Un choix clair

Un choix clair se dessine pour les électeurs français, qui ont propulsé au deuxième tour de l’élection présidentielle le centriste flou Emmanuel Macron et l’extrémiste de droite Marine Le Pen.

Marine Le Pen a répété dimanche l’exploit de son père, Jean-Marie Le Pen, qui avait réussi à se faufiler au deuxième tour, en 2002, avec le résultat que l’on sait. Le Front national (FN) s’était écrasé devant Jacques Chirac, réélu président avec une écrasante majorité de 82 % des suffrages exprimés.

Le résultat sera-t-il différent en 2017 ? Mme Le Pen a mis en oeuvre une stratégie de « dédiabolisation » du FN qui a porté ses fruits, comme en témoignent les résultats du premier tour, à l’issue duquel elle récolte près de 22 % des appuis. La montée du populisme en Europe et aux États-Unis a procuré un surplus de visibilité et d’attention à cette « trumpiste » d’outre-Atlantique. Marine Le Pen conforte une certaine France assiégée et qui se distingue par le ressentiment qu’elle entretient à l’égard des élites politiques et financières, de la mondialisation, de l’eurocentrisme, de l’érosion des valeurs traditionnelles. C’est aussi une France qui a désigné l’immigrant comme le responsable d’un déclin perçu comme une inéluctable fatalité.

Cette France est certes volubile. Elle est écoutée et auscultée par des médias qui cherchent, depuis ces surprises que furent le Brexit et l’élection de Donald Trump, à comprendre les raisons de la colère du bon peuple. Mais cette France n’est pas majoritaire.

Mme Le Pen utilise les résultats du premier tour pour poser en défenderesse de la patrie française, en « candidate du peuple » qui saura ramener la France à sa grandeur. Ou quelque chose du genre. En réalité, ce discours n’est qu’une illusion, un acte suprême de récupération politique à des fins extrémistes. Les propositions du Front national ne constituent pas une solution appropriée aux problèmes complexes d’une Ve République essoufflée.

Le projet du FN est honteux, mais il a le mérite d’être clair. D’ailleurs, les deux candidats déchus de l’establishment, François Fillon et le socialiste Benoît Hamon, ont bien compris l’urgence de la situation, en appelant leurs partisans à voter pour Emmanuel Macron au deuxième tour. Comme l’a si bien dit François Fillon, Marine Le Pen ne peut apporter que « malheur et division » à la France.

S’il y a quelque chose d’historique dans ce premier tour, ce n’est pas tant la montée du FN que le délitement des formations classiques. Le Parti socialiste de M. Hamon (6 %) et les Républicains de M. Fillon (20 %) ont été débordés par les extrêmes, à gauche par Jean-Luc Mélenchon (19 %), et à droite par Marine Le Pen.

Et Macron, que propose-t-il au juste ? Ni de gauche ni de droite, la sensation de l’heure a réfuté l’idée même que la France posséderait une culture propre, dans une déclaration maladroite qu’il regrettera longtemps. Son mouvement, En Marche !, n’offre pas les repères idéologiques habituels attendus d’une formation politique traditionnelle. Crédité de 24 % des voix, le favori dans la course est pro-européen, préoccupé par le chômage et la perte du pouvoir d’achat des Français et enfin soucieux de limiter les dépenses publiques. La liste n’est évidemment pas exhaustive.

Le projet politique d’Emmanuel Macron est encore en gestation. On le sait au moins progressiste, alors que son adversaire est d’extrême droite. Le choix est clair entre celui qui veut faire avancer la France, et celle qui veut la faire régresser.

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24 commentaires
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 24 avril 2017 03 h 16

    Macron selon Paul Jorion

    « Ce n’est pas quelqu’un qui vient de nulle part comme on le croit. J’en avais déjà entendu parler il y 3 ou 4 ans où on me l’avait présenté comme quelqu’un de très capable qui allait percer en politique. Aujourd’hui il incarne l’esprit du Parti socialiste. De fait, l’aile gauche du parti n’y est plus dominante depuis plusieurs années. Macron est donc un marginal entre guillemets. Et il ne faut pas s’y tromper : Macron, dans ce qu’il propose, c’est une autre variété de la droite, c’est l’ultra-libéralisme à visage humain, c’est le monde des affaires, c’est la compétitivité et l’austérité. Il n’y a rien de « gauche » chez lui-même si ce n’est au sein du parti socialiste qu’il a émergé. »

    http://www.pauljorion.com/blog/2017/04/23/lecho-pa

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 24 avril 2017 03 h 24

    Extrême gauche?

