Les antifascistes font le jeu de La Meute

Sorte de copie inversée des événements survenus à Charlottesville, en moins grave évidemment, les manifestations de dimanche à Québec, marquées par des actes de violence commis non pas par des militants d’extrême droite mais par des antifascistes, représentent une forme de consécration pour un groupe comme La Meute et une bavure pour le mouvement antiraciste.

Les affrontements entre des contre-manifestants « antifas » et les forces de l’ordre avaient un air de déjà-vu : des anarchistes vêtus de noir, parfois voilés ou cagoulés, qui, cherchant le trouble, l’ont trouvé. Comme lors des manifestations du Printemps érable, la vaste majorité des manifestants était pacifique ; une poignée de têtes brûlées a misé sur la violence. À l’époque, elles n’avaient réussi somme toute qu’à discréditer les carrés rouges et à renforcer la position du gouvernement Charest.

Dimanche, les fauteurs de troubles s’en sont pris à des manifestants qu’ils prenaient pour des sympathisants de La Meute, dont un homme qui brandissait un drapeau des Patriotes, symbole pourtant d’un mouvement pluriethnique partisan des libertés politiques. Quelle ironie. Ils s’en sont également pris à des médias, comme si ceux-ci faisaient partie du grand complot fasciste.

Avant que leur manifestation ne fût déclarée illégale, les contre-manifestants avaient réussi à assiéger les membres de La Meute réunis dans le stationnement du Complexe G. Après avoir dispersé la foule, le Service de police de la Ville de Québec a permis aux membres de La Meute de manifester devant le parlement en début de soirée, ce qu’ils ont fait de façon paisible. Sur les ondes d’une radio de Québec, le porte-parole de La Meute, Sylvain Brouillette, et un des fondateurs du groupe, Patrick Beaudry, ne cachaient pas leur satisfaction. « On voulait démontrer qu’on n’était pas des extrémistes, des radicaux », a dit le porte-parole. La Meute, dont un des fondateurs est un ancien militaire, insiste sur la discipline et le respect des lois.

La Meute se présente comme un mouvement qui milite contre l’islam radical. À l’origine, en 2015, il dénonçait l’arrivée de réfugiés syriens en s’adressant à ceux qui sont inquiets de « l’envahisseur islamique ». Sur son site Web, le groupe ne ménage pas les propos alarmistes. « Les fondamentalistes islamiques nous entraînent dans une mouvance chaotique. Ne laissez pas ces agresseurs faire du Québec une terre d’islam. Réveillons-nous avant de faire face à nos morts, à une guerre civile, au chaos », peut-on lire. Le ton est donné.

Sans souci de cohérence, La Meute en a maintenant contre « l’immigration illégale » de quelques milliers de migrants haïtiens : on cherche encore le lien avec une quelconque menace islamiste.

Le groupe se définit par ce qu’il dit qu’il n’est pas. Il n’est pas un mouvement d’extrême droite. Il dit n’être ni raciste, ni xénophobe, ni homophobe, ni misogyne. Contrairement aux mouvements d’extrême droite américains, La Meute ne s’appuie pas sur l’histoire et sur une idéologie bien définie. Ce n’est pas un mouvement suprémaciste blanc ou nazi. On ne peut même pas le qualifier de nationaliste, d’ultranationaliste ou de fédéraliste. La Meute veut éviter les étiquettes, même si certains de ses membres, comme ceux du groupuscule d’extrême droite Atalante Québec, pourraient provenir de la mouvance néonazie.

La Meute veut ratisser large, étendre ses appuis en comptant sur « la force du nombre », c’est-à-dire sur une mobilisation démocratique pour défendre la laïcité de l’État, la liberté d’expression, la sécurité des citoyens. Ce n’est pas un mouvement révolutionnaire, ni même franchement réactionnaire.

On peut s’inquiéter de son détestable discours alarmiste qui alimente l’intolérance. Son seul appui d’une personnalité un tant soit peu publique lui vient du syndicaliste Bernard « Rambo » Gauthier, porte-parole du parti Citoyens au pouvoir, qui dit que « la ligne de pensée » du groupe le rejoint. C’est dire. La Meute reste et doit rester un groupe marginal.

Mais les progressistes et autres antifascistes doivent se méfier de ces anarchistes d’extrême gauche qui ne répugnent pas à recourir à la violence. Un militant comme Jaggi Singh devrait faire preuve de prudence quand il justifie la violence dans certaines circonstances. Dans le Washington Examiner, l’intellectuel anarchiste Noam Chomsky a mis en garde les progressistes contre les antifas violents, dont l’action représente « un cadeau majeur pour la droite ». Même Gabriel Nadeau-Dubois, qui avait refusé de condamner la violence lors de la grève des étudiants, fait aujourd’hui amende honorable, reconnaissant qu’elle est contre-productive.

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