Les urgences, encore et toujours

« Quinze heures, c’est très long », a reconnu le premier ministre Philippe Couillard à l’Assemblée nationale en parlant des délais d’attente moyens dans les urgences. Quatorze ans, c’est encore plus long. C’est en 2003 que Jean Charest promettait de mettre fin à l’attente dans les urgences… dans les jours qui suivaient l’élection d’un gouvernement libéral. Et c’est Philippe Couillard, fraîchement nommé ministre de la Santé et des Services sociaux, qui devait agiter la baguette magique.

Cette semaine, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a pris un malin plaisir à tourner le fer dans la plaie, rappelant qu’en 14 ans on n’avait retranché que 45 minutes aux délais d’attente dans les urgences. Rappelons que l’objectif du gouvernement, c’est de réduire ces délais à 12 heures.

Le gouvernement a un plan, a fait valoir le premier ministre. Il injecte des sommes en amont dans les soins à domicile et il financera des supercliniques, ouvertes tous les jours, où des tests pourront être effectués comme à l’urgence. En outre, un demi-million de personnes de plus ont accès à un médecin de famille.

En décembre, Gaétan Barrette annonçait qu’il décaissait 100 millions pour offrir des places en hébergement aux personnes âgées qui occupent des lits dans les hôpitaux de façon à libérer ces lits pour désengorger les urgences. Un problème récurrent dont nous entendons parler depuis au moins vingt ans. La somme doit aussi servir à créer des places en réadaptation et à prodiguer des soins en santé mentale.

Jeudi dernier, Gaétan Barrette piquait une colère lors d’une réunion des p.-d.g. des centres intégrés de santé — les CISSS et les CIUSSS — que le ministre tient sous sa botte. Ça ne marche pas à son goût, a-t-il tonné. En Chambre, il a menacé les p.-d.g., qu’il accuse d’utiliser les sommes à d’autres fins, de « conséquences qui seront annoncées ».

En février, la CAQ révélait, s’appuyant sur une demande d’accès à l’information, que la situation dans les urgences s’était améliorée « en général », mais qu’elle s’était détériorée dans cinq des seize régions administratives. À Montréal et en Montérégie, la situation n’est guère reluisante. En santé mentale, le problème est criant.

Les résultats se font attendre, ce qui trahit un manque de financement chronique. Depuis trois ans, par exemple, le gouvernement a consenti 138 millions de plus pour les soins à domicile, alors que des investissements d’au moins 300 millions auraient été nécessaires. Voyons maintenant si l’ire du ministre saura changer les choses.

11 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 14 avril 2017 07 h 32

    Et il ont "sauvé" le Québec!

    Rien de plus facile qu'économiser pour un gouvernement.

    On prend la hache, on se bande les yeux et on fait de grands mouvements en tout sens. Il y a des chances que beaucoup de "bois" se retrouve à terre. On le ramasse. Fini.

    Si on tient compte des besoins des gens, c'est plus difficile. Il faut échelonner les économies, travailler sur la structure au bistouri pour la rendre plus performante, faire disparaître toutes les "ristournes" des contrats aux fournisseurs, exiger des résultats de ceux-ci, et surtout augmenter les revenus immédiatement.

    En temps de difficulté, il serait normal de demander un effort supplémentaire aux plus riches. Pas pour longtemps mais tout de suite.

    Évidemment ça demande du temps. Ça cadre mal dans un agenda électoral calculé à la minute près. Et puis, demander aux riches, couper dans les retours au fournisseur dans les petits contrats, hein, c'est pas vraiment le but du PLQ.

    Augmenter les revenus ? Sacrilège ! Le dogme l'interdit!

    Et puis, remettre la gestion des hôpitaux et su système à des professionnels sans préjugés, i.e. exclusivement des non-médecins, quelle idée! Vaut mieux garder en place un groupe de gens persuadés qu'ils forment l'élite, dont la formation comprend une bonne dose de sociopathie...

    "Vous êtes la crème de la crème", c'est ainsi que les médecins sont reçus en entrant à l'université, ou en tout cas qu'ils l'étaient il y a peu. Si ce n'est plus dit mot pour mot (je n'en sais rien), reste la culture générale qui règne dans les facultés. Gênant.

    Parmi les étudiants, tous ne sont pas atteints par la vanité inhérente aux facultés. Mais certains le sont, et probablement plus ceux qui ont des visées de carrière administrative.

    C'est ÇA qui dirige notre système! Et ce n'est pas Barrette qui ve y changer quoi que ce soit, au contraire. Couillard ? Arrêtez de rire!

    Je rappelle qu'au départ les médecins NE font PAS partie du système de santé. Ils "facturent" à la pièce.

  • Nicole Delisle - Abonné 14 avril 2017 07 h 58

    Un échec lamentable mais qui était prévisible!

    Qui a vraiment cru que M. Barrette changerait la donne en santé en faisant un remue-ménage d'une telle ampleur, en imposant en même temps une cure minceur
    au système mais en accordant la plus grande part du budget aux rémunérations des médecins? Il est clair que c'était la plus grande supercherie électorale des libéraux.
    Il s'est en plus attribué le plus grand rôle de gestionnnaire en concentrant tous les pouvoirs entre ses mains! Peut-on être surpris de voir aujourd'hui que les craquelures de plus en plus évidentes de son beau projet minent dangereusement tout le système
    et risque de le faire s'effondrer. Et ce n'est pas ses colères devant cette évidence qui
    nous le rendrons plus sympathique!

  • Pierre Raymond - Abonné 14 avril 2017 12 h 13

    « Peut-on être surpris de voir aujourd'hui que les craquelures de plus en plus évidentes de son beau projet minent dangereusement tout le système
    et risque de le faire s'effondrer. » N.D.

    Et à partir de ce moment là, la porte est grande ouverte pour le vraI sauveur i.e.
    LE PRIVÉ.

    Et une fois leur carrière politique terminée, où croyez-vous que nos BONS DOCTEURS vont aller offrir leur grande compétence et leur grande expérience ?

    AU PRIVÉ naturellement.

  • Linda Dauphinais - Inscrit 14 avril 2017 12 h 59

    Je crois pour ma part que le grand dérapage dans le

    système de santé est voulu depuis le début... Ils écoeurent le monde, les médecins afin que tous aillent au privé... Je vous le répète, tous nos acquis sociaux, publics sont en danger... La démocratie aussi... Ces gens veulent le néoféodalisme rien de moins.. Dénoncer les mensonges, les manipulations... Lisez plusieurs journaux... Voyez ce qu'en disent les médecins pour un régime public de santé ou les médecins qui ont un coeur à la bonne place...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 14 avril 2017 17 h 08

    … à perdre !?!

    « Voyons maintenant si l’ire du ministre saura changer les choses. » (Robert Dutrisac, Le Devoir)

    De cette « ire », et compte tenu de l’état actuel des urgences, changer les choses risque de prendre encore beaucoup de temps (A) !

    Voyons voir si ce temps va arranger les choses !

    Entre-temps, aucun temps …

    … à perdre !?! - 14 avril 2017 –

    A : En-dehors de ce temps et de la salle des rendez-vous, de cette question nous été aimablement posée : « Avez-vous un médecin de famille ? », cette réponse tout aussi aimable: « Vous savez madame, étant au bord d’une pension de vieillesse (retraite active du BS), cela fait environ un peu plus de 60 ans que nous attendons de voir venir un tel médecin ! ». Bref !

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 avril 2017 05 h 47

      "de cette question nous été" : lire plutôt "de cette question qui nous a été" (nos excuses)