Le tripoteur

Dans son discours du budget mardi, le ministre des Finances Carlos Leitão s’est réjoui de la création de 90 800 emplois au Québec en 2016. Depuis mai 2014, à l’arrivée du gouvernement Couillard, il s’est créé 150 500 emplois, s’est-il targué. Ainsi, les libéraux sont en bonne voie de remplir leur promesse électorale de créer 250 000 emplois en cinq ans, a soutenu le ministre.

Or ces données ne correspondent pas à la réalité. Et les bonzes du ministère des Finances et Carlos Leitão, un économiste respecté, le savent.

En fait, selon Statistique Canada, il s’est créé au Québec 36 100 emplois en 2016 et 37 300 en 2015. En 2014, il s’en est perdu 11 000. Les chiffres pour 2016 et 2017 sont repris dans les documents budgétaires de l’année. On peut y lire aussi que le ministère des Finances prévoit la création de 40 000 emplois l’an prochain et de 30 000 emplois en 2018. En trois ans, il s’est donc créé 62 400 au Québec. Sur une période de cinq ans, de 2014 à 2018 inclusivement, on peut envisager que le Québec comptera 132 400 emplois de plus.

On est loin du chiffre magique de 250 000. Et ni la promesse libérale ni les chiffres brandis par le ministre des Finances ne tiennent la route.

D’où vient ce mirobolant chiffre de 90 800 emplois dont s’est vanté Carlos Leitão ? Il s’agit tout simplement de la donnée mensuelle de Statistique Canada sur le nombre d’emplois au Québec du mois de décembre 2016, auquel on soustrait le nombre du mois de janvier 2016. Or ces données, tirées de sondages, fluctuent énormément. Il est trompeur de les utiliser comme l’a fait le ministre. Pour contrer les distorsions, Statistique Canada revoit les données mensuelles qu’elle collige pour établir des moyennes qui se veulent fidèles à la réalité.

Au huis clos du budget, Carlos Leitão a expliqué qu’en tant qu’économiste, il utilisait allègrement les données mensuelles. L’une ou l’autre des méthodes se vaut, a-t-il affirmé en substance.

S’il s’abaisse à déshonorer sa profession en tripotant les statistiques, c’est que le politicien qu’il est devenu cherche à justifier une promesse outrancière qui faisait image. L’objectif de 250 000 emplois est tout simplement irréaliste compte tenu d’un contexte démographique marqué par la contraction du bassin de main-d’oeuvre. Le ministre aurait pourtant pu se féliciter des données réelles qui montrent une forte création d’emplois.

« Je ne crois jamais une statistique à moins de l’avoir moi-même falsifiée », a dit Churchill. Carlos Leitão, lui, fait semblant d’y croire.

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