    L'éditorialiste écrit: «Le Parti socialiste de M. Hamon (6 %) et les Républicains de M. Fillon (20 %) ont été débordés par les extrêmes, à gauche par Jean-Luc Mélenchon (19 %), et à droite par Marine Le Pen.».

    Qualifier la "France insoumise" de parti d'extrême gauche est hyperbole trop facilement galvaudée. Il faut lire leur programme "L'avenir en commun" pour en démystifier la réalité. Je les trouve même un tantinet trop modéré quand, parlant du logement, ils n'osent même pas aller dans des avenues que nous pratiquons depuis des décennies au Québec: une régie du logement pour civiliser un tant soit peu le "marché"; un réseau de milliers de logements coopératifs ou associatifs offrant une alternative et permettant une prise en main (empowerment) par les membres-locataires des coopératives. Bref, la France insoumise n'a rien de révolutionnaire, mais elle s'inscrit plutôt dans un vent de fraîcheur qui a traversé la France, dommage que la génération mitterandienne ne l'ait pas sentie. D'ailleurs c'est le même vent qui souffle au Québec au sein de la jeune génération, surtout depuis l'entrée en scène de Gabriel Nadeau-Dubois dans Québec solidaire.

    • S. A. Samson - Abonnée 24 avril 2017 11 h 12

      Le dogmatisme et le doctrinaire de GND ne favoriseront pas un vent de fraîcheur. Ça pourrait être même tout le contraire..

  • Robert Beauchamp - Abonné 24 avril 2017 05 h 51

    La doublure de Sarkozy

    On nous a présenté hier un extrait d'une fin de discours de campagne d'Emmanuel Macron et le ton emprunté à grands cris était tout simplement hystérique. J'ai eu une petite sueur. Je me suis dit que, en le voyant dans une autre scène, monter à grandes enjambées un immense escalier, mais que voici un 2e Sarkozy. On le dit de centre et cet ex-ministre de l'Économie est un ancien banquier. Les nombreux banquiers que nous avons connu en politique étaient des néolibéraux de droite, et très à droite. Ce sont de grands charcutiers. Mais les médias qui l'espèrent au pouvoir tout en diabolisant Le Pen, le disent du centre. Allons donc! La France n'a pas fini et elle descendra dans la rue comme elle sait le faire.

  • Bernard Terreault - Abonné 24 avril 2017 07 h 38

    Si je ne me trompe pas

    seul le poste de président est en jeu. La Parlement reste le même. Comme Macron n'a pas de parti à lui, il devra essayer de "vendre" ses politiques (s'il en a!?) aux divers partis représentés au Parlement actuel. Il sera intéressant de voir dans quels partis il recrutera ses ministres, ça donnera une idée d'où il pense tirer ses appuis.

    • Raymond Labelle - Abonné 24 avril 2017 12 h 47

      Les prochaines législatives, renouvelant l'Assemblée nationale, en France, sont prévues pour le 11 juin 2017. À deux tours, le deuxième étant le 18 juin, si je ne m'abuse.

  • Serge Morin - Inscrit 24 avril 2017 08 h 37

    Comment peut-on être aussi prompt à appuyer un programme aussi imprécis de l'extrême-centre ?

    • Pierre Robineault - Abonné 24 avril 2017 10 h 05

      En vous lisant j'allais justement écrire à monsieur Myles que rien n'est moins certain que sa conclusion. Myles écrit cet édito comme s'il était en train de voter lui-même. Il y a tant de raisons de se méfier de Macron, ses associations spontanées, ses propos regrettés ... On le compare à Sarkosy avec raison il me semble, mais quant à moi il me fait davantage penser à Couillard avant de devenir notre premier ministre, "on le voyait venir", comme l'on dit parfois.