D’oubli et de mensonge

L'homme d’affaires Jean Rizzuto a connu Denis Coderre « en culottes courtes ». C’est justement un gamin, et non un politicien aguerri, qui s’est fait prendre les culottes baissées avec un accroc à l’éthique.

En février 2012, alors qu’il était député libéral fédéral, M. Coderre a accepté un cadeau de 25 000 $ de son ami Rizzuto pour l’aider à payer ses honoraires juridiques dans un litige l’opposant à un hockeyeur professionnel.

M. Coderre aurait dû déclarer ce don au commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique. Or, il ne l’a pas fait. Puisqu’il a quitté la capitale fédérale depuis plus de quatre ans, la commissaire, Mary Dawson, n’enquêtera pas sur cette affaire.

M. Coderre aurait mérité, au pire, une tape sur les doigts. Il a fait preuve d’un manque de jugement en ne déclarant pas ce don personnel, bien qu’il n’ait pas commis une faute lourde sur le plan de l’éthique.

Le cadeau de M. Rizzuto n’était pas une contribution politique déguisée, et il n’a pas été fait dans l’espoir d’obtenir une contrepartie. Quiconque connait un tant soit peu le milieu politique montréalais pourrait attester de l’indéfectible et sincère amitié qui unit les deux hommes.

À l’hôtel de Ville, l’Opposition officielle fait ses choux gras de l’affaire. Le chef de Projet Montréal, Valérie Plante, juge qu’il faudra garder un oeil ouvert sur les affaires que Jean Rizzuto pourrait conclure à Montréal. Notez l’usage du conditionnel. C’est d’un scandale hypothétique, un scandale par anticipation contre lequel Projet Montréal nous met en garde.

Rien n’indique que Jean Rizzuto a profité de sa relation d’amitié avec Denis Coderre, ni même de ce don de 25 000 $, pour faire main basse sur les contrats publics à Montréal. C’est d’ailleurs le contraire. M. Rizzuto, un homme d’affaires prudent, s’abstient de s’aventurer sur le marché montréalais en raison du poids des apparences.

Denis Coderre et Jean Rizzuto ont cependant menti, en niant d’abord l’existence de cette transaction de 25 000 $. M. Coderre a mis le pieux mensonge sur le compte de sa prostatite aigüe, comme si une blessure dans le «bas du corps» affectait la mémoire. L’explication est peu convaincante, pour ne pas dire insultante pour l’intelligence des Montréalais.

L’histoire demeure révélatrice. Denis Coderre était prêt à mentir pour une accroc mineur à l’éthique commis dans son passé de député fédéral. Pour un politicien qui s’affiche comme le nettoyeur en chef des écuries municipales, M. Coderre aurait dû savoir que la transparence s’impose en matière d’éthique publique. L’électeur moyen pardonne plus facilement l’erreur humaine que la cachoterie et le mensonge. Le maire Coderre y perd un peu de son lustre.

11 commentaires
  • Jean-François - Abonné 5 avril 2017 01 h 40

    Sortez le Libéral...

    J'aime Mr.Coderre.

    MAIS

    Il restera toujours pour moi un LIBERAL en dormance...

    Tout cela n'a rien pour me rassurer;

    Le Pont, le 375ieme ça ne fait que commencer...

    • Sylvain Auclair - Abonné 5 avril 2017 08 h 43

      Pourquoi en dormance? Gérald Tremblay est libéral, Michael Applebaum est libéral, Denis Coderre est libéral...

  • Bernard McCann - Abonné 5 avril 2017 08 h 57

    On nous prend pour qui ?

    Comment peut-on oublier un tel montant ? La seule explication réside peut-être dans le fait que de tels montants sont reçus de façon régulière....
    Quant à la prostatite... elle est bien bonne...

  • Robert Beauchamp - Abonné 5 avril 2017 09 h 51

    Des amis de longue date

    Des politiciens de longue ont des amis de longue date. Coderre nous révélait à la Commission Gomery son amitié de longue date avec Boulay qui lui avait offert durant quelques mois son chalet à cause de difficultés personnelles qu'il vivait. N'est pas intéressant d'avoir des ami$ de longue date lorsque les épreuves surviennent?

  • Michel Blondin - Abonné 5 avril 2017 09 h 53

    Une absoluttion surprenante et déculottante!

    Une amitié, en principe, c’est un tiers intérêt qui relie deux personnes. Le jeu de quilles, la politique, les enfants. Le jeu de pichenottes. Pourquoi pas!

    Mais ici, même si l’un a une connaissance sociale de l’autre, il a, en sus, un intérêt d’affaires et l’autre un intérêt aux financements de ses activités politiques pour politiciens. L’un reçoit des contrats et l’autre en donne.

    Sans être puriste, il y a une chose qui cloche dans le raisonnement offert. Il est prétendu que c’est une véritable amitié sincère et indéfectible. Comme si, il était connaissant de ce qu’il en est personnellement devient un motif d'excuse. L’amitié sincère ferait que la moralité est inéluctablement sans questionnement.

    Une amitié et 25 000 $ n’ont pas de lien avec la moralité ! "Ça mériterait une tape sur les doigts" ? Je te donne 25 000 $ et tu ne déranges pas mes affaires. Tout va bien!

    Tous les journalistes étaient sur le dos de Martine Ouellet, une indépendantiste de première ligne, pour un potentiel probable hypothétique danger de conflit d’intérêts et pour Coderre, il mériterait un jugement complaisant ! Voilà ce qui me sidère.

    Ce jugement ouvre la porte à de l’éthique élastique. Une pensée magique comme efface gommée du bon comportement et une étoile en sus ! Moi aussi, j’en veux. Un don de 25 000 $ sans intérêt me conviendrait et je lui promets d’être un bon ami au jeu de pichenottes.
    Le message est que l’on peut recevoir 25 000 $, mentir trois fois comme le coq au matin, chacun de son côté, nier jusqu’à la porte du ciel et sous le motif d’une relation sincère pour recevoir finalement une pichenotte comme pénitence. C’est du jugement élastique asymétrique de médias bien mal venus dans ce pays dont la corruption ne finit plus de sortir par les deux oreilles.

    Si la chose avait été connue avant les élections, je ne gage pas qu’il aurait gagné ses épaulettes. C’est le droit à la démocratie et à la transparence que ces comportements remettent en cause.

  • Gilles Teasdale - Abonné 5 avril 2017 10 h 17

    PLQ

    Le dictateur a parlé ,pour lui c'est terminer. Les journalistes doivent continuer à creuser il y a surement d'autre perle à trouvée.