En finir avec le Far West

Faudra-t-il maintenant que Bernie Sanders s’interdise de dire que Donald Trump est « dangereux » ? La fusillade de mercredi sur un terrain de baseball près de Washington est la manifestation d’un climat politique devenu nettement plus incendiaire avec l’entrée en scène de M. Trump. Plus profondément, on ne dira jamais assez que c’est aussi le résultat d’un accès immodéré aux armes et, donc, de l’influence aberrante du lobby de la National Rifle Association (NRA).

Les élus républicains ont eu beau jeu de dénoncer la « violence de gauche » après qu’un militant pro-Sanders eut décidé d’exprimer sa détestation du président Trump en ouvrant le feu mercredi sur des élus républicains qui s’entraînaient en vue d’un match amical contre une équipe de baseball démocrate. Entendu que cette violence est injustifiable.

La réaction républicaine escamote cependant le fait que c’est le plus souvent au nom de positions de droite — lire : intolérantes — que des gestes pareils ont été posés. Elle escamote ensuite les épisodes de campagne pendant lesquels le candidat Trump à l’élection présidentielle incitait ses partisans, à mots à peine couverts, à prendre les armes contre les méchants démocrates qui cherchaient à limiter l’application du deuxième amendement de la Constitution américaine sur le port d’armes.

C’est oublier aussi le fait que James Hodgkinson, un homme manifestement dérangé, a pu se procurer un fusil semi-automatique en vertu de l’odieuse soumission de la classe politique républicaine au puissant lobby de la NRA, féroce opposant à toute idée de contrôle des armes. Les contributions financières de la NRA à la campagne de M. Trump ont été beaucoup plus élevées qu’elles ne l’avaient été à la campagne de Mitt Romney en 2012. « Huit ans d’assaut contre vos libertés garanties par le deuxième amendement prennent aujourd’hui fin », a déclaré M. Trump en avril à la convention annuelle de la NRA, devenant le premier président depuis Ronald Reagan à y prendre la parole.

Du gros bon sens voulant que le contrôle des armes soit un facteur de paix sociale, les républicains ne veulent rien entendre. De moins en moins, en fait, ce qu’ont bien démontré les vains efforts de l’ex-président Obama pour réformer la loi dans la foulée de la tuerie à l’école primaire de Newton en 2012. Dans un contexte où le Parti républicain devient de plus en plus rural et uniformément conservateur, les voix favorables en son sein à des mesures de contrôle ont tendance à disparaître. Les républicains ont donc repris leur refrain habituel en réaction à la fusillade de mercredi, à savoir que la protection des biens et des personnes ne passe pas par moins, mais par plus d’accès à la possession d’armes. Un argument complètement dément, avec lequel, pourtant, la grande majorité des Américains ne sont pas d’accord.

Samedi dernier à Chicago, le sénateur Sanders, maître à penser de l’aile gauche démocrate, déclarait que M. Trump était « peut-être le président le pire et le plus dangereux de l’histoire de notre pays » et que le Congrès était dirigé par « un leadership d’extrême droite ». Ce qui n’est pas très différent de ce qu’a écrit M. Hodgkinson sur Facebook. Si M. Trump est incontestablement « dangereux », cette fusillade que M. Sanders a condamnée « dans les termes les plus fermes » est une invitation, de part et d’autre, à la prudence verbale dans un contexte de polarisation politique extrême — une invitation à la prudence en attendant le jour difficile à concevoir où les États-Unis renonceront à être le Far West qu’ils persistent à être dans leur rapport aux armes.

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