Quel succès?

Le Grand Prix de Formule E relève-t-il de l’échec cuisant ou du succès « hors de toute attente » décrit par le maire Denis Coderre ? La vérité est entre les deux.

Il faut mettre des lunettes roses pour voir cette course comme un succès sur toute la ligne. Les citoyens et les commerçants de Ville-Marie, enclavés contre leur gré dans les derniers jours, y verront surtout un manque d’écoute du maire. Son intransigeance le suivra dans une autre course, électorale celle-là, dès l’automne.

Le succès ne peut se mesurer au seul enthousiasme des promoteurs. Il faudrait une base factuelle pour apprécier la valeur de cet événement qui a coûté 24 millions de dollars à la Ville de Montréal.

Le vice-président et directeur général d’Evenko, Jacques Aubé, a fourni un bilan incomplet : 45 000 personnes ont visité le site durant le week-end. Ils ont bu 70 000 bières, la belle affaire ! Mais il a refusé de dire combien de personnes avaient bel et bien payé leur billet. Impossible de savoir également si l’organisateur de l’événement, l’OBNL Montréal c’est électrique, a utilisé la marge de crédit de 10 millions cautionnée par la Ville.

Cette absence de transparence incite à la plus grande prudence. La Ville en a-t-elle pour son argent ? C’est discutable.

Il y a peut-être une place pour la Formule E à Montréal, à la condition expresse que M. Coderre et les promoteurs tirent quelques leçons de la première édition. Le maire accepterait-il que le circuit soit aménagé au pied de sa résidence et de subir les irritants associés au montage et au démontage du circuit ? Poser la question, c’est y répondre. Il est vrai que l’expectative de quiétude est moins grande lorsqu’on choisit d’habiter le centre-ville d’une métropole. L’appel au sacrifice que le maire a adressé aux Montréalais est insuffisant. L’empathie, la planification de l’événement et la mitigation des irritants pour les citoyens sont les clés de l’adhésion des Montréalais.

Enfin, il faudra en revenir avec ces liens de causalité improbables qui confèrent à la tenue d’une course de voitures électriques en milieu urbain un effet d’entraînement sur l’électrification des transports. Le virage vert en matière de transports exige des investissements massifs et une planification à l’échelle de l’agglomération, au sein de laquelle le parc automobile augmente plus vite que la population. Même dans un monde utopique au tout électrique, ces problèmes de congestion et de mobilité resteraient entiers.

La densification de la trame urbaine et l’amélioration des transports en commun et actifs constituent des enjeux nettement plus importants que l’électrification sans but, dans le mirage festif.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

17 commentaires
  • Pierre Raymond - Abonné 1 août 2017 07 h 40

    Transparence...

    M. Coderre semble croire qu'il a le choix entre produire un bilan détaillé ou un rapport flou sur l'événement de la F-E.

    Non M. Coderre, vous n'êtes pas propriétaire de la ville de Montréal et les citoyens EXIGENT un bilan détaillé pour que nous puissions nous faire une opinion sans influence sur la rentabilité de cet événement.

    Nous ne vous avons jamais donné le mandat de vous offrir des bébelles avec NOS taxes. Vu !

  • Gilles Delisle - Abonné 1 août 2017 08 h 46

    Tout cà, à quelques pas d'une piste de course automobile

    Il faudrait qu'on m'explique! Ne serait-il pas possible d'aménager la piste de l'Ile Notre-Dame, de telle manière qu'on puisse y organiser tous les types de course?
    Pour qui, pour quoi ce grand dérangement à grands frais? Qui en sont les véritables bénéficiaires? Les promoteurs, le mégalo Coderre, les commercants ou les habitants de Montréal peut-être?

    • Jean Richard - Abonné 1 août 2017 11 h 11

      C'est un des aspects de l'incohérence de l'évènement : on veut faire croire au monde que la voiture électrique peut maintenant remplacer la voiture à essence. Or, l'un des principaux freins à l'achat de ces voitures est leur piètre autonomie. Vous voulez faire Montréal-Québec mais vous devrez prévoir quelques escales de quelques heures pour refaire le plein d'énergie...

