Bêtise stratosphérique chez Bombardier

Pour l’année 2016, le président « exécutif » du conseil d’administration de Bombardier, Pierre Beaudoin, et le chef de la direction, Alain Bellemare, ont empoché respectivement des bonis et primes de 5,3 millions et 7,6 millions en sus de leur salaire.

Or, cette même année, la multinationale québécoise a annoncé la suppression de 7500 postes et essuyé une perte nette de 981 millions $US.

Toujours en 2016, Bombardier, en faillite technique, obtenait de l’aide du gouvernement du Québec, qui a injecté 1,3 milliard dans le capital de la division CSeries, tandis que la Caisse de dépôt et placement du Québec a versé tout près de 2 milliards pour acquérir 30 % de la filiale ferroviaire Bombardier Transport. Ces sommes dépassaient l’avoir des actionnaires de l’entreprise.

Cela s’appelle un sauvetage public d’une entreprise qui, à l’échelle du Québec, est trop grosse pour faire faillite (« too big to fail », comme le veut l’expression américaine).

La ministre de l’Économie, Dominique Anglade, a affirmé qu’elle comprenait que la population et les travailleurs soient choqués. Elle-même ne semblait pas avoir d’état d’âme. Même réaction détachée de la part du premier ministre, Philippe Couillard, qui s’est dit persuadé que les dirigeants de Bombardier « sont à l’écoute de la communauté ». Vraiment ?

Le gouvernement est impuissant, a concédé le premier ministre. C’est une décision qui revient aux actionnaires de Bombardier, a-t-il dit. En principe. Mais dans les faits, les politiques de rémunération sont fixées par le conseil d’administration. Jean Monty, qui préside le comité de rémunération, et Daniel Johnson, qui a conseillé Philippe Couillard, y siègent. Les deux notables quittent le navire en mai.

L’héritier Pierre Beaudoin, qui, à titre de chef de la direction de 2008 à 2015, a mené Bombardier à l’impasse, est toujours au CA de l’entreprise. Le plus étonnant, c’est qu’il touche des millions pour ses services, ce qui est hors norme pour un tel poste.

Il semble que le gouvernement Couillard n’a pas prévu que les dirigeants de Bombardier s’enrichiraient de façon éhontée à la suite de l’apport de fonds publics dans l’entreprise.

Devant cette honteuse décision, il serait sans doute de mise de réhabiliter l’expression de David Lewis, le chef du Nouveau Parti démocratique qui dénonçait dans les années 1970 les « corporate welfare bums ». Mais on leur reconnaissait une certaine intelligence, de l’astuce. Les dirigeants de Bombardier ont sali l’image de leur entreprise. Leur insensibilité confine à la bêtise. Une bêtise stratosphérique.
 

En soirée vendredi, Bombardier annonçait que Pierre Beaudoin avait demandé au conseil d'administration de réduire sa rémunération au niveau de 2015, c’est-à-dire à 3,8 millions plutôt qu’à 5,3 millions. C'est encore trop pour celui qui est responsable d’avoir fait perdre des milliards à son entreprise.

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13 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 1 avril 2017 03 h 44

    Ce n'est peut-être pas une bêtise si ça peut faire comprendre à la population qu'une société, ça ne devrait pas être juste des individus qui essaient de tirer leurs épingles du jeu, côté bénéfices et salaires individuels, au détriment de tout le monde. Au XXIe siècle, me semble qu'on devrait penser à revoir ce paradigme de l'individu fait pour régner sur tous, au détriment de tous. Comme si chacun sur le navire ramait de son bord, au point de le faire tourner en rond.

  • Gérard Raymond - Abonné 1 avril 2017 06 h 20

    Message aux dirigeants de Bombardier

    Je suis un petit actionnaire de Bombardier, y ayant investi une part de ses économies, outré de votre décision d'avoir accepté la recommandation du comité de rémunération, visiblement composé d'une belle de beni-oui-oui.

    Tout ce <<beau monde>> que vous êtes, visiblement d'abord au service de vos égos surdimensionnés, vous êtes servis avant d'avoir fait la preuve incontestable de votre capacité à mener l'entreprise au succès.

    Honte à vous ! Vous avez fait preuve d'un mauvais jugement et vous devriez tous renoncer aux augmentations qui vous ont été proposées indûment.

  • Jean Lapointe - Abonné 1 avril 2017 08 h 42

    Est-ce vraiment qu'une bêtise ?

    Dire que ce qu'ils ont fait n'est qu'une bêtise est-ce que ce n'est pas réduire l'affaire à uniquement sa dimension morale?

    Le problème est-ce que ce n'est pas qu'il n'existe pas de règles pouvant empêcher de telles bêtises?

    Comment se fait-il que ces gens-là puissent avoir la possiblité de faire de telles bêtises sans que qui ce soit puisse les en empêcher?

    N'ont-ils pas trop de libertés? Ne devraient-ils pas être plus encadrés comme nous le sommes tous?

    Ces gens-là ne bénéficient-ils pas de privilèges inacceptables socialement?

    N'ont-ils pas de comptes à rendre à la population?

    Ne sommes-nous pas en démocratie ? Est-ce que nous nous illusionnons si nous croyons l'être? On dirait bien.

  • Patrice Bolatre - Abonné 1 avril 2017 09 h 20

    J-A doit se retourner dans sa tombe!

    La seule qualité de Pierre Beaudoin est d'avoir eu un grand père visionnaire devenu un des pivots de l'entrepeneurship québécois.
    En deux générations nous sommes passés d'un héros à un fouilleur de plat de bonbons sans envergure, n'a t'il pas été tassé de son poste, mais demeuré en selle du seul fait de son actionnariat?
    Autre point, en ces temps de libre-échange, où, somme toute, chacun devrait faire ce qu'il fait de mieux et laisser le reste aux autres, sommes nous vraiment si bons que ça en aéronautique après avoir grassement subventionné cette industrie depuis près de 60 ans, avec les Canadair et autres réussites plutôt douteuses?

  • Robert Bernier - Abonné 1 avril 2017 09 h 22

    Se tirer dans le pied

    Ça s'appelle se tirer dans le pied. Que pensez-vous que feront les gouvernements à la prochaine demande de subventions? Et qui en souffrira le plus, sinon les employés qu'il faudra encore congédier?

    Des bandits à cravate, oui. Ou peut-être savent-ils quelque chose que nous ignorons. Peut-être savent-ils déjà que Bombardier est vouée à dsparaître et ont-ils décidé de ramasser le cash avant de partir.

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Clermont Domingue - Abonné 2 avril 2017 10 h 28

      Je crois que vous voyez juste monsieur Bernier.Quand les rats quittent le navire, c'est qu'il va couler. Les dirigeants de Bombardier sont plus futés. Ils partent avec le cash.