Vaincre sans péril

Alors que d’aucuns concèdent aux libéraux une invincibilité qui les riverait au pouvoir, des militants du Parti québécois et de Québec solidaire proposent la création d’une forme d’union nationale avec la Coalition avenir Québec. Leur but : battre le parti hégémonique pour instaurer un mode de scrutin proportionnel.

Il est certes navrant de constater que le gouvernement du seul État où la petite minorité francophone en Amérique du Nord est majoritaire n’est pas appuyé par une majorité de cette minorité. Mais on conclut un peu vite que l’instauration d’un mode de scrutin proportionnel mixte, selon le modèle qui avait fait consensus en 2006, conduirait à l’éviction des libéraux du pouvoir. Avec le même pourcentage de votes qu’à la dernière élection — 42 % des votes exprimés dont 30 % chez les francophones —, rien n’est moins sûr : dans un système proportionnel, le parti qui détient une nette avance sur ses rivaux parvient habituellement à former une coalition de gouvernement. Dans le cas d’espèce, ce serait sans doute avec l’autre parti fédéraliste, la CAQ.

Quoi qu’il en soit, il est clair qu’un mode de scrutin proportionnel conviendrait mieux au réel multipartisme qui a remplacé ici le bipartisme traditionnel. En outre, améliorer la démocratie représentative — et ajoutons la démocratie dite citoyenne — s’impose au Québec après quatorze ans d’un règne libéral presque ininterrompu au cours duquel l’affairisme collusoire et la corruption ont alimenté le cynisme de la population envers la classe politique.

Certes, cette dévalorisation de l’État et de ses institutions favorise le statu quo puisque tout changement politique apparaît vain. Le slogan « Tous des pourris » fait mauvais ménage avec les grands projets de société.

Nous savons aussi que Philippe Couillard cultive une méfiance toute tocquevillienne à l’endroit de la démocratie dans son expression populaire. Il s’oppose à un mode de scrutin qui forcerait la recherche de compromis entre différents partis, empêchant une élite éclairée de procéder sans entrave à ce qu’elle conçoit comme de nécessaires et difficiles réformes. Le raisonnement est spécieux puisque des pays comme la Suède, dont le système électoral est proportionnel, ont réussi à réaliser des réformes des plus ambitieuses.

Maintenant que tous les partis d’opposition se sont unis pour réclamer un mode de scrutin proportionnel, c’est Philippe Couillard qui est le mieux placé pour s’atteler à cette réforme essentielle. Il faudra toutefois que le premier ministre, optant pour le bien commun, fasse sien le vers de Corneille « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».

19 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 15 mai 2017 00 h 52

    Le vote proportionnel pour le bien commun!

    Malheureusement, Monsieur Dutrisac, on ne peut pas attendre que Monsieur Couillard aille trouver la lumière, après qu'il a vécu dans l'obscurantisme de l'Arabie Saoudite! Vous avez raison d'exprimer notre ras-le-bol «après quatorze ans d’un règne libéral presque ininterrompu au cours duquel l’affairisme collusoire et la corruption ont alimenté le cynisme de la population envers la classe politique.»
    En espérant que les autres partis vont abandonner leur partisanerie et travailler ensemble, afin d'instaurer le vote proportionnel, pour que chaque vote compte.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 15 mai 2017 08 h 20

      Je suis en accord avec Nadia Alexan et que le régime Couillard s'efface et pour longtemps.

    • Jacques Patenaude - Abonné 15 mai 2017 10 h 05

      Le problème avec le scrutin proportionnel est que ces tenants nous le présente comme une panacée sans expliquer de quoi on parle. Il n'y a pas un seul mode de scrutin proportionnel mais plusieurs variantes dont certaines sont plus acceptables et d'autres beaucoup moins. Si au moins les auteurs d'articles sur le sujet clarifiaient de quoi ils parlent ça amènerait une discussion plus pertinente.
      Le véritable problème pour une réforme allant dans le sens de la proportionnelle c'est que l'électorat est loin d'être convaincu qu'effectivement ce mode de scrutin refléterait mieux son choix. Car la proportionnelle donne beaucoup plus de contrôle aux partis et réduit celui des simples citoyens. Il semble que ce que les partis au Québec proposent est un compromis entre notre mode actuel qui repose sur l'élection d'un représentant local (auquel l'électorat québécois est largement attaché) et la proportionnelle intégrale mais on explique très peu de la formule retenue. Pour moi le vrai problème pour établir ce mode de scrutin n'est pas la mauvaise volonté des partis rendu au pouvoir mais une réticence légitime face à une proposition mal défendue auprès de la population. Personnellement je demeure convaincus que le scrutin uni nominal à deux trous respecterait mieux le choix des citoyens mais au moins si les tenants de la proportionnelle précisaient la formule qu'ils privilégiaient on aurait une discussion plus constructive.

