L’ère des ambitions autoritaires

L’élection dimanche d’une omnipotente Assemblée constituante vient creuser la polarisation de la société vénézuélienne. Le pire est forcément à craindre. L’opposition se radicalisant de son côté et la communauté internationale se montrant incapable de calmer le jeu, le Venezuela s’expose à une confrontation sans perspectives de rémission.

Nicolas Maduro « est un dictateur qui méprise la volonté du peuple vénézuélien », tonnait lundi le secrétaire du Trésor américain, Steven Mnuchin, dans la foulée de l’élection controversée de l’Assemblée constituante voulue par les chavistes purs et durs pour asseoir leur pouvoir et bâillonner l’opposition. Propos consternants dans la bouche d’un homme qui fait partie de l’épouvantable cabinet de Donald Trump. Ce à quoi le président Maduro a réagi en raillant cette « fameuse démocratie » américaine par laquelle « il est possible de devenir président avec trois millions de voix de moins que son adversaire ».

C’est dire au fond que, de Maduro à Trump, la façon qu’ils ont de pratiquer le pouvoir est sensiblement la même. Les deux chefs d’État sont frères dans l’exercice de démolition de l’État de droit et des institutions démocratiques auquel ils se livrent. Ils font partie de la même famille d’ambitieux autoritaires, toutes tendances idéologiques confondues — en compagnie de Vladimir Poutine, de Recep Tayyip Erdogan, de Rodrigo Duterte…

Nos démocraties deviennent-elles des coquilles vides ?

On attendait beaucoup du développement de la gauche démocratique en Amérique latine dans les années 1990 et 2000. Elle semble aujourd’hui battue en brèche un peu partout, ou du moins vit une crise de croissance, captive de ses corruptions et de ses compromissions. Comme si la région renouait avec une sorte de statu quo ante.

C’est en tout cas une gauche qui a dangereusement besoin de rénovation, ainsi qu’en témoigne le cas tragique du Venezuela. L’histoire du monde étant l’emmêlement que l’on sait, il est du reste intéressant de constater qu’au moment où le Venezuela sombre, la Colombie voisine, hier déchirée par des décennies de guerre civile, parvient enfin à faire progressivement la paix avec elle-même.


 

Ce qui ajoute au tragique de la situation dans laquelle le Venezuela est aujourd’hui coincé, c’est qu’il s’est trouvé dans une impasse similaire il y a 35 ans. À la fin des années 1970, il était le pays le plus riche par habitant en Amérique du Sud. Mais affligé par la « malédiction des ressources », les élites qui forment maintenant l’opposition accaparèrent la rente pétrolière sans faire l’effort de diversifier l’économie, creusant la pauvreté et les inégalités.

C’est dans ces conditions que Hugo Chávez et sa « révolution bolivarienne » ont émergé dans les années 1990. Par inversement des rôles, Chávez puis Maduro ont à leur tour commis l’erreur, par incompétence et par paresse, de ne pas diversifier les ressorts de l’économie manufacturière et industrielle du Venezuela.

L’histoire se répète aussi dans le recours à la violence d’État : la centaine de morts qu’a fait la répression des manifestations de l’opposition depuis le printemps fait écho aux violences du « Caracazo », ces grandes manifestations qui avaient éclaté en avril 1989 après que le gouvernement du président Carlos Andrés Pérez eut décidé sous injonction du FMI de libéraliser l’économie à des fins d’« ajustement structurel ». La répression du mouvement de protestation avait coûté la vie à au moins 300 personnes.

Certainement plus crédible que M. Mnuchin, la procureure générale et chaviste dissidente, Luisa Ortega, a dénoncé lundi « une ambition dictatoriale » de M. Maduro. À s’accrocher au pouvoir, ce dernier s’aventure sur un terrain dangereux pour la suite des choses — et sans doute pour lui-même. Si sa Constituante est dominée par les sympathisants du pouvoir, cela ne doit pas faire oublier que le chavisme donne des signes de fractures et de rivalités. Que sa Constituante qui se réunit mercredi dissolve l’Assemblée nationale démocratiquement élue fin 2015 et dominée par l’opposition ne fera pas pour autant taire les revendications, ni ne chassera la crise économique. Le président commet l’erreur de ne pas reconnaître que l’opposition à son régime est multiforme. Il paraît de plus en plus esseulé.

