Catalogne: Couillard et la partition du Québec

Dans un échange à l’Assemblée nationale au sujet de la situation explosive en Catalogne, le premier ministre Philippe Couillard a affirmé que l’intégralité territoriale du Québec ne serait pas assurée dans un Québec souverain parce que les nations autochtones pourraient exercer leur droit à l’autodétermination, entraînant la partition d’« au moins la moitié du Québec ». Cette salve partisane est indigne de la fonction qu’il occupe.

En mars 2007, en pleine campagne électorale, Jean Charest avait commis un malheureux lapsus en répondant à un journaliste anglophone : « Je ne crois pas que le Québec serait indivisible. » Or il voulait dire exactement le contraire. Embarrassé, il s’était corrigé dans un communiqué publié en catastrophe : « Je réitère, comme premier ministre et comme chef du Parti libéral, que le territoire du Québec est indivisible. »

Certes, dans ce communiqué, il poursuivait en évoquant le « trou noir » qui suivrait une déclaration d’indépendance et l’éventualité que des gens soulèvent la possibilité de la partition du Québec. « Je ne souhaite pas la partition du territoire québécois », insistait-il toutefois. Pourquoi une telle réaction alors qu’aujourd’hui, Philippe Couillard se permet, lui, de mettre en doute ce principe fondamental ? C’est que Jean Charest reconnaissait qu’en tant que premier ministre du Québec, il était de son indéfectible devoir de défendre l’intégralité du territoire québécois, quelles que soient les circonstances.

C’est donc avec beaucoup de légèreté que Philippe Couillard a tenté, de façon bassement partisane, de marquer des points. Comme sens de l’État, on a déjà vu mieux.

En outre, Philippe Couillard induit les Québécois en erreur en mélangeant deux concepts constitutionnels. On reconnaît aux autochtones un droit d’autodétermination interne, c’est-à-dire à l’intérieur du Canada, qui s’exerce sur des territoires par le truchement de conseils de bande et sous forme de droits sur l’exploitation des ressources naturelles, par exemple. Mais les autochtones ne jouissent pas d’un droit d’autodétermination externe au sens du droit international qui leur permettrait de se séparer d’un Québec indépendant. Si c’était le cas, il en découlerait qu’ils pourraient également se séparer du Canada. Philippe Couillard est bien léger également quand il concède aux autochtones un droit sur « au moins la moitié du Québec » où s’élèvent la presque totalité des barrages d’Hydro-Québec.

Quand il aborde la question de l’indépendance du Québec, avec tout le mépris qu’il exsude à l’égard des « séparatistes », Philippe Couillard est moins un premier ministre qu’un chef du camp du Non distribuant les coups dans une bataille référendaire imaginaire.

45 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 22 septembre 2017 01 h 27

    De plus en plus lâche!

    Votre éditorial d'aujourd'hui est génial, Monsieur Dutrisac. Le Premier ministre, Couillard, ne s'arrête à rien pour gagner des points partisanes, même jusqu'à falsifier les faits. Il n'y a pas plus lâche que ça.

    • Cyril Dionne - Abonné 22 septembre 2017 17 h 33

      Que vous avez raison Mme Alexan.

      Encore une fois, où sont les socialistes de « &$&@$# » espagnols, oui ceux dont les pères et les grands-pères se sont battus en 1936 pour défendre la République contre les suppôts de Satan de l’Espagne de Franco et des nazis d’Hitler? Honte à vous chers messieurs. Honte à vous chers messieurs d’une démocratie à temps partiel.

      Lâchez-nous avec votre cour constitutionnelle espagnole de « &$&@$# ». Ce sont les mêmes qui ont présidé contre Nelson Mandela, contre Martin Luther King et j’en passe. Les Américains n’ont pas attendu que la cour britannique du roi d’Angleterre se range de leur côté.

      Vive la Catalogne. Vive la Catalogne libre.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 septembre 2017 03 h 37

    L'indépendance fera croître la taille territoriale du Québec

    Je ne sais pas si le texte que j'ai soumis pour publication se retrouvera dans l'édition imprimée du Devoir. En présumant que cela ne serait pas le cas, permettez-moi d'en donner un aperçu aux lecteurs de son édition électronique.

    "Les peuples possèdent le droit à l’autodétermination tant et aussi longtemps que cela ne remet pas en cause l’intangibilité de leurs frontières.

