considérant les attaques des USA contre l'économie du Québec, considérant le vieillissement de notre population, considérant l'opposition des contribuables aux augmentations de taxes et d'impôts et considérant que notre gouvernement favorise les tits amis et les bien nantis; préparons-nous à payer de notre poche les services dont nous aurons besoin quand nous serons plus vieux.

    Pour les vieux sans ressourse, il y a l'aide à mourir.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 30 septembre 2017 12 h 25

      Je crains vraiment que votre commentaire à l’effet que ''pour les vieux sans ressources, il y a l’aide à mourir’’ devienne éventuellement plus réaliste qu’on aurait tendance à le croire. Pas très rassurant.

    • Marc Therrien - Abonné 30 septembre 2017 15 h 17

      En ajout à madame Lapointe, pas très rassurant en effet quand on pense que pour redresser radicalement une situation qui se détériore, ça ne prend pas de doux moyens. Une chirurgie réparatrice visant à prolonger la vie fonctionnelle implique toujours un bon niveau de douleur.

      Marc Therrien

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 septembre 2017 09 h 57

    … Ré-Humanisation du MSSS/RSSS !

    « le gouvernement Couillard a choisi de consolider l’opulence des médecins plutôt que d’assurer le bien-être des personnes âgées. Vu sous cet angle, c’est indécent. » (Robert Dutrisac, Le Devoir)

    De facture certes « indécente » et se rappelant, ce genre de « choix », relevant de la pensée-action de type néo-libéral, se traduit, en Santé et Services sociaux d’exemple cité, par une, ou plusieurs ?!?, philosophie-vision d’approche-démarche mercantile et utilitaire, et ce, doublée d’un regard biomédical des « clientèles-cibles » qui, devenant, soudainement ?, des citoyens à desservir, sont perçues comme des unités administratives plutôt comme des personnes humaines, d’abord avec le monde.

    De ce genre de « traduction » et pour éviter sa reproduction « constante », ce Gouvernement demeure comme invité à repenser sa manière de percevoir ses « clientèles », de valoriser la ré-humanisation relative à la prestation de Services, et, d’effets honorables, de gérer le Système de la Santé et Services sociaux.

    De plus, et pour la faire « bouger », est-il audacieux d’inviter la présente Gouvernance à proposer et asseoir des mesures susceptibles de :

    A Dépolitiser, d’exemple, la Santé et Services sociaux ;

    B Mettre en place une Commission nationale permanente indépendante et apolitique de la Santé et Services sociaux dont son mandat relèvera du monde de la Promotion-Vigilance (Besoins-Intérêts-Droits), et ;

    C procéder, rapidement et sans bavures, tout autant à la Nationalisation des effectifs biomédicaux qu’à la …

    … Ré-Humanisation du MSSS/RSSS ! - 30 sept 2017 -