      Il semble de plus en plus que les deux vraies raisons pour lesquelles le circuit Gilles-Villeneuve a été rejeté est la vitesse nettement plus basse des FE et leur manque d'autonomie.

      La vitesse : la Formule 1 fait des lignes droites à une vitesse proche de celle des TGV en Europe alors que la Formule E se contente de celle de Via Rail entre Québec et Montréal.

      L'autonomie : le circuit Gilles-Villeneuve fait 4,36 km de longueur. Ce serait bien pour un marathon ou une course cycliste en circuit fermé, mais pour la formule E, c'est beaucoup trop long car une longue ligne droite de presque deux km aurait rapidement raison de la charge de ses 200 kg de batteries.

    • Cyril Dionne - Abonné 1 août 2017 19 h 40

      En plus, Kate Upton a coûté au bas mot, plus de 150 000 $ US pour se montrer la face et faire des p'tits sourires à Kid Kodak. Maintenant, qui a payé cette facture?

      Ce n'est peut-être pas le gouvernement municipal, mais les gens du Grand Prix de Formule E puisqu'ils n'ont eu rien à débourser pour ce festival qui ne voulait rien dire pour les gens de Montréal. Lorsque les gens de la Formule E se sont pointés à Paris, ce sont eux qui ont assumé tous les frais. C'est ben pour dire...

    • Chantale Desjardins - Abonnée 2 août 2017 08 h 13

      M. Coderre, votre mission comme maire n'est pas d'organiser des Formules E mais de gérer la ville. Laisser au privé le soin d'organiser des amusements pour les citoyens et la ville doit leur fournir les infrastructures. ARRÈTEZ M. le Maire, de faire le fanfaron et de montrer votre supériorité. Vous devez dépenser notre argent pour gérer la ville et non des amusements. Si vous voulez faire des Formules, essayez donc Outremont, Ville Mont-royal, Notre Dame de Grâce... Laisser les pauvres vivre en paix et dormir en paix.

  • Jean-Pierre Aubry - Abonné 1 août 2017 09 h 05

    Encouragement au gaspillage

    Cette idée d’organiser des courses d’automobiles mues à l’électricité afin de promouvoir la production et l’usage d’énergies propres me semble en contradiction avec la promotion d’activités où on gaspille énormément d’énergie. Remplacer le Grand prix de formule 1 par le Grand prix de Formle E serait davantage cohérent avec l'objectif de promouvoir les énergies propres. Le fait de vouloir organiser en plus de ces deux courses une troisième fait perdre toute la crédibilité en l'intention de promouvoir une planète plus «verte».

    Ce Grand Prix de Formule E, ainsi que le Grand prix de Formule 1, subventionnés par les deniers publics me fait davantage penser à la situation de la Rome antique où les dirigeants politiques offraient «du pain et des jeux»...

    Jean-Pierre Aubry

  • Robert Beauchamp - Abonné 1 août 2017 09 h 30

    Les commandites.

    On peut donc affirmer et tenant compte des fonds publics investis que Montréal en est le principal commanditaire. Pour cela nous avons un expert.

  • Denis Côté - Inscrit 1 août 2017 09 h 41

    Mieux que la Formule 1

    Excellent éditorial du directeur du Devoir. Il demeure que l'événement fut une promotion considérable des voitures électriques, contrairement au festival de boucane et de bruit qu'on doit subir chaque année sur le Circuit Gilles Villeneuve, le Grand prix de Formule 1.
    Il est probable qu'une nouvelle administration municipale serait plus convaincante pour situer cette course sur l'Île-Notre-Dame, déjà configurée, ou défigurée, depuis longtemps pour la joie des amateurs de moteurs et de sensations fortes. Evenko connaît bien le Parc Jean-Drapeau et pourrait mousser cet emplacement remarquable.
    On doit remarquer la couverture média hostile de la course par le Journal de Montréal et TVA. Il en aurait été tout autre si c'est TVA-Sports, au lieu de RDS, qui l'aurait diffusée.
    Quand Le Devoir sera-t-il de taille à mieux compétitionner contre ce Journal, en adoptant comme lui le format tabloïd populaire ?