La victoire de Boeing contre Bombardier

Rien ne va plus chez Bombardier ! Tant du côté de l’aéronautique que du transport ferroviaire, la multinationale accumule les tuiles. Certaines sont accidentelles, d’autres pas, telles ces accusations de corruption à l’encontre d’un de ses employés en Suède. L’avenir de la compagnie viendra-t-il de Chine ?

La décision intérimaire du département du Commerce des États-Unis est tombée : Bombardier devra payer des droits compensateurs préliminaires de 220 % sur chaque avion de la CSeries vendu aux États-Unis. Aussi bien dire que la CSeries est chassée du pays de Donald Trump, et Ottawa a tout à fait raison de mettre fin aux discussions avec Boeing pour l’acquisition d’avions de chasse Super Hornet.

Depuis la vente, l’an dernier, de 75 unités du modèle C100 à Delta Air Lines, Bombardier fait du surplace. Et même cette vente à Delta risque maintenant de tomber à l’eau. Pourtant, tous les experts s’entendent pour dire que le produit est excellent, plus silencieux et plus économique en carburant que ses concurrents.

Au coeur du litige, il y a l’aide fournie par les gouvernements du Canada et du Royaume-Uni. Et comme pour le bois d’oeuvre, même si Bombardier a encore la possibilité de sortir gagnante devant la Commission du commerce international appelée à rendre une décision finale, le temps joue contre elle et tout acheteur potentiel.

Quant à l’autre grande composante du conglomérat, Bombardier Transport, dont la Caisse de dépôt détient 30 % du capital acquis en 2015 au coût de 2 milliards, elle se retrouve isolée à cause de la fusion annoncée hier de ses deux concurrents européens, Siemens et Alstom.

Il y a quelques semaines encore, la rumeur voulait que ce soit Bombardier qui fusionne ses activités avec celles de Siemens. Or, il semble que les gouvernements de la France et de l’Allemagne soient intervenus pour encourager le regroupement des forces européennes devant la montée en puissance de la Chine et la politique protectionniste de Donald Trump.

Les choses ne vont pas bien pour Bombardier Transport, dont le siège social est à Berlin. Critiquée pour son incapacité à respecter les échéances un peu partout, notamment à Toronto et à Montréal, la compagnie vient de voir un important contrat lui échapper à New York. Et comme si cela n’était pas assez, la voilà mêlée à une histoire de corruption impliquant l’un de ses employés en Suède. Les autorités suédoises laissent même entendre que la haute direction de Bombardier était au courant du problème.

Bombardier joue gros dans cette affaire puisqu’elle pourrait se voir exclue des appels d’offres de la Banque mondiale qui finance une large part des projets d’infrastructures de transport dans les pays en développement.

La question qui se pose aujourd’hui est simple : Bombardier survivra-t-elle aux attaques dont elle est victime de toutes parts, y compris de l’intérieur, où on ne compte plus le nombre de mauvais pas ?

Après avoir obtenu l’aide plusieurs fois milliardaire de tous les gouvernements, l’avionneur semble se tourner de façon désespérée vers la Chine pour vendre ses appareils, ou pour se vendre lui-même. Que restera-t-il de ce joyau de l’industrie canadienne dans dix ans ? Pour les spéculateurs qui ont fait grimper l’action de 6 %, hier, malgré les mauvaises nouvelles, l’avenir réside dans une acquisition par un gros joueur, sans doute propriété du gouvernement chinois. Avouons qu’il est difficile de s’en réjouir.

5 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 27 septembre 2017 06 h 39

    La réalité de la réalité est-elle celle nécessairement de Trump?

    Bombardier devrait peut-être se dire, avec un tant soit peu d'objectivité: On récolte ce qu'on sème. En tous les cas, la plupart du temps c'est le «feeling» que j'ai quasiment chaque fois que j'entends parler de cette multinationale. Point de vue gestion et compétence, c'est une entreprise familiale, même au niveau de l'aide gouvermentale, sous certains aspects. Je dis cela au hasard de ce que j'entends souvent de la part des médias. J'ai l'impression que dans ce milieu, la cour est petite et qu'il y a une certaine forme de protectionnisme, pour essayer d'être à la hauteur de quelque chose qui dépasse outre-mesure.

    Quant à Boing j'ai entendu Justin Trudeau dire que c'est très rare qu'une entreprise agit ainsi envers un compétiteur. À quoi s'attendre d'autre, en tenant compte du protectionnisme d'un Donald Trump aux États-Unis. Comme si Boing et toutes les autres entreprises du genre ne bénéficient pas de subventions gouvernementales, d'une manière ou d'une autre. À bien des points de vue, Donald Trump pense que les USA sont un «très» gros joueur dans le monde. Pas sûr qu'on peut se faire une idée réaliste juste à partir de ce que certains gros joueurs en pensent ou en disent?