    Les frontières du Québec ont été établies par une décision du Conseil privée de Londres en 1927.

    Même si certains Québécois regrettent encore que le Labrador ait été attribué à la colonie de Terre-Neuve (devenue province canadienne en 1949), l’avantage de cette décision, c’est qu’elle fixe une fois pour toutes, et ce de manière précise, les frontières du territoire québécois.

    Or aucun document juridique ne fixe les frontières de chacun des peuples autochtones du Québec ni le territoire du peuple angloQuébécois.

    Au colloque organisé le 26 aout dernier par Option nationale, le constitutionnaliste André Binette confirmait que l’accession du Québec à l’indépendance ne serait pas le prétexte à un redécoupage de ses frontières, les angloQuébécois quittant le navire à l’ouest tandis que les Acadiens le rejoignant, s’ils le désirent, à l’est.

    En dépit du principe non équivoque de l’autodétermination des peuples, ce qui fera l’indépendance, c’est la nation québécoise toute entière et rien d’autre.

    Techniquement, la seule modification aux frontières du Québec, c’est l’ajout d’une zone maritime dans la baie d’Hudson.

    Actuellement, la frontière du Québec est limitée à la rive (qui change selon les marées). Indépendant, le Québec gagnerait une zone maritime, conformément au droit international.

    Donc, contrairement à ce que dit Philippe Couillard, le territoire québécois s’agrandira s’il accède à l’indépendance."

    • Claude Bariteau - Abonné 22 septembre 2017 10 h 08

      Il y a plus, M. Martel, que les gains de la Baie d'Hudson. Il y a le contrôle du Saint-Laurent et l'élargissement de la distance entre les côtes du Québec et la zone du Golfe de même que celui de la zone du golfe découlant du territoire québécois qu'est l'archipel madelinot.

      Cela dit, la salve du PM Couillard est sans fondement concernant les droits des peuples autochtones à l'autodétermiantion externe, tellement qu'il importe de connaître qui, dans son entourage, l'alimente à dire de telles conneries. Il y a là un champ d'investigation pour les enquêteurs.

      Ce matin, M. Dutrisac met surtout les points sur les « i » en précisant les concepts de droit à l'autodétermination externe et interne, qui sont toutefois implicites dans les projets de « pétrolisation » des terres, des lacs et des rivières du territoire actuel du Québec.

      Ces projets excluent l'embouchure du golfe et les réserves amérindiennes et est ambiguë concernant le sol sous le fleuve Saint-Laurent.

      Pays indépendant, ces lieux seraient inclus, ce qui, bien sûr, ne serait pas plus acceptable que ceux identifés pour« pétroliser » le Québec, car ces projets vont dans le sens contraire du développement des énergies renouvelables. des accords de Paris et de l'avenir du Québec que le PM rêve de transformer en petite Arabie saoudite.

      Pays indépendant, le Québec pourrait par contre règlementer l'usage du Saint-Laurent pour le transport, y compris celui du pétrole, mais aussi les transports par oléoduc et train, ce qu'il ne peut pas faire actuellement.

      Mieux, il pourrait concevoir des moyens de transport ferroviaire sur son territoire et vers le sud en plus de favoriser l'export d'entreprises québécoises en Europe et aux États-Unis tout en servant de plaque transitoire entre l'UE et les États-Unis.

      Le PM Couillard n'y pense même pas parce qu'il raisonne en simple provincial au service des intérêts du Canada. Et, ça, il revient aux promoteurs de l'indépendance de le dire.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 septembre 2017 10 h 31

      En relisant le texte que j'ai cité, je me rends compte que le début est mal écrit.

      Le premier paragraphe de la citation devrait être "L’exercice du droit à l’autodétermination du Québec n’est pas une occasion de remettre en question l’intangibilité de ses frontières."

      (Et, en passant, merci pour vos 'J'aime'.)

    • Cyril Dionne - Abonné 22 septembre 2017 17 h 59

      Oui, vous avez raison M. Martel. Techniquement, pour ceux qui s’inquiètent de la partition du Québec, ils sont de la même veine que les épouvantails des référendums, sieur d’Arabie et de Couillard oblige. Ils peuvent dormir sur leurs deux lauriers.

