Triste déséquilibre

Le gouvernement Trudeau ne manque pas d’ambition. Il a annoncé la semaine dernière ses nouvelles orientations en matière de politique étrangère, une politique de défense modernisée et une politique d’aide internationale officiellement féministe. Toutes ces belles intentions ont toutefois un prix. Or, s’il a ouvert ses goussets pour les militaires, il n’a rien fait de tel pour l’aide publique au développement.

Le gouvernement avait mis le paquet, mercredi, pour lancer sa nouvelle politique de défense : documents détaillés et engagements chiffrés, huis clos pour les médias, longue conférence de presse avec deux ministres. Deux jours plus tard, lors du dévoilement de la nouvelle politique d’aide internationale, pas de données financières ni de document étoffé sur place. On n’avait en main qu’un communiqué et une brève fiche d’information. La ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, n’a tenu qu’un bref point de presse, avant d’accorder des entrevues individuelles.

Pour ce qui est de la vision, rien à redire, elle était au rendez-vous dans les deux cas. Le gouvernement a fait ses devoirs, consulté et largement écouté. En matière de défense, les choix financiers découlent d’une politique et d’une mission bien définies et non l’inverse. Les achats à venir visent un rattrapage nécessaire, mais aussi une modernisation des équipements et façons de faire en plus d’une adaptation aux nouvelles menaces que sont, par exemple, le terrorisme et les cyberattaques.

Du côté de l’aide internationale, on propose un virage féministe audacieux et plus que bienvenu. Il est démontré que les programmes d’aide qui visent les femmes ou les intègrent à part entière ont des retombées supérieures. À l’avenir, on exigera que tous les projets intègrent les femmes et, d’ici cinq ans, que 50 % de l’aide bilatérale soit dirigée vers les pays de l’Afrique subsaharienne.

 

Mais entre les intentions du gouvernement et les gestes concrets, il y a un écart. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le budget de la Défense augmentera de 70 % en 10 ans pour, entre autres projets, lancer un plan d’achats d’équipement étalé sur 20 ans. Ce sont là des intentions, ces projections devant apparaître dans le budget, et, par le passé, les prévisions à long terme de dépenses militaires ont rarement résisté aux fluctuations budgétaires et politiques.

Il y a toutefois une marge entre prévoir des dépenses sur 20 ans et ne pas prévoir investir un sou de plus, comme on l’a fait pour l’aide au développement. L’annonce de 150 millions sur CINQ ANS pour soutenir les organisations locales de femmes dans les pays en développement a été chaudement applaudie, mais les fonds viendront des budgets existants.

La ministre dit qu’on utilisera les fonds actuels comme levier auprès de partenaires privés et internationaux. Elle souligne que le budget annuel de l’aide publique atteint déjà 5,3 milliards. C’est une belle somme, mais c’est à peu près ce que le Canada a dépensé l’année précédente. En revanche, les dépenses militaires accaparent 18,9 milliards en 2016-2017, soit 1,19 % de notre Produit intérieur brut (PIB), et le gouvernement prévoit accroître ce ratio pour atteindre 1,4 % en 2024-2025, s’approchant ainsi un peu plus de la cible fixée par l’OTAN (2 % du PIB).

Rien de tel en matière d’aide au développement. La ministre tout comme la politique diffusée en ligne ne font état d’aucun échéancier pour graduellement améliorer la part du PIB consacrée à l’aide au développement. L’objectif des Nations unies adopté en 1970 est de 0,7 % du PIB. Or le Canada en est bien loin avec un ratio de 0,26 % en 2016, selon l’OCDE.

Les libéraux, qui aiment répéter que « le Canada est de retour », ont encore des preuves à faire. Les mots ont un poids, mais ils ne restent que des mots quand les engagements nécessaires ne suivent pas. La totale absence d’efforts financiers en faveur de l’aide internationale oblige à faire preuve pour l’instant d’un certain scepticisme, même si on applaudit aux intentions annoncées.

Le prochain budget fédéral sera un test pour la crédibilité des prétentions féministes d’un gouvernement qui est prêt à offrir des milliards aux militaires, mais rien de plus qu’une redistribution du budget existant quand il est question des femmes des pays en développement.

L’état des finances publiques ne peut servir de prétexte pour faire encore du développement international le parent pauvre de nos efforts à l’étranger.

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4 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 juin 2017 08 h 00

    Pas évident

    J’aurais aimé que l’éditorialiste nous explique en quoi les achats militaires à venir visent un 'rattrapage nécessaire'. Où se trouve la nécessité ? Et qu’avons-nous à rattraper ?

    Est-ce cette cible de 2% du PIB fixé par l’OTAN ? Si c’est cela, en quoi l’OTAN fixe-t-elle les priorités nationales ? S’agit-il d’un gouvernement supranational ?

    Tant que la force militaire américaine sera de 5 à 10 fois supérieure à celle des Russes, il n’y a aucun danger d’une guerre avec ce pays.

    Et si les États-Unis se plaignent que nous ne faisons pas notre part, nous ne leur avons rien demandé. Ce sont eux qui se prêtent si bien à foutre le bordel partout à travers le monde, et notamment dans les pays musulmans producteurs de pétrole. Si ça leur coute cher, c’est leur problème et non le nôtre.

    • Dominique Boisvert - Abonné 12 juin 2017 11 h 21

      Bravo M. Martel! Oui, OÙ se trouve la nécessité d'un rattrapage nécessaire? Et surtout, pour quelle EFFICACITÉ en matière de sécurité interrnationale? Voir, à ce sujet, l'intervention canadienne (et internationale) en Afghanistan!

  • Lise Gauvreau - Abonnée 12 juin 2017 08 h 33

    Et les engagements de Paris?

    Qu'advient-il de l'aide promise à Paris pour aider les pays du Sud à s'adapter aux changements climatiques?

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 13 juin 2017 09 h 56

    Scandaleux

    P.E.T. junior va dépenser d’ici 10 ans 226 Milliards de $ que le dans les dépenses militaires? Dont le quart provient du Québec ne l'oublions pas. C’est scandaleux.

    Ça enrichit qui ? Ça appauvrit qui ?

    Ça enrichit le lobby militaire, ça appauvrit les Québécois.

    C’est scandaleux