Hausse de la rémunération des médecins: l’étalement rattrape Barrette

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) est parvenue à une entente de principe avec le Conseil du trésor, entente qui est présentement soumise au vote de ses membres. Après des années de rattrapage qui leur ont permis de gonfler leur rémunération, les 9350 médecins généralistes qui facturent à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) se partageront plus de 620 millions pour l’année en cours et les deux prochaines années. C’est substantiel. Or l’essentiel de cette somme ne contribuera pas à l’amélioration des soins de santé. C’est déplorable.

Après avoir pelleté par en avant, une opération que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, avait désignée sous le vocable d’étalement, il vient un temps où il faut régler la note. C’est en partie ce que le gouvernement fait avec l’entente de principe signée avec la FMOQ.

Pour combler l’étalement négocié en 2014, les médecins omnipraticiens encaisseront en trois ans un montant forfaitaire de 620 millions, soit en moyenne 66 000 $ par médecin. D’autres sommes liées à l’étalement, de l’ordre de 463 millions, sont prévues de 2020-2021 à 2023-2024.

En outre, la FMOQ soutient qu’il subsiste toujours un écart de rémunération entre les omnipraticiens du Québec et ceux de l’Ontario. Comme, selon toute vraisemblance, les médecins spécialistes ont rattrapé leurs pendants ontariens et seraient même mieux payés, les médecins généralistes au Québec déplorent l’écart qui s’est accru avec leurs confrères spécialistes. Or, les parties se sont entendues pour mandater l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) afin qu’il mène une étude sur ces écarts. La FMOQ se réjouit que le gouvernement ait accepté de participer à un processus pouvant mener à l’arbitrage sur la base de cette étude. Le syndicat table donc sur une autre vague de rattrapage.

C’est inquiétant. Si le gouvernement Couillard a dû négocier l’étalement des hausses consenties aux médecins depuis le début de la décennie, des augmentations de plus de 50 %, c’est que l’État n’en avait manifestement pas les moyens. Maintenant que les médecins spécialistes ont doublé leurs confrères ontariens, faudrait-il que les omnipraticiens touchent leur part du gâteau ? Évidemment, l’autre option pour abolir l’écart serait de réduire la rémunération des spécialistes. Gageons que cette possibilité n’est pas dans le carton du ministre. Après tout, cet imposant rattrapage représente le plus important accomplissement de Gaétan Barrette du temps où il était à la tête de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Six cents millions, c’est tout de même 2 % du budget de la santé au Québec. Et même si la somme est non récurrente et proviendra des surplus amassés par le ministre des Finances, Carlos Leitão, elle aurait pu servir à améliorer le système de santé.

Si on peut s’offusquer des hausses inconsidérées que le gouvernement libéral a consenties aux médecins — aux médecins spécialistes surtout, pouvons-nous convenir —, il y a sans doute lieu de considérer une organisation des soins où les autres professionnels de la santé auraient un plus grand rôle à jouer, de s’éloigner d’un système hautement centralisé et bureaucratisé pourtant centré sur des travailleurs autonomes, les médecins. Mais il ne faut pas trop compter sur le ministre pour sortir du médicalo-centrisme. Gaétan Barrette tient trop aux médecins et à leur façon de faire.

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