      Il existe en Cour internationale une loi qui s’appelle le « Squatter’s rights ». Celle-ci stipule que les habitants, ceux qui ont bâti maison et autre et qui y habitent, après moins de 50 ans, ces territoires leurs appartiennent. Ici, on ne parle de pêcher, de chasser ou bien de marcher sur le dit territoire, mais bien de l’occuper. Hors, les revendications autochtones ne sont pas inscrites nulle part en termes de loi puisque la Couronne britannique s’en est assurée et les a entassés dans des réserves pas plus grandes que des terrains de camping qui n’appartiennent mêmes pas aux premiers habitants. Le territoire du Québec appartient aux Québécois selon les lois de la constitution canadienne. En fait de lieu et de loi provinciale, fédérale et internationale, il n’y a aucun territoire qui appartient aux autochtones au Canada.

      Les lois sont toujours pour les vainqueurs et non pour les vaincus. Vous l’aimez encore votre reine d’Angleterre ? C’est « ben » pour dire.

  • Yves Côté - Abonné 22 septembre 2017 03 h 59

    Et si...?

    Et si on en finissait avec tous ces défaitistes du Québec dépendants ?
    Eux tous qui au fil du temps, montrent n'avoir jamais pour idole et héros politiques que des Couillard obéissants à une majorité qui n'est pas la nôtre ?
    Hein ?

    Vive le Québec libre !

  • Jacques Morissette - Abonné 22 septembre 2017 04 h 20

    Difficile de discuter clairement, devant qui a les deux pieds dans la fange partisane.

    Effectivement, la salve partisane de Philippe Couillard est indigne de sa fonction, comme le dit Robert Dutrisac. Côté atome crochu avec Philippe Couillard, quant à moi, suivant l'expression consacré, je ne lui donnerais pas le bon dieu sans confession. Encore que je me méfierais de ce qu'il dit, à la rigueur. Quand même, animé par l'espoir, je serais porté peut-être à me laisser convaincre, s'il voulait faire des efforts.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 22 septembre 2017 11 h 34

      C'est drôle comme le PM Couillard me fait penser à George W. Bush alors qu'il était président des USA. À peu près tout ce que Bush a dit n'était que sophismes et mensonges. Vous en parlerez aux Iraquiens! Une guerre complètement inutile basée sur des faussetés (c'est fou tout ce que la bête humaine peut faire pour du pétrole) qui a fait des milliers de morts innocents. Le pouvoir peut contaminer dangereusement le jugement et la raison. Surtout: à ne pas prendre avec un grain de sel!

  • Michel Lebel - Abonné 22 septembre 2017 06 h 37

    Relativisme...


    Mais quelle serait la réaction de certains si un premier ministre du Canada affirrmait que le Canada est indivisible et qu'il est de son devoir de défendre l'intégralité de son territoire. Ainsi va la politique, domaine par excellence du relativisme et du double discours...

    Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 septembre 2017 10 h 14

      Rappelons que la constitution du Canada commence ainsi:

      «Considérant que les provinces du Canada, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick ont exprimé le désir de contracter une Union Fédérale pour ne former qu’une seule et même Puissance (Dominion) sous la couronne du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande, avec une constitution reposant sur les mêmes principes que celle du Royaume-Uni..»

      ... et que, depuis, l'Irlande est devenue un pays indépendant...

    • Pierre Fortin - Abonné 22 septembre 2017 10 h 51

      La Cour suprême a déjà résolu votre question hypothétique au sujet de la divisibilité du Canada en statuant que, si un référendum confirmait la volonté d'indépendance du Québec, le fédéral aurait l'obligation de négocier la partition.

    • Michel Lebel - Abonné 22 septembre 2017 12 h 23

      @ Pierre Fortin,


      Il ne faut pas oublier que la Cour suprême a énoncé des conditions pourqu'un référendum soit conséquent et elle ajouté qu'on ne pouvait déterminer à l'avance les résultats d'une négociation suite à une question claire et une majorité claire. Donc les choses ne sont pas si simples, si on veut les faire dans la légalité.

      M.L.

    • Gilbert Turp - Abonné 22 septembre 2017 14 h 06

      La vraie réponse à votre question est ceci : Inde/Pakistan ; Irlande du Nord/Sud ; Israël/Palestine
      Partout où l'empire britannique s'est amusé à jouer de ce scalpel-là, ça a produit des monstruosités.
      Évoquer la partition, c'est évoquer ce qu'il y a de plus laid dans l'impérialisme colonial dont vous et moi sommes issus.
      Une indignité.