N’occultons pas le sous-financement des universités

La ministre responsable de l’Enseignement supérieur, Hélène David, a réitéré son engagement de présenter cet automne un projet de loi pour encadrer la rémunération, les allocations de dépenses et les avantages sociaux de recteurs d’université. Mais à défaut d’atténuer les grandes disparités qui existent entre les rémunérations offertes par les universités dites à charte et les universités du réseau de l’Université du Québec (UQ), ce coup de plumeau risque de perpétuer l’arbitraire sans toucher à un enjeu plus que jamais actuel : le sous-financement des universités québécoises.

On ne compte plus les abus qui ont été mis au jour par les médias ces dernières années relativement au train de vie de certains recteurs et aux dépenses qui leur ont été remboursées.

Nombre de ces abus ont été corrigés. Ainsi, l’actuelle principale et vice-chancelière — l’équivalent du poste de rectrice — de l’Université McGill, Suzanne Fortier, touche un salaire moindre que celle qu’elle a remplacée, Heather Munroe-Blum, soit 390 000 $ contre 500 000 $. Surtout, la nouvelle rectrice n’aura pas droit au traitement somptuaire de Mme Munroe-Blum, qui durant son mandat de dix ans s’est fait rembourser 1,2 million en dépenses en plus de recevoir une allocation de départ de 750 000 $.

À l’Université Laval, la nouvelle rectrice, Sophie D’Amours, a renoncé aux conditions d’après-mandat que son prédécesseur, Denis Brière, et ses vice-recteurs ont obtenues : ils encaissent entre 75 % et 100 % de leur rémunération passée, jusqu’à six ans après la fin de leur règne.

Depuis 20 ans, les salaires des recteurs des universités à charte, qui se considèrent comme des institutions privées, ont connu une progression exponentielle. Un exemple parmi d’autres : le salaire du recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton, qui apprécie les luxueuses voitures de fonction et les voyages en première classe, s’est hissé à 415 000 $, contre environ 260 000 $ pour son prédécesseur Luc Vinet.

Il existe également des écarts qui s’expliquent mal entre la rémunération consentie aux recteurs de ces universités à charte et celle de leurs confrères des universités du réseau de l’UQ. Le salaire du recteur de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui compte 43 000 étudiants, s’élève à près de 200 000 $, contre 440 000 $ pour son homologue de Concordia, une université de même taille. La palme de l’aberration revient à l’Université Bishop’s, qui accueille 2300 étudiants et dont le recteur encaisse près de 300 000 $. Et c’est sans parler des allocations de dépenses.

La ministre David entend imposer une « certaine sobriété » dans la rémunération des recteurs et des cadres qui les entourent, a-t-elle indiqué dans une entrevue éditoriale au Devoir. Elle insistera sur la « transparence » qui a manqué dans le passé quant aux diverses formes de rémunération et autres avantages réservés aux hauts dirigeants universitaires.

Il y a toutefois peu de chance qu’elle s’attaque à l’écart entre la rémunération des recteurs des universités à charte, rémunération fixée par des conseils d’administration, et celle de leurs homologues du réseau de l’UQ, dont les conditions sont décrétées par le gouvernement. La ministre a dit vouloir tenir compte des « réalités qui sont historiques », une autre façon de désigner le statu quo.

Les universités à charte sont jalouses de leur indépendance. Mais elles doivent reconnaître qu’elles ne sont pas vraiment des institutions privées : elles dépendent largement des goussets de l’État. À titre d’illustration, les dépenses courantes de l’Université de Montréal atteignent les 760 millions, dont les trois quarts sont assumés par le contribuable québécois. Le gouvernement jouit de toute la légitimité pour exiger de ces institutions qu’elles délaissent leur généreuse complaisance, si ce n’est déjà fait.

Or la question de la hauteur de la rémunération des recteurs n’est pas la plus importante, d’autant plus qu’il y a peu de rapport entre les émoluments que reçoivent ces dirigeants et leur performance. Peut-on affirmer que le recteur de Concordia est deux fois plus performant que le recteur de l’UQAM ? Bien sûr que non.

En 2012, pour justifier une hausse des droits de scolarité, le gouvernement Charest criait sur tous les toits que les universités québécoises étaient sous-financées ; le gouvernement Marois faisait le même constat. Depuis, c’est un os que l’on a tout simplement poussé sous le tapis. Hélène David veut encadrer la rémunération des recteurs. Soit. Mais quel combat mènera-t-elle pour le financement des universités ?

5 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 25 août 2017 08 h 09

    Jalouses

    Les universités jalouses de leur indépendance? Allons donc! Sensibilité partagée par le gouvernement actuel quand on connaît la composition des C/A fortement composés de gens influents du secteur privé. Jalousie indécente lorsque le financement des universités dépendent autant du financement public et des frais assumés par les étudiants souvent soutenus par leurs parents. (Bishop avec 2300 étudiants dont 54% provenant de l'étranger est une anomalie, vivement une intégration avec McGil).

  • Bernard Terreault - Abonné 25 août 2017 08 h 31

    Qu'est-ce qui est "juste"?

    McGill, qui aime se dire dans la classe des Harvard & Cie, vous répliquera que pour attirer les "meilleurs", il faut les rémunérer à la hauteur de l'entreprise privée, et cela veut dire le demi million ou plus. Car la tâche des recteurs des grandes universités nord-américaines, aujourd'hui, c'est de trouver des gros donateurs privés. Imaginez le recteur qui décoche une chaire financée par Apple à hauteur de 15 millions par année: ne mérite-t-il pas autant qu'un joueur de hockey? Quant au recteur de l'UQAM, qu'il se contente d'un salaire de fonctionnaire: s'il a choisi le secteur public, c'est que, comme les religieux autrefois, les biens matériels ne l'intéressent pas.

  • Pierre Raymond - Abonné 25 août 2017 11 h 29

    Dissonance.

    « Elle insistera sur la « transparence » qui a manqué dans le passé quant aux diverses formes de rémunération et autres avantages réservés aux hauts dirigeants universitaires. » R. Dutrisac

    Il y a quelque chose qui sonne faux quand une ministre libérale parle de TRANSPARENCE.

  • Michel Lebel - Abonné 25 août 2017 12 h 48

    C'est ainsi!

    Plus facile et populiste de critiquer les salaires des recteurs que de s'attaquer au sous-financement des universités. C'est ainsi depuis des lunes. Il y a des choses qui ne changent pas au pays du Québec!

    M.L.

    • Pierre Robineault - Abonné 25 août 2017 17 h 52

      Bien dit !