  • André Chevalier - Abonné 15 mai 2017 05 h 21

    Un scrutin uninominal à deux tours

    Un scrutin uninominal à deux tours serait le meilleur moyen pour évincer du pouvoir un gouvernement impopulaire.
    En ne laissant que deux candidats dans les comtés au deuxième tour, l'opposition au gouvernement en place aurait un poids énorme.
    Les députés ayant une majorité absolue des votes seraient plus représentatifs.
    Le parti élu se sentirait obligé de rallier la majorité des électeurs à ses initiatives.

    • Marie-Claude Bertrand - Abonnée 15 mai 2017 15 h 35

      Le 7 décembre dernier, les partis d'opposition se sont entendus pour réformer le mode de scrutin pour un mode mixte compensatoire régional tel que l'étude du DGEQ de l'époque l'a étudié avec justesse en 2007 (http://www.electionsquebec.qc.ca/documents/pdf/DGE C'est ce qui fait le plus consensus jusqu'ici au Québec après plusieurs consultations, dont celle des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques de 2003 sous la présidence de Claude Béland.

    • Marie-Claude Bertrand - Abonnée 15 mai 2017 15 h 47

      Un scrutin majoritaire uninominal à deux tours comme en France...vous voulez rire...C'est une entourloupette qui fait en sorte que le votes des citoyens et citoyennes n'expriment pas leurs réelles valeurs. Ne trouvez-vous pas qu'ils sont assez déboussolés en France.
      Un mode de scrutin de type proportionnel permettrait à chaque partis donc à chaque cioyenne et citoyen d'être représenté en chambre de manière juste. Et dans ce contexte les partis devront créer des coalitions pour gouverner donc de s'entendre sur des enjeux politiques pour les réaliser.

    • Jacques Patenaude - Abonné 15 mai 2017 17 h 46

      "....chaque partis donc à chaque citoyenne et citoyen" dixit @Bertrand

      Non vraiment chaque citoyen ne pense pas nécessairement comme "son" parti.
      C'est ce qui m'horripile le plus de certains tenants du scrutin proportionnel.
      Sauf s'il fonde son parti dont il est le seul membre, il n'y a pas parti politique quel qu’il soit qui représente l'opinion personnelle de chacun de ces membres. C'est la base même de la démocratie.

    • André Chevalier - Abonné 15 mai 2017 21 h 59

      En France ils votent à deux tours pour un président tandis qu'ici, c'est pour chaque député, ce qui est différent.

  • Pierre Deschênes - Abonné 15 mai 2017 06 h 28

    Le talon

    Seul talon d'Achille de votre propos, la première demie de la dernière phrase: "Il faudra toutefois que le premier ministre, optant pour le bien commun (...)", où il s'avère difficile d'associer Philippe Couillard et bien commun.

  • Bernard McCann - Abonné 15 mai 2017 06 h 52

    Plusieurs objectifs peuvent être poursuivis

    L'idée est intéressante, car elle aura pour effet d'avoir un gouvernement de la majorité francophone, et donc une coalition portée à la défense de notre langue commune. Et puis, il y a tout un ménage à faire, des enquêtes à finaliser, une fiscalité à réviser, et bien d'autres. Comme la proportionnelle donne généralement des gouvernements minoritaires, aussi bien que les partis commencent à travailler ensemble et à rechercher les compromis et consensus tout de suite. Le Québec ne pourrait que s'en retrouver mieux...

  • Bernard Terreault - Abonné 15 mai 2017 08 h 10

    Panacée?

    Le système proportionnel pur est évidemment le plus démocratique, au moins théoriquement. Cependant, il serait difficile de prouver qu'il donne effectivement les gouvernements les meilleurs. Spécialement quand il faut prendre des décisions critiques, il faut rallier une majorité, donc faire des compromis. Le système proportionnel encourage au contraire les votants, c'est-à-dire le peuple, à multiplier les factions, et ce sont les politiciens professionels qui, ensuite, font des compromis entre eux. Le bipartisme, au contraire, invite les votants eux-mêmes à faire des compromis dès le stade électoral.