    Au fond, le mandat de Donald Trump est dans sa tête. Il repose sur l'idée médiatique qu'il se fait de la place qu'occupe les États-Unis dans le monde. A-t-il raison de penser cela, avec son petit côté protectionniste, à la présidence des USA, en sous-entendant que l'idée qu'il se fait des USA est la réalité? De fait, ceux qui pensent comme ça, se font une idée tronquée d'une Amérique essentiellement forgée par les médias, alors que les inégalités et la pauvreté de ce pays sont omniprésentes sous les radars. Avec son attitude, ce Donald Trump me démontre qu'il existe aussi, indépendamment de l'idée du portefeuille, une certaine pauvreté d'esprit.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 27 septembre 2017 08 h 01

    Que fera la Caisse de dépôt?

    En ce qui concerne Bombardier Transport, vous écrivez que la Caisse de dépôt détient 30 % du capital acquis en 2015 au coût de 2 milliards. Comment la Caisse de dépôt voit-elle maintenant sa participation actuelle et quel rôle jouera-telle dans les négociations s'annonçant entre la Chine et Bombardier Transport? Augmentera-t-elle son investissement? Que fera le gouvernement?
    Normalement, un investissement aussi important dans une énorme compagnie entraîne une prise de contrôle par l'investisseur. Il semble que ce ne soit pas le cas ici, les actions multivotantes détenues par la famille Bombardier lui assurant encore le contrôle. Elle aussi, que fera-t-elle? À quels sacrifices faudra-t-il s'astreindre ?

    • Jean Richard - Abonné 27 septembre 2017 09 h 24

      Imaginons un scénario plausible...

      Le salut de Bombardier Transport passe par la Chine. La Caisse de dépôt de son côté ne connaît pas de frontières. Que le siège social de Bombardier quitte l'Allemagne pour s'installer en Chine, ou plutôt pour disparaître totalement, ce n'est pas important pour elle.

      Il y a fort à parier que la CDPQ montrera la voie à suivre et que le matériel roulant retenu pour son futur réseau de trains de banlieue, le REM, soit bel et bien chinois. C'est écrit quelque part dans le ciel que les trains du REM ne seront pas construits à La-Pocatière comme ceux du métro. À Québec comme à Ottawa, on s'en frottera les mains en disant que c'est un projet privé (même si on va y consacrer quelques milliards d'argent public). Et de toutes façons, Bombardier La-Pocatière ne serait jamais capable de livrer à temps du matériel roulant avec lequel elle n'a pratiquement aucune expérience. On n'a même pas terminé la livraison des voitures du métro de Montréal.

  • Raynald Rouette - Abonné 27 septembre 2017 08 h 30

    La loi impitoyable de la concurrence!


    Les États-Unis ne sont pas une démocratie comme ils le prétendent...

    Ils sont plutôt une triple dictature: à la fois économique, militaire et politique (à l'internationale). Ils dominent le monde dans leurs seuls intérêts.

    Ils sont les plus forts, donc ils font la loi partout où ils sont et où ils passent.

    Le chaos dans lequel se trouve aujourd'hui le monde, est causé par eux, déclenché par une guerre totalement inutile celle de l'Irak.

    Peu importe qui utilisera le nucléaire le 1er, il faudra identifier les USA comme le principal responsable.

  • Nicole Delisle - Abonné 27 septembre 2017 11 h 55

    Boingt risque de perdre gros!

    Qui voudra faire sérieusement des affaires avec cette compagnie? En voulant écraser
    ses adversaires qui font mieux que lui, sa crédibilité en prend tout un coup! S'il se plaint à chaque fois qu'une compagnie sérieuse plus ingénieuse que lui l'affronte, il démontre des faiblesses évidentes de gestion. Sans compter les emplois qu'il fait perdre à des travailleurs de chez lui. L'avenir risque d'être difficile pour lui car déjà certains contrats sont remis en question par certains pays. Une perte de confiance s'installera à coup sûr! Le plus touché par cette décision n'est peut-être pas celui que l'on pense! À vouloir jouer le matamore, il risque d'y perdre des ailes pour longtemps! Pas très brillant pour une compagnie de cette envergure! On dirait qu'elle est dirigée par des amateurs gestionnaires de bien piètre qualité! Avec des tactiques aussi déloyales, plus personne ne devrait faire affaire avec elle! J'espère que tous les pays auront compris...