4 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 2 août 2017 09 h 38

    L'humanité ne va pas bien

    Venezuela, Brésil et la plupart des pays d'Amérique du Sud semblent éprouver de graves problèmes économiques et politiques. Et l'Afrique, et la Russie, la Turquie, la Syrie ? Et les pays d'Europe de l'Est, comment se portent-ils ? Et, globalement, dans le monde arabe, comment ça va ?

    La Chine connaît une forte croissance économique mais à quel prix pour son environnement et par ses émissions de GES, la Chine étant devenue le principal émetteur et de loin ?

    Comment peut-on interpréter l'évolution politique de la France depuis dix ans, qui passe de Sarkosy à Hollande puis à Macron dans l'insatisfaction générale ? Alors que les Américains viennent d'élire un fou furieux.

    Quel est ce cancer qui ronge l'humanité et sa planète ?

  • Pierre Fortin - Abonné 2 août 2017 12 h 03

    Et la face cachée de Maduro ?


    Nicolas Maduro « est un dictateur qui méprise la volonté du peuple vénézuélien », selon l'Américain Steven Mnuchin. Pouvait-on s'attendre à autre chose de la part du gouvernement US qui, depuis James Monrœ, considère l'Amérique du Sud comme sa chasse gardée, coups d'État à répétition inclus ?

    C'est un peu fort de prétendre que « Les deux chefs d’État [Trump et Maduro] sont frères dans l’exercice de démolition de l’État de droit et des institutions démocratiques auquel ils se livrent. Ils font partie de la même famille d’ambitieux autoritaires ... »

    Bien qu'il soit difficile de se procurer une information qu ne soit pas biaisée, on arrive parfois à voir l'envers de la médaille. Ainsi, Ignacio Ramonet * (janvier 2017) nous apprend les réalisations de Maduro en matière d’investissement social :

    • Record en matière d’investissement social, qui a atteint 71,4% du budget du pays (2016). Aucun autre pays consacre presque les trois quarts de son budget à l’investissement social;

    • En santé, le nombre d’établissements hospitaliers a été multiplié par 3,5 depuis 1999. Et l’investissement dans un nouveau modèle de santé publique a été multiplié par dix;

    • La Misión Barrio Adentro pour s’occuper des malades les plus humbles a réalisé 800 millions de consultations et sauvé la vie à 1,5 million de personnes;

    • Les retraites. Avant la révolution, 19% des retraités recevaient une pension, en 2016 le pourcentage a atteint 90%;

    • La Mission Logement a construit 359 000 logements pour les familles modestes en plus de 335 000 logements réhabilités (Mision Barrio Nuevo Tricolor), au total 700 000 logements construits ou rénovés en 2016;

    • Depuis 2013, le président Maduro a remis près d’un million et demi de logements à des familles modestes.

    Il faut aussi se questionner sur l'information qu'on nous donne.

    * Source : https://histoireetsociete.wordpress.com/2017/08/01/les-10-victoires-du-president-maduro-par-ignacio-ramonet/

    • Sylvain Lavoie - Inscrit 2 août 2017 16 h 16

      Et comme dans tous les pays qui ont expérimenté l'économie dirigée, pénuries de biens de base, farines, huile, papier de toilette, hyper-inflation à plus de 500% par année, bref un autre grand succès du socialisme. Quand à Ignacio Ramonet, il n'est qu'un indécrottable marxiste qui n'a jamais su décrocher. De toute façon, pour ces castristes à la petite semaine, toute opposition ne peut relever que du fascisme ou d'un complot américain, incapable qu'ils sont de prendre conscience de leur propre incurie tellement leur dogme les aveugle.

    • Sylvain Lavoie - Inscrit 2 août 2017 18 h 44

      Demandez-donc à Ignacio Ramonet combien de familles de la classe moyenne ont été reléguées à la pauvreté grâce à Maduro, un vrai étaT socialiste : Tous égaux dans la pauvreté et les privilèges pour «l'avant-garde» de la révolution qui connaît mieux ce qui est bon pour le peuple que le peuple lui-même...