La bonne décision

Une trentaine d’homosexuels originaires de Tchétchénie ont récemment trouvé refuge au Canada ou sont sur le point de le faire, nous apprenait le Globe and Mail la semaine dernière. Victimes de persécution à cause de leur orientation sexuelle, ces personnes ont pu fuir grâce à une discrète opération menée par des fonctionnaires fédéraux et des organisations non gouvernementales (ONG) russes et canadiennes.

La Tchétchénie soutient qu’il n’y a pas d’homosexuels chez elle, et le gouvernement local mène une campagne de répression contre ceux qui le sont. Au début de 2017, des dizaines ont été emprisonnés et torturés et, une fois libérés, à risque d’être victimes de violence aux mains de leurs familles.

Plusieurs de ces homosexuels se sont enfuis dans des refuges tenus par des ONG de la communauté LGBT russe, mais ils y étaient encore en danger, d’où les efforts pour les faire sortir du pays. Au printemps dernier, le gouvernement canadien a accepté d’aider et en juin, a commencé à recenser les personnes ayant besoin de sa protection. L’opération, restée secrète jusqu’à ce qu’un organisme canadien en fasse état la semaine dernière, sortait des sentiers battus.

Comme la Tchétchénie fait partie de la Fédération russe, ces homosexuels ne pouvaient être considérés comme des réfugiés en vertu de la Convention des Nations unies sur les réfugiés. Le Canada a fort heureusement choisi, à l’instar de ce qui fut fait à une autre époque pour des Chiliens, Argentins et Bosniaques, de faire une exception pour des raisons humanitaires.

Dans la foulée de l’afflux récent de demandeurs d’asile à la frontière américaine et des critiques formulées à l’endroit du premier ministre Justin Trudeau depuis le printemps dernier, le gouvernement aurait pu hésiter à venir ainsi en aide aux homosexuels tchétchènes. Il s’en est abstenu et c’est fort heureux, car agir autrement aurait trahi l’esprit et la lettre du message d’ouverture de M. Trudeau et, par-dessus tout, la tradition canadienne en matière d’asile.

Ces hommes et ces femmes tchétchènes font face à une persécution immédiate et leur vie est réellement en danger. Moscou ne le reconnaît pas et n’aime pas que le Canada juge le gouvernement russe incapable de protéger ses propres citoyens. Un diplomate russe en poste au Canada a d’ailleurs fait savoir au Globe and Mail qu’il y aurait des conséquences si des gestes illégaux avaient été posés par les autorités canadiennes.

Cela mérite un haussement d’épaules. Le Canada a fait le bon choix. Il devra toutefois se préparer à répondre à ceux qui demanderont ce qu’il est maintenant prêt à faire pour d’autres groupes persécutés, comme les Rohingya de Birmanie.

5 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 7 septembre 2017 00 h 28

    «Le 20 et [une] n'ième siècle sera crétin ou ne sera pas!»

    Allez! Les LGBTQBiC2S&Co de ce monde. Le Canada est une terre d'accueil. Le Québec très particulièrement.

    JHS Baril

  • Gaetane Derome - Abonnée 7 septembre 2017 02 h 50

    De vrais réfugiés.

    Oui,dans le cas des homosexuels persécutés de Tchétchénie c'est une bonne décision.Ces gens étaient menaçés,leur vie en danger,ce sont ce qu'on appelle de vrais réfugiés.
    Il faut faire la différence entre ceux qui prennent illégalement nos frontières et se proclament "demandeur d'asile" ou réfugiés,alors qu'ils ont plutôt des intérêts économiques et ceux qui sont persécutés dans leur pays.Envers les derniers j'ai plus de sympathie,car quel choix ont-ils?

  • Michel Lebel - Abonné 7 septembre 2017 07 h 37

    Pas de discrimination!


    Bonne décision sans doute. Mais il ne faudrait pas que le gouvernement canadien fasse de discrimination entre tous les persécutés de ce monde. Et il y en a beaucoup! Tous les signataires de la Convention de Genève sur les réfugiés doivent, à cet égard, faire leur part.

    M.L.

    • Gilles Théberge - Abonné 7 septembre 2017 11 h 17

      Il y en a plusieurs dizaine de millions. Le tiers monde en est plein.

      On commence par lesquels monsieur Lebel....?

    • Michel Lebel - Abonné 7 septembre 2017 18 h 01


      @ Gilles Théberge,

      Aux gouvernements d'établir une politique non discriminatoire. Au Canada d'établir la sienne. Ça doit pouvoir se faire. Mais il y aura toujours des situations de grande exception, d'urgence, j'en conviens.

      M.L.